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Babel Berlin en Français

La capitale allemande au cœur d'Europe.

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09

04

2008

Pourquoi les Allemands ne draguent pas

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Je vis depuis un an en Allemagne. Pourtant les quelques mots injurieux imbibés d’alcool que j’ai reçus un soir sont à peu près la seule expérience qui aurait pu ressembler à une tentative d’approche. J’espère seulement qu’il ne s’agissait pas initialement d’une technique de drague.
par Anna Patton (traduction: Sébastien Vannier)

Evidemment je serais prête à reconnaître que le problème vient de moi. En effet, je ne suis pas Angelina Jolie et je n’ai même pas de soutien-gorge rembourré. J’ai vraiment cru que c’était de ma faute. Jusqu’à ce que je me rende compte que je n’étais pas la seule à subir ce genre d’indifférence totale envers les charmes féminins.

Il apparaît même que, toutes les filles que je connais à Berlin souffrent du même désintérêt. Fiona qui habite depuis deux ans ici, n’était pas du tout surprise quand je lui ai fait part du fait qu’il était très difficile de rencontrer des hommes à Berlin : « C’est vrai – tu dois plus t’imposer – les Allemands ne font jamais le premier pas ». Carola m’a raconté qu’elle n’avait pas encore été dragué par un Allemand de toute sa vie : elle est Berlinoise. Les hommes ici ne tentent tout simplement pas de s’approcher.

Pourtant, encore une fois, je ne suis pas difficile. En effet, mes attentes se basent sur mes expériences avec la sympathiques mais vaine culture anglo-irlandaise. Là-bas, le flirt ressemble rarement à plus qu’un mouvement maladroit vers l’élue au bar suivi d’un bégaiement incompréhensible. A des heures tardives de la nuit, une agression alcoolisée sur cette même fille au milieu de la piste de danse peut aussi se produire.

Mes rencontres intimes ont été jusque-là rarement romantiques ou mémorables (le sommet a été : „J’aime la façon dont la brise souffle dans tes cheveux … nous étions à ce moment là dans le salon). Mais même ces paroles un peu niaises ou des gestes maladroits , si embarassants que l’on est effrayé, donnent malgré tout l’impression de savoir à qui on a à faire. En Allemand, cet homme à l’air sérieux qui reste assis là pourrait être passionément amoureux de toi et tu ne le sauras jamais.

Victime de Venustraphobie

Où est donc le problème ? Est-ce que les Allemands ne veulent pas draguer ? ou ne sont-ils tout simplement pas capables de le faire ? Un genre de problème génétique – du style les Blancs ne savent pas rapper et les Européens ne savent pas danser ? Est-ce que l’apparition de l’étalon italien et du charmeur français il y a de cela des siècles a causé l’évolution de l’espèce allemande vers la direction opposée ? Une décision de Mère nature pour établir un équilibre pour les femmes en Europe ?

La réputation de l’incapacité des Allemands à draguer, et les anecdotes qui s’y rapportent, sont connues dans le monde entier. Les nombreuses « Flirt Schulen » et autres cours de drague situés en Allemagne ne feraient pas long feu dans les pays méditerrannéens. Un rapport du Times Online compare les habitudes de drague dans différentes cultures . La conclusion était que les Allemands « voient la conquête d’une femme comme un sport extrême ». Il est clair que les Allemands ne s’intéressent pas trop à la prise de risque. Selon l’auteur de l’article, ils sont même victimes de « Venustraphobie » : la peur de parler aux belles femmes. Beaucoup pensent que cette crainte vient de l’émancipation massive de la gente féminine, qui aurait donc endossé le rôle du prédateur dans le jeu sexuel du chat et de la souris.

Draguer à l’allemande

Ne serait-ce pas simplement le fait que les Allemands se comportent selon les règles que dicte la société ? Les Allemandes, dit-on, attendent des hommes de la retenue. Spiegel Online avait publié avant la Coupe du Monde de football en Allemagne en 2006 quelques conseils de drague pour les fans étrangers pour pouvoir réussir auprès des Allemandes . Selon l’article, les potentiels ambitieux devraient être prudents car même un simple « Hallo » serait trop direct. Dire « Hallo » ! Sommes-nous encore au 19e siècle ?

La station de radio Deutsche Welle, qui donne aussi des conseils aux étudiants du monde entier dans le domaine de la drague, appelle aussi à la prudence . En effet un « contact oculaire et un comportement correct » devrait rencontrer plus de succès qu’une « attitude exagérée de macho ». Il semble donc que la définition de la drague en allemande reste réduite à une rigidité impassible et dénuée de sentiment.

Pourquoi finalement les hommes ne draguent-ils pas ? Il s’agit, en partie, de s’adapter à certains standards : se faire siffler en tant que femme lorsqu’on se promène sur Unter den Linden serait sûrement exagéré. Mais je ne peux pas m’imagine que n’importe quelle Allemande aurait une raison valable pour être vexée en cas de tentative d’approche par un inconnu – il ne s’agit là que d’une excuse.

Il s’agirait plutôt du fait que les hommes ont peur du ridicule et c’est exactement le risque de la drague. Les Allemands n’aiment pas le risque. Ils aiment faire les choses de manière consciencieuse, et non pas spontanée ou irrationelle. Oubliez les explications pseudo-génétiques ou culturelles. Les Allemands n’aiment tout simplement pas les sports à risque.

Malgré tout, tout en écrivant, je me rends compte que moi non plus je n’ai jamais eu d’attirance pour cette poussée d’adrénaline. Il serait peut-être temps que je prenne part à ces cours de drague ?

*Tous les noms ont été changés.

05

04

2008

Ce qui fait bouger Berlin: La maison de Knut

Dans „Ce qui fait bouger Berlin“, les auteurs de Café Babel reviennent sur le sujet majeur de la semaine précédente dans la capitable allemande. L’approche est évidemment subjective, analytique, commentée mais avant tout informative. Ecrivez-nous votre avis sur le sujet dans les commentaires.
Par Sonia Gigler (traduction Sébastien Vannier)

Pendant que la star Knut continue de faire carrière (des timbres de l’ours polaire devrait être mis en vente à partir du 10 avril), son habitat actuel est sous le feu des critiques. Les défenseurs des animaux reprochent notamment à la direction du zoo de Berlin d’avoir refourger des animaux à l’abattoir. Pourquoi les chatons ont-ils été tués ? Qu’est-il arrivé à la famille d’ours et à l’hippopotame ? Est-ce que les jaguars et les tigres ont été cédés pour en utiliser les hormones en Chine ? Ces questions occupent les esprits berlinois depuis que Claudia Hämmerling, député des Verts a porté plainte le 17 mars contre le chef du zoo berlinois Berhard Blazkiewitz pour violation de la loi de protection des animaux.

Hämmerling, chargée de la protection des animaux chez les Verts, affirme que des centaines d’animaux ont disparu du zoo et du parc animalier ces dernières années sans laisser de traces. Elle s’appuie sur des copies des registres. Elle reproche notamment à Blazkiewitz d’avoir vendu neuf tigres et jaguars à une ferme d’élevage en Chine. Cette même ferme se targue de produire des médicaments et des potions hormonales avec ces gros félins. En outre, une panthère et un léopard auraient été accouplés et la progéniture aurait atteri à l’abattoir.

Un hippopotame à l’abattoir

Un pareil destin aurait également attendu une famille de quatre ours ainsi qu’un hippopotame dans les années 90. Les animaux auraient été donné à un trafiquant douteux avant d’être transportés dans la ville belge de Wortel. Là-bas, il n’y aurait pas eu de zoo mais bien un abattoir. Hämmerling exige plus de transparence dans l’élevage et la vente des animaux du zoo. La présidente de l’association des directeurs de zoo Gisela von Hegel approuve dans un entretien avec le journal Welt Online : « La mort ou la survie des animaux sauvages dans les zoos doivent être abordées avec plus de transparence ».

La presse à sensation parle ainsi de „guerre du zoo“ berlinoise. Alors que Hämmerling a reçu le soutien de juristes de la protection des animaux tel que Frank Albrecht de l’organisation Peta et Marcel Gäding de la fédération berlinoise de protection des animaux, le comité de direction du zoo ainsi que groupe de soutien au parc animalier et zoo se rangent derrière leur chef. Dans un entretien avec le Berliner Zeitung, le chef du comité de direction Jochen Siewers explique : « nous sommes tous derrière Monsieur Blazkiewitz ». Le comité de direction avait appelé en 2007 celui qui était depuis longtemps cehf du parc animalier à devenir également chef du zoo. Le chef du comité de soutien, Thomas Ziolko, appuie également Blazkiewitz et décrit les méthodes de Hämmerling comme une « croisade contre les zoos de la capitales », « sans style ni vertu ». Mais Blazkiewitz est accablé preque quotidiennement de reproches : abattage injustifié de chats, pratiques douteuses de soin, manipulation des registres, croisement en-dehors des règles, pas de contrôle des naissances et isolement pour Knut. Cela semble ne pas avoir de fin.

Pourtant, comme l’a commenté le Süddeutsche Zeitung, les copies de registres utilisés par les les protecteurs des animaux, ne prouvent pas que les animaux ont été abattus. Le directeur du zoo Blazkiewitz a répété à plusieurs reprises au journal que « les procédures d’abattage sont très suivies » et que le zoo « travaille avec des partenaires certifiés ». Pour ce qui est de la cession d’animaux en Chine dans les années 90, les zoo aurait eu une autorisation du bureau fédéral pour la protection de la nature.

Abattage dans les règles ?

Les affirmations de Blazkiewitz qui a expliqué, dans la Berliner Zeitung, avoir « abattu dans les règles » quatre chats de gouttière en leur brisant la nuque, ne lui ont en tout cas apporté aucune sympathie auprès de la population. Selon Marcel Gäding, « il n’y a pas d’abattement manuel dans les règles ». Blazkiewitz aurait donc agit très clairement contre la loi de protection des animaux selon laquelle « Un animal vertébré ne peut être abattu que sous anasthésie ou, selon les circonstances, de manière à éviter les douleurs ». « Un abattement entraînant des douleurs et sans anasthésie ne peut être pratiqué sur un animal vertébré. L’anesthésie sur les animaux à sang chaud … ne peut être pratiquée que par un vétérinaire ». Selon Gäding, ni le diplôme de biologie de Blaszkiewitz, ni son poste comme chef du zoo, ne lui donnent ce droit. Gäding qualifie l’argumentation de l’abbatage (les chatons auraient été porteurs de maladie) comme non suffisante. Blazkiewitz se serait rendu hors-la-loi et devrait donc quitter son poste en tant que chef du zoo et du parc animalier.

Les lecteurs de l’édition en ligne du Tagesspiegel lui trouve même quelque chose d’ »épouvantable ». Il serait un « boucher ou un abatteur » que « l’on aimerait pas croiser seul dans la rue ». Mais de tels commentaires ne montrent-ils pas surtout la tournure émotionnelle que prend le débat ? Un lecteur du Tagesspiegel explique ainsi que le questionnement sur les pratiques de soin des animaux est certes justifié mais ne doit pas tourner « à la chasse aux sorcières ». Il y a quelques jours, le porte-parole du zoo, Detlef Untermann, a annoncé que Blazkiewitz avait même reçu une lettre de menace. Les critiques semblent ne pas s’adresser seulement à Blazkiewitz en personne. Depuis longtemps, les amis des animaux remettent en question la gestion du zoo de Berlin.

31

03

2008

Agitation dans le métro

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Par Matthias Jekosch (traduction : Sébastien Vannier)

Les métros circulent à nouveau après la grève. Comme ils m’ont manqué. Enfin, je n’ai plus besoin de pédaler sur mon vélo contre le vent. Enfin, je peux faire un trajet sans être trempé. Du coup, je m’assois dans un wagon, serein, au milieu d’un groupe de personnes apparemment éreintées par leur journée de travail. Un groupe de jeunes est en train de se chamailler. Deux d’entre eux sont en train de s’attaquer à un troisième. C’est apparement un jeu, énervant mais inoffensif. Mais tout d’un coup, un homme d’à peu près 70 ans se lève et se dirige en direction du groupe de jeunes. Et se met à crier « Was soll das ? » (qu’est-ce que vous vous foutez ?) tellement fort que même les rangs les plus éloignés du wagon en sont effrayés. Les trois jeunes se regardent alors. Le vieil homme répète sa question, élevant encore une fois la voix. Mais cette intrusion dans leur jeu ne plaît pas à un des trois jeunes. Il se fait un peu plus grand que ce qu’il n’est en vérité et s’approche du vieil homme, très très proche. « Was willst du ? » (qu’est-ce que tu veux ?) lui réplique-t-il et il ne s’agit certainement pas ici de vouloir lui vendre quoique ce soit. Pour un autre passager d’une vingtaine d’années et à la carrure sportive, c’en est trop. Il se lève, s’approche du jeune en question et lui dit de se calmer. La dispute s’interrompt aussi vite qu’elle n’avait commencé. Le vieil homme et les jeunes retournent chacun de leur côté. Les autres passagers se plongent de nouveau dans leur journal. Tant d’agitation. Mon vélo m’a manqué.

30

03

2008

Tout se passe dans le métro

Dans une ville de presque 3,5 millions d’habitants, l’amour s’épanoui de manières très différentes que nous suivons ici à la trace. Vous avez découvert un aspect sexy de Berlin? Alors faites le nous partager.
par Sergio Marx

Elle est là, assise juste en face de moi. Ses cheveux blonds noués derrière la tête font ressortir les traits de son clair visage alors qu'un soupçon de rouge donne à ses lèvres la couleur d'un fruit désirable. Jambes croisées, air distrait, on échange un court sourire. Toute son allure m'attire. Je voudrais l'aborder, lancer la discussion, je réfléchis, prends mon courage à deux mains quand tout à coup : « Alexanderplatz, terminus, tout le monde descend ! ». La voilà qui soudain se lève, sort de la rame et se fait emporter par une foule compacte et hostile. Je tente de la suivre, trop tard, elle a déjà disparu. Mon extase fut donc de courte durée. Tant pis ! Continuons le train-train quotidien, je devais aller où déjà ? Ah oui, la fac !

Vorher-Nachher: So soll es mit dem Nachbarn klappen. Grafik: BVG

Mais que cela ne tienne ! Pour remédier à ces tristes rencontres manquées, la BVG (la compagnie de transports publics berlinoise) mène une campagne juste et noble. Qui l'eût cru? Sur son austère site web de service public cette compagnie propose le service 'Augenblicke'. Vous avez vu la femme de votre vie sur la ligne U5 ? Un homme irrésistible sur le quai à Potsdamer Platz ? Laissez lui un petit message sur le site, il ou elle se reconnaîtra peut-être et ... qui sait ?

En plus du site, la BVG a aussi posé quelques affiches dans les rames de son réseau. Elles représentent deux jeunes gens assis l'un près de l'autre, la légende varie d'un 'Je n'ai pas osé' à un simple 'Je suis là' et laisse entrevoir un déroulement heureux : sur l'affiche les deux jeunes finissent par boire un verre ensemble voire par s'embrasser fougueusement. Ne vous inquiétez pas, loin de moi l'idée de soutenir une campagne détournant la jeunesse du droit chemin et des bonnes mœurs : ces affiches n'ont pas que les jeunes pour cible, elles mettent aussi en scène des personnes plus âgées qu'elles encouragent à échanger quelques mots. Un peu de convivialité dans les transports en commun ne peut pas faire de mal.

Nous voulons de la proximité

Et c'est bien là un paradoxe de notre société, on a toutes les facilités pour entrer en contact avec quelqu'un à l'autre bout du monde depuis qu'internet et le téléphone portable se sont généralisés mais il nous est toujours aussi difficile d'avoir une sensation de proximité avec ceux qui nous entourent. Les voisins se parlent de moins en moins et on ne connaît plus l'épicière depuis qu'elle change tous les six mois. Par contre, on surfe de plus en plus sur meetic pour y trouver l'âme sœur. (Cafebabel en parle d'ailleurs ici (link:http://www.cafebabel.com/fr/article.asp?T=T&Id=6007)).

Il nous reste donc une sensation de manque d'échange avec son prochain et la BVG essaye d'y remédier par ses affiches : allez-y, tapez la causette ! Selon la compagnie, le site internet atteint des résultats remarquables : depuis le début de l’initiative lors de la Saint Valentin 2007, le site a reçu 1,4 million de visites. On ne sait malheureusement pas combien de couples se sont ensuite formés. « Nous avons demandé à plusieurs reprises aux couples de se manifester, malheureusement sans succès » déclare un représentant de la BVG.

Mais ces chiffres ont déjà de quoi faire taire ceux qui ne voient dans leur voisin qu'une vulgaire sardine de plus dans la boîte de conserve ambulante. On continue à vouloir se rencontrer dans la vie de tous les jours, mais les circonstances ne le permettent pas toujours. Le charme de cette initiative réside donc bien là : rester dans l'air du temps en utilisant les nouvelles technologies mais les transposer à l'image romantique du métro, à ces couloirs que l’on parcourt tel un labyrinthe, à ces stations silencieuses où le temps se perd, à ces rames qui nous emportent et où parfois les regards se croisent...

Oui, bon, c'est pas tout ça, mais je crois que ma blonde reste introuvable!

25

03

2008

Ce qui fait bouger Berlin: be Berlin!

Berlin ne serait-il plus pauvre ? Ce serait une grande nouvelle. Ou alors Berlin ne serait-il plus sexy ? Scarlett Johannson et Nathalie Portman qui étaient dans la capitale allemande il y a un mois en seraient vexées. Admettons donc que Berlin est toujours « arm aber sexy », ce qui servait jusqu’alors de slogan à la ville, grâce à l’humour du maire Klaus Wowereit, inventeur de cette expression. Ce qui servait, à l’imparfait, car il semble que Berlin se cherche un nouveau slogan.
par Sébastien Vannier

Devenue une destination prisée, Berlin veut renforcer son identité et travailler son image autant vers l’intérieur que vers l’extérieur. A l’image de New York et ses T-shirts de très bon goût « I love NY » ou du Bade-Wurttemberg et son très modeste « Wir können alles ausser hochdeutsch » (nous pouvons tout faire, sauf parler allemand correctement).

Au revoir donc « arm aber sexy », bonjour « Be Berlin ». Au premier abord, ce remplaçant aura du mal à faire oublier le titulaire. Utiliser un slogan en anglais pour renforcer l’identité de la capitale allemande est, pour rester diplomatique, audacieux. Depuis une semaine, les Berlinois et les nombreux touristes en vacances de Pâques, ont la chance de pouvoir découvrir les nouvelles variations de cette campagne de publicité. « Sei jung, sei forsch, sei Berlin » (sois jeune, sois dynamique, sois Berlin) ou bien « Sei Stadt, sei Wandel, sei Berlin » (sois ville, sois changement, sois Berlin) avec à chaque fois le portrait de personnalités, connues ou inconnues, de la ville.

Cette campagne fait suite à un concours dont les résultats ont été annoncés la semaine dernière. Trois cents concepts différents et neuf cents propositions de slogan sont parvenus au Sénat de Berlin et à l’agence Berlin Partner GmbH qui ont coordonné cette compétition. Au final, ce sont quatre agences qui ont remporté la mise (de 70 000 euros) et dont les différentes propositions ont été prises en compte : non seulement le slogan « be berlin » qui a émergé à plusieurs reprises mais aussi cette triple présentation (sei X, sei Y, sei Berlin) ou encore le design de la bulle rouge. Ce phylactère est censé représenter la parole donnée aux Berlinois.

En effet, cette campagne de publicité n’en est qu’à ses débuts. Désormais tous les Berlinois, d’origine, de passage ou d’adoption sont invités à présenter leur histoire, leur relation avec la ville sur le site www.sei.berlin.de. Les projets les plus intéressants prendront alors place sur les affiches de la campagne. L’organisation de la campagne souhaite s’ouvrir à un public le plus large possible. Ainsi à côté du chef cuisinier star Tim Raue, on trouve aussi les élèves de l’école Rütli de Neukölln.

Mais à peine le lancement de la campagne effectué que les ennuis s’annoncent pour les organisateurs. En effet, la presse a fait état de plusieurs plaintes pour plagiat. La graphiste Andrea Horn aurait ainsi fait parvenir un concept centré autour de « Just.be.rlin » lors du concours et réclame aujourd’hui une part du gâteau. Jochen Pläcking, conseiller du sénat juge ce reproche « tiré par les cheveux ». Même si le projet de Horn pouvait paraître semblable, quatre autres participants avaient proposé exactement le slogan « Be Berlin » (ce qui, cela dit, ne plaide pas spécialement en faveur d’une originalité grandiose).

Autre preuve que ce slogan n’est pas forcément ce qu’il y a de plus créatif, le site www.beberlin.de existe depuis… mars 2007 mais n’a rien à voir avec la campagne actuelle. Philip Eggersglüss, qui avait déposé le nom de domaine, appelle désormais à une contre-campagne et invite tous ceux qui ont participé au concours à présenter leurs concepts sur ce site. Néanmoins, il s’annonce prêt à disctuer avec le Sénat de Berlin sur l’utilisation de ce nom de domaine. En effet, il est évident que les organisateurs préfèreraient obtenir les droits de ce domaine plutôt que les internautes se retrouvent sur cette page de contre-campagne.

Les Berlinois ont encore quelques mois pour faire parvenir leurs présentations, 5 millions d’euros étant prévus pour chacune des deux années de développement du projet (2008 et 2009). Dix millions d’euros pour « Be Berlin ». Cela rendra-t-il Berlin plus « arm » ou alors plus « sexy » ?

18

03

2008

Ce qui fait bouger Berlin : la prière à l’école

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Dans „Ce qui fait bouger Berlin“, les auteurs de Café Babel reviennent sur le sujet majeur de la semaine précédente dans la capitable allemande. L’approche est évidemment subjective, analytique, commentée mais avant tout informative. Ecrivez-nous votre avis sur le sujet dans les commentaires.
par Matthias Jekosch (traduction: Sébastien Vannier)

Plus de 460 000 des 3,4 millions habitants de Berlin ne sont pas d’origine allemande selon le bureau régional des statistiques. Du fait que de nombreux immigrants d’Europe de l’Est ne sont pas pris en compte dans les statistiques, il s’agirait sûrement en réalité de plus de 600 000. A Berlin, il existe des écoles composées à plus de 90 % d’élèves issus de l’immigration. Près d’un quart de l’ensemble des élèves de nationalité étrangère terminent leur scolarité sans aucun diplôme. Voilà pour les faits.

Le tribunal administratif de Berlin vient de décider qu’une école devrait faire son possible pour qu’un élève musulman puisse effectuer sa prière dans l’enceinte de l’établissement. Celui-ci avait porté plainte après que la rectrice de l’école lui ait interdit de prier dans les couloirs de l’école. Le tribunal a donné raison à l’élève, s’en réfèrant à la liberté de la religion inscrite dans la Loi fondamentale. Il s’agit pour l’instant d’une disposition temporaire du tribunal, la décision finale devant avoir lieu dans les prochains mois.

Mais cette décision temporaire a d’ores et déjà certaines conséquences et pas seulement pour l’école qui doit fournir un espace de prière à l’élève. La controverse fait rage à Berlin pour savoir si l’école est vraiment le lieu adéquat pour exercer sa religion. « Nous sommes pour le moins effarés par cette décision de justice qui va à l’encontre de l’obligation de neutralité de l’Etat », déclare Manfred Isemeyer, directeur du Humanistisches Verband de Berlin. Cette institution se prononce dans ses statuts pour une stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat. Jürgen Zöllner, sénateur à l’éducation (SPD) de Berlin a annoncé à la Abgeordnetenhaus vouloir concentrer ses forces sur la décision finale. Il souhaite examiner toutes les possibilités pour pouvoir repousser la plainte de l’élève.

Deux autres verdicts avaient déjà provoqué de pareils discussions sur la place de la religion à l’école. En 1995, la cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe avait interdit le crucifix dans les écoles bavaroises, arguant qu’il n’y avait, sinon, pas possibilité pour les élèves qui le souhaiter d’éviter ce symbole clairement chrétien. En 2003, cette même Cour a décidé de justesse (cinq voix contre trois) qu’il n’était pas possible d’interdire le port du voile à une enseignante du Bade-Wurtemberg. La loi régionale ne présente pas de pareille interdiction (en Allemagne, ce sont les Länder qui sont responsables de la politique de l’éducation, NDLR). Le verdict indique que les Länder doivent trouver une solution entre, « d’un côté, la liberté de foi active de l’enseignant et de l’autre côté l’obligation étatique de garder une neutralité idéologique et religieuse, ainsi que le droit à l’éducation pour les parents et la liberté de foi passive des élèves ».

Des quartiers menacent de sombrer

Si Berlin est en train de chercher un équilibre entre ses deux enjeux, il ne faut pas oublier les faits énoncés au début de cet article. Et de reconnaître : il y a des quartiers à Berlin qui menacent de sombrer. Mercredi dernier, le maire de Neukölln, Heiz Buschkowsky (SPD) déclarait à propos de son quartier : « La ségrégation est quasiment un fait établi ». Pour beaucoup d’enfants d’immigrants, l’école est le seul endroit où ils entrent en contact avec la culture allemande. Robert Hasse, directeur de l’école Carl-Friedrich-Zeiter à Kreuzberg explique : « Souvent, faire un tour à IKEA est la seule possibilité pour les élèves de sortir de leur quartier ». Une élève de l’école Robert Koch raconte : « Gretchen, le personnage dans Faust de Goethe, a été traitée de salope par des élèves musulmanes ». Quand une autre élève a voulu les contredire, elle a été persécutée ensuite pendant des semaines. Certains élèves rapportent, qu’ils sont mis sous pression parce qu’ils ne font pas le ramadan. Tout cela fait partie de la réalité berlinoise.

Dans une telle situation, il pourrait s’avérer contre-productif pour l’intégration que des salles de prière soient utilisées pendant le temps scolaire. Certains directeurs d’école ont déjà des visions d’horreur de 400 élèves musulmans qui voudront aller prier en même temps. Même si cela est exagéré, l’école n’est pas un lieu religieux, sa mission est dans certaines zones déjà assez dure comme cela. Des raisons pratiques s’opposent également à ce jugement. Il existe déjà dans les écoles berlinoises un manque de place. Du fait que musulmanes et musulmans ne peuvent pas prier ensemble, il faudrait donc deux pièces, que beaucoup d’écoles n’ont pas à disposition. Ce à quoi tout cela nous mène devient clair quand on pense au fait que d’autres formes de religion n’ont pas encore été prises en compte dans ce débat.

17

03

2008

Was’n dit !? Pourquoi les Allemands aiment voir rouge ?

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Dans cette série de Babel Berlin, des allemands et d'autres européens berlinois se demandent réciproquement en bon dialecte Berlinois: "Was'n dit !?" („Mais ? C'est quoi ce truc !?") Ainsi découvrent-ils les grandes et petites curiosités de la ville et essayent de comprendre de quoi il en ressort.
par Karsten Marhold

Petit rappel : lors du dernier épisode, notre rédacteur français, Sébastien Vannier, se demandait si nous, les Allemands, n’étions pas un peu trop respectueux de la loi. En effet, il avait constaté, étonné, qu’apparemment, les piétons allemands ne traversent pas au rouge, même quand il apparaît clairement qu’aucune voiture ne peut franchir le passage piéton.

Je voulais en avoir le cœur net et j’ai essayé de traverser le plus souvent possible au rouge à Berlin. Résultats de ce test : il est difficile, à un feu « normal » de Berlin, ne peut pas ne traverser qu’au vert. Les feux allemands sont simplement meilleurs que leurs vis-à-vis français ou italiens. La plupart ne sont vraiment rouges, que quand il y a effectivement du trafic. Lorsqu’on essaye, comme moi, de traverser intentionnellemnt au rouge, le petit bonhomme vert nous en empêche. On pourrait presque penser, qu’il observe de manière attentive et bienveillante la rue et qu’il fait disparaître son collègue rouge sitôt le danger parti.

Mais il n’y a pas que nos petits bonhommes à être attentifs et bienvieillants. Les Allemands aussi. En effet, ils ne traversent pas au rouge car des enfants pourraient regarder. Et au vu de la coordination entre phases de trafic et couleurs du feu, cette attention pour nos jeunes est amplement justifiée. Pendant que nos voisins européens doivent expliquer à leur progéniture de trois ans, comment faire la balance entre la valeur de la vie, la maxime « le temps, c’est de l’argent », et l’orgeuil, il existe chez nous une règle très simple : rouge = ne pas traverser. Nous devons vivre avec mais cela signifie aussi que nos jeunes peuvent réussir tout seul à rentrer de l’école. Grâce à ce respect des lois, donc, les jeunes Allemands sont capables tôt de se débrouiller tout seuls.

Le petit bonhomme rouge, version Berlin Est.

Des idées au rouge

En réalité, nous avons déjà notre petite réflexion sur notre comportement au rouge. Réfléchir est d’ailleurs une de nos activités préférées en Allemagne, réputée pour être le pays des penseurs et des poètes. Qui a dit que ces petits moments d’arrêt ne seraient pas l’occasion de s’attarder sur une idée ? Lors de journées épuisantes, pourquoi ne pas prendre le temps de faire une petite pause ça ou là ? Combien de bonnes idées ont vu le jour en attendant que le feu passe au vert ?

Mais si l’attente au rouge devait être un symbole de l’Allemagne moderne, alors nous serions bien servis. Dans le passé en effet, avons-nous peut-être ignoré de manière présomptueuse et inconsciente certains de ces « feux rouges », au sens figuré, parfois intentionnellement, parfois non. Nous sommes donc devenus plus prudents. Même lorsque nous nous sentons en sécurité, comme c’était le cas auprès de ce feu dans la rue de l’ambassade américaine à Berlin, nous préfèrons y regarder à deux fois. Et de toutes façons, le temps de faire tout ça, notre récompense verte est déjà arrivée.

La question initiale n’était pas facile à résoudre. La question pour vous, chers européens, ne sera pas plus facile. Car selon la forme du moment, vous faites l’éloge de l’ordre, de la propreté et de l’organisation parfaite de notre ville. Vous pensez que nous sommes trop respectueux de la loi et vous vous réunissez à Berlin Est où tout est un peu plus sale, chaotique et aventureux. Vous nous qualifiez d’ennuyeux et pas spontané. Mais vous participez aux meilleurs fêtes avec nous. Se pose donc la question : comment se comporter correctement pour vous ? Ou mieux : à quoi ressemble un Berlinois typique ?

16

03

2008

L'Europe en 150 ans de photographie

"L'Union européenne ne se base sur rien de concret, elle n'est qu'une construction politique gouvernée par des bureaucrates élitistes (qui au passage nous volent notre souveraineté)." Voilà en gros, le verdict sans appel de l'eurosceptique moyen. La fondation Alinari de Florence qui collectionne depuis 1852 toutes sortes des photographies veut convaincre du contraire. Son exposition sous le patronage de la présidence de la république italienne et de la commission européenne "Europa in Bildern - L'Europa delle immagini" cherche à prouver que l'Europe se base sur un grand nombre de cultures liées entre elles par des valeurs communes et ayant donc un avenir commun, ce dont témoignent 150 ans de photographie.
par Sergio Marx

La première partie de l'exposition est constituée de "cartes de visites" des 27 pays de l'Union Européenne. Pour chaque pays quatre photos qui représentent son histoire et sa culture. Les images choisies par les ambassades respectives représentent par exemple la chute du mur de Berlin, le roi d'Espagne lors de la mort de Franco, une école de la IIIème république française. La seconde partie est elle moins centrée sur les histoires nationales et rend compte de moments de la vie quotidienne, on y voit des promeneurs mangeant tranquillement une glace ou un concert de musique classique. À l'opposé, un corps sans vie sur une plage méridionale nous rappelle les côtés les plus durs de la réalité européenne comme les dangers de l’immigration illégale.

Connaissez-vous cette femme? George Charles Beresford, Virginia Woolf, 1902 © Ullstein Bild–Garanger Collection

Le visiteur pourra également contempler des images originales de paysages, d'acteurs, d'intellectuels ou de personnages de la culture populaire, dont les capteurs vont d'Eugène Atget à Brassaï, d'Henri Cartier Bresson à Gustave Le Gray et August Sander. L'amateur sera ravi. La présentation est plus souple et reste intéressante par les associations qu'elle produit: d'anciennes ruines antiques côtoient une reproduction de Guernica, des ruines éloignées de millénaires mais toutes deux présentes dans la mémoire collective européenne.

Le parti pris de n'accompagner les photos que des titres et des auteurs sans y ajouter d'indications sur la biographie du modèle ou sur le contexte des événements présentés fait que l'image réveille des sentiments différents chez chacun des visiteur mais peut également le laisser perplexe s'il n'est pas connaisseur. Tout le monde connaît-il la femme de lettre anglaise Virginia Woolf, ou l'histoire de la construction européenne assez bien pour voir se qui se cache derrière une photo de quatre hommes signant un traité ? Pourtant, lors de l'ouverture de l'exposition, Walter Momper, président de la chambre des députés de Berlin, insista sur le caractère éducatif qu'elle devait avoir, en particulier en direction des jeunes. Cela ne semble malheureusement par être le cas.

Ou sont la Norvège ou l'Ukraine?

De plus, pourquoi avoir limité les cartes de visites aux 27 pays de l'Union Européenne? Cela voudrait dire que les culture nationales ne prennent une dimension européenne qu'à travers l'Union Européenne. Il semblerait que l'Europe s'arrête aux portes de l'Union Européenne. Si l'exposition eût été présentée en 2006, la Roumanie et la Bulgarie n'y auraient donc pas figurés, alors qu'elles faisaient déjà tout autant partie de cette même communauté d'esprit. Qu'en est-il de la Norvège, la Suisse, la Croatie, l'Ukraine et, sans entrer dans un débat qui dépasse le cadre de cet article, la Turquie?

Mais après tout, les images ne perdent rien à leur charme, donc si jamais vous vous baladez dans Kreuzberg sans savoir quoi faire, passez quand même à la Willy-Brandt-Haus, c'est gratuit et vous aurez également accès à une autre exposition présentée dans le même bâtiment, celle de Pablo Picasso.

Willy-Brandt-Haus, Stresemannstr. 28, (U-Bhf. Hallesches Tor) Jusqu'au 30 mars, du mardi au dimanche de 12 heures à 18 heures, ouvert également le lundi de Pâques. Entrée gratuite, pièce d'identité nécessaire.

04

03

2008

Oubliez le romantisme – achetez un lit.

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Berlin est la terre sainte des éternels indécis.L’ironique expression  ‘Lebensabschnittsgefährte’ résume bien le problème. Cette merveilleuse et intraduisible description de votre être cher – signifiant ‘compagnon pour une part de votre vie’– sied à Berlin comme un gant. Oubliez le romantisme : c’est la ville des relations du 21ème siècle, effrontément non-engagées, constamment changeantes et prises dans la fièvre de l’instant.
par Anna Patton (traduction: Sergio Marx)

Avec son célèbre rapport libéré au sexe – des fêtes fétichistes aux clubs échangistes en passant par un musée gay et un musée érotique – Berlin ne correspond pas vraiment au stéréotype du puritanisme prussien. Ainsi les Berlinois remplacent, recyclent, mettent à jour leurs ‘compagnons’ en un clin d’œil, tout comme la ville tombe amoureuse des toutes dernières modes pour aussitôt les oublier. Pas étonnant qu’autant d’habitants s’identifièrent à l’excentrique ‘Musée des amours brisés’ (Museum of Broken Relationships), une exposition itinérante croate, qui lors de son arrêt à Berlin en 2007 rencontra un grand succès.

Cet état d’esprit de vivre complètement dans le présent ne s’applique pas uniquement aux relations amoureuses. Il semble s’être généralisé à la façon dont les gens vivent et travaillent. Les longues années dédiées aux études : l’âge moyen de l’obtention du diplôme en Allemagne étant de 28 ans, ainsi que le taux de chômage élevé à Berlin font de l’idée de ‘s’installer’ un lointain projet pour ces futurs trentenaires. Et même si vous êtes prêt à vous enraciner ici, il n’y a qu’une petite tradition d’achat immobilier en Allemagne – à des années-lumière de l’obsession londonienne de parier sur l’avenir en investissant. Vous êtes bien plus susceptible de louer pendant des années avant de seulement penser à l’hypothèque. Choisir de s’installer à Berlin est alors irrévocable juste pour la durée de votre contrat de location. Encore un prétexte pour repousser ces décisions qui changent la vie.

Je pensais pourtant être inhabituellement décidée lorsque j’achetai mon lit en arrivant à Berlin. Cela semblait montrer ma conviction; après tout, un meuble d’un mètre quarante de large ne serait pas aussi facile à transporter que mes sacs à dos si jamais je me décidais à bouger. Il me faudra donc rester dans le coin pendant un moment. Mais il semble après tout que je n’étais pas aussi décidée que ça. Car comme un ami me le fit remarquer, ces lits d’un mètre quarante de large, entre lit-simple et lit-double, sont précisément pour ceux qui ne peuvent pas se décider à être en couple ou célibataire. Il semble que j’ai déjà été touché par la mentalité berlinoise de ne se compromettre en rien. 


Ce qui fait bouger Berlin : le sénateur aux finances

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Dans „Ce qui fait bouger Berlin“, les auteurs de Café Babel reviennent sur le sujet majeur de la semaine précédente dans la capitable allemande. L’approche est évidemment subjective, analytique, commentée mais avant tout informative. Ecrivez-nous votre avis sur le sujet dans les commentaires.
par Matthias Jekosch (traduction: Sébastien Vannier)

Si Thilo Sarrazin (SPD) continue sur sa lancée, il pourra bientôt publier un livre de ses meilleurs citations. Celui-ci pourrait être volumineux car le sénateur aux finances de Berlin, c’est bien connu, n’a pas la langue dans sa poche. Mais c’est dernières semaines, ses interventions se sont multipliées, provoquant chez beaucoup quelques remous.

Ainsi a-t-il mi-février présenté ses calculs sur la façon de se nourrir avec les 4 euros par jour consacrés à la nourriture des bénéficiaires de Hartz IV. Brötchen, Spaghetti et Leberkäse étaient sur la carte de ce menu plutôt particulier, qui ne lui a pas valu que des amis dans un groupe qui constitue une des bases de l’électorat des partis de gauche à Berlin. En effet, près de 660 000 personnes vivent des aides publiques à Berlin. A l’intérieur de son propre parti, cette initative est jugée trop extrême. Le maire de Berlin, Klaus Wowereit a qualifié ce genre de liste de « complètement inutile ».

Mais Sarrazin ne serait pas Sarrazin si il ne se sentait pas encouragé à continuer par les critiques qui s’abattent sur lui. Lors d’une manifestation organisée à la réprésentation de Rhénanie-Palatinat à Berlin a-t-il ainsi afirmé que les écoliers de Bavière sans diplôme étaient meilleurs que ceux de Berlin avec diplôme. Après que le « Main-Post » ait relaté les faits il y a une semaine, tous les journaux berlinois se sont emparés de l’affaire. Dans les tabloïds à sensation, il a même été proposé de « bâilloner » le sénateur aux finances. Michael Muller, chef de la fraction SPD au parlement de Berlin, s’est, pour sa part, déclaré « surpris et fâché ». Sarrazin se défend en arguant qu’il fallait prendre cela sur le ton de la plaisanterie.

La tension n’était pas encore tombée que Sarrazin refaisait son apparition sur la une des journaux. Lors d’une émission télévisée, il s’est excusé pour son « Hartz-menu » et a reconnu que c’était une erreur de présenter ces calculs sous forme de carte de restaurant. Mais s’en est suivie une remarque étonnante venant d’un sénateur aux finances sur les travailleurs au noir : « Au lieu que quelqu’un reste assis au vingtième étage à regarder la télé toute la journée, je serais presque rassuré si il travaillait un petit peu au noir ».

Malgré tout, ce sénateur de 63 ans a reçu également quelques soutiens dans les colonnes des journaux. Ainsi, Wowereit l’a décrit comme « une sorte de Günter Netzer (star allemande du football dans les années 70, désormais commentateur sportif pour la télévision, NDLR) de la politique. De temps à autre génial, volontiers prêt à l’ouvrir, mais pas prêt tous les jours à travailler en équipe ». En regardant, au-delà de la provocation verbale, les simples faits politiques, y aurait-il sûrement plus de monde pour approuver le sénateur. Augmenter les allocations ne contribue pas forcément à réduire le chômage. La qualité des cours à Berlin est moindre que celles des écoles bavaroises. Un travailleur qui bâtit une maison au noir apporte plus à l’économie que quelqu’un qui ne fait rien. On peut donc être d’accord avec ces interventions, mais rien n’y oblige.

27

02

2008

Was'n dit !? Pourquoi ne pas traverser au rouge dans une rue sans voiture ?

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Dans cette nouvelle série de Babel Berlin, des allemands et d'autres européens berlinois se demandent réciproquement en bon dialecte Berlinois: "Was'n dit !?" („Mais ? C'est quoi ce truc !?") Ainsi découvrent-ils les grandes et petites curiosités de la ville et essayent de comprendre de quoi il en ressort. Sébastien Vannier était aujourd'hui à Mitte, en centre-ville, où il a pu observer un phénomène tout aussi allemand que dérangeant pour un public non averti.
par Sébastien Vannier

Dans quelques temps, l’ambassade des Etats-Unis déménagera sur la Pariser Platz et mettera ainsi fin à un phénomène particulièrement intéressant à observer pour un Français à Berlin. En effet, quand il s’agit de défense, nos amis d’outre-Atlantique ne font pas dans la demi-mesure et le périmètre de sécurité entourant l’emplacement actuel de l’ambassade américaine ne bloque pas moins d’un bon pâté de maison. Entre Friedrichstrasse et la Brandenburger Tor, tant qu’à faire. Mais bien qu’il s’agisse d’un sport fort apprécié dans l’Hexagone, il ne s’agit pas ici de sombrer dans un anti-américanisme tentant mais plutôt de s’intéresser à ce que ces mesures (ultra-)sécuritaires permettent de révéler sur le comportement de la population de Berlin.

Le poste d’observation est donc le suivant : nous sommes à l’angle de la rue Neustadtiche Kirchstrasse, bloquée 50 mètres plus loin par les énormes blocs de béton de l’ambassade, et de l’avenue Unter den Linden. Pour traverser la Neustadtiche Kirchstrasse, bloquée je le rappelle, un passage piéton avec un feu. Il serait faux de dire qu’aucune voiture ne traverse jamais ce passage piéton. Pendant mes 20 minutes d’observation assidue, en effet, j’ai pu dénombrer deux voitures. La première a bien tenté de pénétrer dans cette rue mais pour faire aussitôt demi-tour. Le conducteur s’était sans doute rendu compte trop tard que la rue était bloquée ou alors avait réalisé au dernier moment l’inutilité de perpétrer un attentat en lançant une Polo sur 4 blocs de bétons. La deuxième est sortie lentement de l’ambassade sous la vigilance des policiers car un étroit passage est quand même accessible pour les employés. Deux voitures en vingt minutes. Même les routes perdues de Bavière un dimanche matin sont plus animées. Pourtant le feu fonctionne bel et bien. 1 minute de rouge. 30 secondes de vert. 1 minute de rouge, 30 secondes de vert… Mais là non plus l’intéressant n’est pas vraiment d’observer le trafic routier, ou, à vrai dire, l’absence de trafic routier dans cette rue mais plutôt l’énergie surprenante que les passants mettent à résister à la tentation de traverser au rouge.

C'est ici que tout se passse: Le croisement devant l'ambassade Americaine.

Soyons clairs, en France, la loi de la rue est la suivante : je traverse quand les risques d’accident mortel sont inférieurs à 80%. 90% à Paris. Ma fascination est donc grande à ce coin de rue de voir avec quel soin les habitants de Berlin attendent patiemment que le petit bonhomme passe au vert pour traverser. Par souci d’objectivité, il faut avouer que certains téméraires bravent les interdits. On les voit d’abord avancer d’un pas, hésitants, puis vérifier après plusieurs reprises que, vraiment, aucune voiture n’osera se lancer contre ces blocs de béton, puis traverser la rue au pas de course en faisant bien garde d’éviter le regard inquisiteur de ceux qui attendent patiemment de l’autre côté. Quand un des ces aventuriers fougueux a fait le grand saut, les réactions se révèlent différentes. Certains se sentent pousser des ailes, se disant, si on m’embête, c’est pas moi qu’ai commencé, et se lancent à leur tour. D’autres, jaloux de ce courage inconscient, font un pas, mais n’osent pas plus. La plupart reste stoïque et méprise, intérieurement ou pas, ces impénitents qui violent ainsi la loi.

La question est donc posée : comment expliquer cette différence interculturelle assez flagrante, révélée ici par un exemple caricatural ? Pourquoi les Allemands sont-ils si pointilleux sur le respect des règles et cela ne concerne-t-il que ce feu rouge ? Réponse au prochain épisode.

24

02

2008

Film: "Mary" par Abel Ferrara

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Le film "Mary" d’Abel Ferraraté présenté mercredi dernier en première berlinoise par le magazine critic.de, même si dans d’autres pays, et notamment en France, ce film est déjà disponible en DVD. Cette projection est donc l’occasion de se plonger dans les méandres de la foi. Film religieux ou film sur la religion, Mary s’inscrit clairement en réponse aux grosses productions controversées qu’ont été La Passion du Christ de Mel Gibson ou le Da Vinci Code de Ron Howard, adapté de Dan Brown.
par Sébastien Vannier

"Mary" est donc l’histoire de trois personnages qui se croisent et à la recherche de leur propre foi. Le personnage éponyme d’abord, Mary Palesi (jouée par Juliette Binoche), qui vient d’interpétrer le rôle de Marie-Madeleine, dans un film sur la vie de Jésus intitulé « Ceci est mon sang » du réalisateur Tony Childress (Mathew Modine). Mary est tellement habitée par le personnage qu’elle vient d’interpréter qu’elle décide d’abandonner sa carrière pour se rendre à Jérusalemn pour vivre cette foi nouvelle. Tony, le réalisateur, cherche à défendre son film à tout prix au nom de la liberté d’expression mais peine à défendre sa position. Enfin Ted Younger (Forest Whitaker), présentateur de télévision, anime une série d’émissions sur Jésus et, pour cette raison, cherche à contacter Tony et Mary. Lui aussi, tiraillé dans sa vie privée, cherche sa propre foi.

La bande annonce du film sur Youtube (cliquez ici pour la version plus grande).

Dans "Mary", Abel Ferrara tente de présenter un spectre de points de vue sur la religion catholique, sur Jésus, sur Marie-Madeleine, en faisant intevenir, sur le mode du docu-fiction, des experts en théologie (notamment Jean-Yves Leloup). Le souci initial est donc l’objectivité face à la croyance, mais il n’est pas sûr qu’il s’y tienne au vu des dernières scènes où l’on sent les personnages principaux en phase de conversion. Les deux personnages masculins, Tony et Ted, peuvent faire figure de miroir d’Abel Ferrara lui-même. En utilisant un personnage de réalisateur présentant un film religieux, Ferrara utilise une mise en abîme pour réaliser partiellement un auto-portrait, même si il n’est pas flatteur. Ce personnage de Tony est également clairement identifiable, même du point de vue physique, à Mel Gibson. Mais Abel Ferrara pourrait également être Ted, ce journaliste en quête de vérité, qui ne sait pas. Torturé par ses pêchés, celui-ci se confesse face à Dieu suite à un drame dans sa vie privée, la naissance prématurée de son fils alors qu’il trompe sa femme (Heather Graham).

Mais même si ce n’est pas elle qu’on voit le plus à l’écran, c’est bien Mary qui domine de sa présence. Son acte soudain de conversion étant présenté comme la meilleure voie à suivre. Abel Ferrara, à travers les experts interviewés, revient d’ailleurs longuement sur le rôle véritable qu’a joué Marie-Madeleine auprès de Jésus, révélé par la découverte de son Evangile apocryphe en 1945 en Egypte. Ni prostituée, ni amante de Jésus, elle aurait été une de ses principales disciples.

Pour ce qui est de la mise en scène, Abel Ferrara s’applique à faire entrer en collision des lieux et des instants différents. Les scènes du film en tournage et la réalité, par exemple. Mary se confond avec Marie-Madeleine. En rêve d’abord puis de façon de plus en plus indisctincte . New York, où se trouvent Ted et Tony, et le Proche-Orient de Marie. Ainsi, dans le studio de télévision tournent en boucle des images du confilt israëlo-palestinien, notamment cette image qui a fait le tour du monde d’un père et de son fils pris entre deux feux, reflétant le choc qu’aura Ted à la naissance de son propre fils. Ce sont les moyens de communication qui font le pont entre ces deux mondes : la télévision sans cesse allumées, les téléphones, notamment celui utilisé pour joindre Marie pendant l’émission de télévision. Ce téléphone est au centre de tous les regards et la voix de Marie arrive, comme venue du ciel.

Mary
Réalisation : Abel Ferrara. Avec Forest Whitaker, Juliette Binoche, Matthew Modine, heather Graham et la participation de Marion Cotillard. USA-Italie-France, 2005. Nouvelle projection le dimanche 24 février à 18h à Babylon Mitte

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