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Un chemin de croix

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de Julien Marsa

Premier film français présenté en compétition, où Guillaume Nicloux choisit d’adapter La Religieuse de Diderot, qui relate les malheurs infligés à Suzanne Simonin, jeune fille enrôlée de force dans les ordres. Il existe un précédent célèbre en France, puisque ce roman fut déjà adapté par Jacques Rivette en 1967, et que le film fut à l’époque censuré par Yvon Bourges (Secrétaire d’état à l’information), interdit de projection pour cause de potentiels troubles à l’ordre public. Il sera donc curieux de voir, lors de sa sortie en salles françaises, le 20 mars prochain, si le film de Guillaume Nicloux provoque quelques remous dans l’opinion publique, même si aucun signe avant-coureur ne se profile, pour l’instant, à l’horizon.

Une charge anticléricale

Et l’on peine à croire, très honnêtement, à une nouvelle polémique. Non seulement les contours de la société française ont bien changé (quoique la virulence du débat autour du mariage pour tous convient de nuancer ce propos), mais il est vrai que les attaques anticléricales ne font plus les choux gras des journaux depuis longtemps. C’est donc de manière un brin anachronique que ce film vient porter sa petite charge contre le conservatisme chrétien – qui n’est bien évidemment pas la seule forme de conservatisme religieux qui existe actuellement dans le monde – mais l’on aurait du mal à prendre le cas de Suzanne Simonin pour en faire une figure de proue de la lutte face aux extrémismes cléricaux, tant son histoire se déroule dans un contexte bien défini. Sur le même type de sujet, et en plus problématique, il faudrait plutôt revoir Hadewijch de Bruno Dumont.

De plus, Guillaume Nicloux a la mauvaise idée de mener ce récit à la première personne, écrit à l’origine comme une fausse confession, à travers une mise en abyme qui voit le Marquis de Croismare découvrir le manuscrit de la religieuse, et le lire en même temps que son histoire nous est narrée. Suzanne Simonin est donc donnée, dans cette introduction, comme saine et sauve, ce qui vide le film d’une incertitude et une inquiétude qui faisaient par ailleurs la force du roman. Ce prologue sert en plus, comme bien souvent, d’effet d’annonce de la fin du film, comme si le cinéaste, apeuré par la crudité de son matériau de base, avait voulu s’en prévenir.

Un cinéaste trop appliqué

L’endoctrinement par le chantage émotionnel, la stigmatisation et les humiliations subies par Suzanne sont en outre filmés avec une austérité et une sécheresse académiques et plates, qui viennent faire redondance avec la rugosité du mode de vie monacal. La mise en scène est donc sagement assujettie au récit, et ne dévie pas d’un iota durant tout le film. Et ce n’est pas le personnage grand-guignolesque d’Isabelle Huppert, mère supérieure emportée par sa passion pour les jeunes filles, qui viendra sortir le film de sa torpeur mécanique, tant Nicloux la filme avec une application et un respect assez barbant.

Et pourtant, on sent qu’il ne manque pas grand-chose pour que Guillaume Nicloux se sorte de cet exercice scolaire et fastidieux. Pour preuve, cette belle idée qui court tout le long du film, et qui symbolise la construction de la volonté propre du personnage dans l’adversité, est de faire de Suzanne, lors des séances de chant au monastère, une voix qui recouvre les autres, et qui va peu à peu prendre son indépendance. Dommage que celle de Guillaume Nicloux ne fasse pas vraiment de même.

Cette critique a été originalement publiée par Berlinale im Dialog notre partenaire pour la Berlinale.

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Un drôle d’oiseau

de Charlotte Noblet

«Boven is het stil»: Scénario et mise en scène de Nanouk Leopold sont fidèles au bestseller de l’auteur néerlandais Gerbrand Bakker»

« Tu dois partir ». « Je veux rester ». Père et fils ne partagent que l’exténuement de leur difficile cohabitation. Leur communication est balisée de contradictions, d’incompréhensions. La perte d’autonomie du père grabataire ne les rapproche pas. Sans confiance, pas de place pour des confidences sur l’oreiller. Au contraire, le moment est venu pour Helmer de « ranger » son père au dernier étage, de faire table rase du passé. Il réaménage le rez-de-chaussée de la ferme familiale et repeint la chambre de son frère décédé. La cinquantaine passée, Helmer semble vouloir prendre pied dans la vie.

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Avec le quotidien rudimentaire de la ferme, les vaches à traire et les moutons à garder, le fils mal aimé n’évolue toutefois qu’en apesanteur. Le plat pays et la pluie battante ne l’aident guère à chasser la rancœur. Pourtant, Helmer paraît doucement être à l’écoute de soi-même. Les regards du laitier le troublent et les approches du jeune garçon de ferme touchent une tendresse toute mutilée.

Le poids des sentiments refoulés

Le quinquagénaire plutôt beau gosse joue une rude partie de cache-cache avec soi-même. La lenteur du film est amplifiée par une musique réduite à quelques accords de piano de-ci de-là, par des dialogues laconiques. Mais le compte à rebours de la vie est lancé.

Le jeu de l’acteur principal, Jeroen Willems, est remarquable : derrière cette sensualité bourrue, il est possible d’entendre bourdonner les questions introspectives d’Helmer sans même qu’elles soient formulées ! Le silence assourdissant révèle un être torturé, si strict avec soi-même qu’il en fait même souffrir son entourage.

C’est caméra à la main que le scénario de la Néerlandaise Nanouk Leopold, adapté du bestseller « Boven is het stil » de Gerbrand Bakker, a été filmé. Scénario et mise en scène sont fidèles au premier roman de l’auteur néerlandais : « Gerbrand Bakker se révèle un écrivain de la mélancolie, de la résignation, des émotions suspendues – amours avortées, sexualité interdite. » (Télérama).

Jeroen Willems ne pourra recueillir les louanges de son interprétation lors de la Première du film Boven is het stil (Là-haut tout est calme) à la Berlinale : le formidable acteur et comédien néerlandais est décédé de manière inattendue en décembre dernier d’une crise cardiaque.

Cette critique a été originalement publiée par Berlinale im Dialog notre partenaire pour la Berlinale.

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Electorallemand : Wong Kar Wai fracasse la Berlinale

Hier soir avait lieu l’ouverture du festival du film de Berlin. Pratique, c’est le président du jury lui-même, Wong Kar Wai, qui présentait son propre film, hors compétiton bien entendu.

Article publié le 08.02.2013 sur le Blog Electorallemand

La Berlinale qui reprend, c’est une impression de camp de vacances où on retrouve les mêmes gens, les mêmes lieux chaque année pour une petite semaine. Oui, oui, l’accréditation, je sais où c’est. Ouais, ouais, le sac. Ah, c’est mon septième sac en toile de jute, je suis blasé, je l’offrirai à quelqu’un. Ouais, je sais, je vais poireauter pour voir le premier film, mais je suis bien équipé, Brötchen et Cookies dans la besace. Bref, comme on se retrouve !

Hommage au Kung Fu

Cette année donc, constellation assez atypique, le film d’ouverture, Yi Dai zong shi (The Grandmaster, pour ceux qui trouveraient la prononciation plus facile) est donc celui du président du jury, le réalisateur de Hongkong Wong Kar Wai. Il faut dire que la Berlinale attendait depuis des années de le faire venir, donc là, on lui déroule le tapis rouge, au propre et au figuré. Avant la projection, ma voisine de projection, une journaliste chinoise, m’aborde et me demande si je connais bien les films de Wong Kar Wai. Aie, la vache, j’ai pas révisé. Heureusement, il passait My Blueberry Nights deux jours avant sur 3sat. Ouh, j’évite le zéro pointé. Et les films de Kung-Fu ? Ah, là, j’ai vu Tigre & Dragon, celui avec la fille qui veut pas qu’on lui vole son peigne ! C’est bon, l’honneur est sauf, et j’ai même pas eu besoin de citer Kung Fu Panda.

Digne d’une expo photo

Bref, The Grandmaster nous présente les destins croisés de deux grands maîtres du Kung Fu au milieu du siècle précédent, Ip Man (Tony Leung, la star de In The Mood for Love) et Gong Er (Zhang Ziyi, de justement Tigre & Dragon) . Des années 30 au début des années 60, leurs combats, spirituels et physiques, seront interrompus par les conflits qui troubleront la planète et plus précisément l’Asie. Le film commence par une scène grandiose de combat sous la pluie qui donne le ton des deux heures qui suivront : une esthétique à couper le souffle, des ralentis en veux-tu en voilà et une sutrcture du film où il va falloir s’accrocher pour tout comprendre. Au niveau photographies du film, on en prend plein les mirettes, que ce soit les combats en eux-mêmes, sous la pluie, la neige (v. photo (c) Berlinale), en bordel (en vrai bordel, hein, pas en bordel) ou pour les paysages du Nord et du Sud de la Chine. Tony Leung et Zhang Ziyi ont assuré dû donner beaucoup de leurs personnes pour atteindre ce niveau de précisions des mouvements pour incarner Ip Man, celui qui fut le mentor de Bruce Lee. Par contre, entre les sauts dans le temps, dans l’espace et entre les personnages, des fois, on se demande bien : mais de qui c’est qui parle, là ? Comme en plus, le film était en chinois, sous-titré anglais, ca aidait qu’à moitié, quand même. Donc, comme il s’agit bien là d’un film d’action, d’un film romantique mais aussi d’un film historique, n’hésitez pas à réviser avant le petit manuel de l’Histoire de l’Asie au 20e siècle, ca pourra pas faire de mal pour situer le contexte. Mais j’ai bien retenu : « Le Kung-Fu, ca se résume en deux mots : horizontal et vertical. Une erreur : horizontal. Si tu restes debout, tu as gagné ». Bref, le film qui a eu un accueil mitigé en Chine, devrait ravir les amateurs de Kung-Fu et tous ceux qui attendaient avec impatience le retour du réalisateur d’ In the mood for love sur les écrans.

BalkanBeats : que du business ?

L'ethnologue macédonienne Rozita Dimova a étudié la scène BalkanBeats berlinoise, qu'elle ne voit pas d'un très bon oeil...


Comment est-ce que la scène a débuté ?


Au début des années 90, des réfugiés yougoslaves ont commencé à fréquenter un bar de Kreuzberg, le Arcanoa. Ils y entretenaient le souvenir d'une Yougoslavie pacifique et anti-nationale en y célébrant le rock contestataire des années 80. L'un deux, Robert Soko, a fait de ces soirées entre amis les soirées BalkanBeats, qui ont rencontré un énorme succès. L'essor de la world music et de Goran Bregović était passé par là.



Vous critiquez la forme qu'a pris cette vague musicale balkanique.


D'une part, les musiciens des Balkans sont honteusement exploités. Des imprésarios allemands leur imposent leurs conditions et gardent le gros des bénéfices. Les musiciens de la Fanfare Ciocarlia ont refusé l'offre humiliante que leur faisait Piranha Musik, qui leur a alors bloqué l'accès au marché allemand.


Ensuite, il y a le problème de l'exotisation de ces populations pour les rendre plus intéressantes commercialement. Créer l' « autre », plus sauvage, plus primitif, pour pouvoir estampiller sa musique d' « authentique ». Shantel et Robert Soko contribuent à ce processus en jouant avec leurs origines. Pourtant, la musique qu'ils font n'a plus rien à voir avec la musique des Balkans.


De plus, j'ai demandé à Robert de mixer pour des oeuvres de charité en faveur des Roms et il a refusé. Il ne veut pas mélanger musique et activisme.


Pourtant, le public occidental de la musique balkanique...


se dit très politique et anticapitaliste, oui ! C'est bien là toute l'ironie du gauchisme néolibéral : vouloir de l'authentique et consommer du formaté.


Mais cette musique à sensibiliser l'Europe sur la situation des Roms.


Vous croyez ? La France, qui a une grande scène balkan gypsy, n'a pas hésité à expulser des citoyens européens parce qu'ils étaient roms, avec l'assentiment de sa population.


Interview publié en avril dans Berlin Poche.


L'aventure Kommune 1, la première colloc berlinoise

Pour dépasser la société bourgeoise, il faut s'attaquer à sa racine : le carcan familial ! En 1967, 9 hommes et femmes passèrent à la pratique et fondèrent la Kommune 1, première colloc' du pays et étincelle soixante-huitarde.


Issus de l'extrême gauche étudiante et proches de Rudi Dutschke, les Kommunarden s'installèrent dans un atelier inoccupé de la Stephanstraße à Tiergarten. A l'aide de la psychanalyse de groupe et à une intense introspection, ils cherchèrent à déconstruire leurs réflexes « bourgeois » pour pleinement jouir de la vie en communauté, où tout est partagé, en prélude au communisme.


Mais ces longues séances de thérapie ennuyaient les habitants les plus situationnistes de la Kommune, comme Fritz Teufel, qui, pour compenser, s'illustra par une attaque au pudding sur le vice-président américain en visite à Berlin. En ces temps de guerre du Vietnam, le geste fit l'effet d'une bombe et braqua l'attention des médias sur la troupe contestataire. Un intérêt qui s'accrut encore lorsque la mannequin Uschi Obermaier* emménagea et souligna par son charme exceptionnel que la révolution sera d'abord sexuelle, ce qu'un certain Jimi Hendrix de passage constata personnellement.



Cette notoriété fut une aubaine pour ces révolutionnaires sans le sous, qui firent payer les journalistes pour leurs interviews. Uschi prétend même avoir vendu au Stern une série de photos de nu pour 20 000 Marks. Mais en 1969, l'aspect mercantile et les conflits internes auxquels s'ajouta une attaque de motards qui dévasta le logement, sonnèrent le glas de l'expérience... qui est bel et bien terminée puisqu'aujourd'hui, le Stephanstraße 60 est un loft pour touristes. Vous avez dit Zeitgeist ?


* Vous trouverez au coin de la Ackerstraße et de la Torstraße, le Muschi Obermaier, un bar dédié à l'égérie.




Article publié dans le numéro d'avril de Berlin Poche.

Un bout de RDA à Cuba

En 1972, Fidel Castro se rend pour la première fois en RDA. Accueilli les bras ouverts à Berlin, le guérillero de la Sierra Maestra conclut avec Erich Honecker une affaire qui fait encore rêver.

Après la signature de divers accords à l'ordre du jour, Castro, généreux, met un point d'honneur à combler son hôte d'un cadeau hors du commun. Il pose une imposante carte de Cuba sur la table et indique d'un index assuré une île (déserte) de l'archipel : « C'est d'ici que nous avons repoussé en 1961 l'attaque américaine de la Baie des Cochons. Cette île, nous l'avons rebaptisée île Ernst Thälmann en l'honneur du fameux communiste allemand mort dans les geôles nazies et nous l'offrons aux citoyens de la RDA ! » Quelques semaines plus tard, une délégation est-allemande et des officiels cubains viennent inaugurer un buste à l'effigie du héros communiste sur la « playa RDA » de l'île.


Depuis lors, peu de passage, si ce n'est les quelques oiseaux de mer et Frank Schöbel, un chanteur de Schlager est-allemand, venu y tourner le clip de Insel am Golf von Cazzone, une ode à ce petit bout de Caraïbes. L'île sombre ensuite progressivement dans l'oubli... jusqu'en 2001, où les auteurs du magazine Thema 1 font resurgir le sujet, croyant avoir découvert le 17ème Bundesland. Ils durent vite déchanter. Si l'île a bien été rebaptisée, l'Allemagne et Cuba démentent tout transfert de souveraineté. Le cadeau ne fut que « symbolique ». Depuis, une initiative confidentielle veut racheter l'île à Castro pour 20 millions de dollars.


En 1998, l'ouragan Mitch renversa le buste d'Ernst Thälmann. Il patiente sagement, tête dans le sable, qu'on vienne le tirer de l'oubli.



Article publié dans le numéro de mars de Berlin Poche.


Photos (c) : Stern, Bundearchiv

Passer Poutine par les armes esthétiques

Reclus, ayant renoncé à une carrière, au confort et à l'argent, les membres de Voina ('Guerre' en russe) pratiquent un activisme intransigeant teinté d'héroisme, digne d'un romain russe du 19ème siècle.




Par des actions artistiques subversives, et moqueuses, ils veulent pousser la société russe à se révolter contre le système Poutine. Nombre d'entre eux sont passés par la prison ou sont poursuivis par la police pour leurs actions.


Si certains voient en Voina une bande de prétendus rebelles aventureux issus de la bonne société, d'autres considèrent ses membres comme des avant-gardistes ayant fait de leur vie une grande oeuvre d'art, prête à être sacrifiée sur l'autel d'une Russie libre.


Le réalisateur Andrey Grayzev a suivi le quotidien du groupe pendant plusieurs mois. Sans budget, il en a tiré un documentaire complètement auto-produit, très brut, dérangeant, parfois irréel, qu'il a présenté en avant-première cette année à la Berlinale.


Appartenez-vous à Voina ?


Comme le dit l'activiste Kasa dans une scène du film : « celui qui participe à une action devient automatiquement membre du groupe. » Comme pour beaucoup de Russes, Voina a attiré mon attention. Je l'ai d'abord suivi sur Internet, et puis j'ai voulu en savoir plus. Vous savez, beaucoup de légendes entourent le groupe, j'ai voulu comprendre comment le groupe fonctionne de l'intérieur.


Certains des membres sont recherchés par la police, comment avez-vous réussi à gagner leur confiance ?


J'ai simplement passé beaucoup de temps sur leurs actions publiques. Au bout d'environ trois semaines, un début de confiance s'est installé, ils m'ont alors invité sur des actions plus risquées, comme celle sur le pont-levis. Ils ont fini par m'accepter. Mais j'ai passé vraiment beaucoup de temps à leurs côtés, j'étais même avec eux à Saint Petersbourg, alors que ma femme accouchait à Moscou !


Pensez-vous que la caméra ait influencé l'action ?

La caméra tournait en permanence, sans être envahissante, jusqu'à ce tout le monde l'oublie. Lors du montage, j'ai particulièrement fait attention à ne prendre que des scènes où la présence de la caméra n'était plus perceptible. Si vous prenez la première scène où les vigiles de supermarché poursuivent les activistes qui viennent de se servir sans payer, vous remarquerez que l'action est si rapide que le vigile ne voit même pas la caméra, il n'a pas le temps d'y établir un rapport.


Pourquoi avoir indiqué que le contenu du film ne correspond pas entièrement à la réalité ?


Par les choix de montage que j'ai fais, qui, par exemple, ne suivent pas la chronologie effective des événements, je donne ma vision personnelle des choses bien que le film reste un documentaire. Je voulais l'indiquer clairement. Le film a plusieurs niveaux de lecture. A certains moment l'intrigue prend une tournure plus caractéristique d'une fiction, avec des éléments d'une romance.



Que pensent les Russes de Voina ?


Comme pour tout sujet, les avis divergent. Le membres du groupe n'ont jamais cherché à convaincre qui que se soit, ils font juste ce qui leur paraît juste et nécessaire. Voina a divisé la société, les gens ne savent pas s'il faut y voir des artistes, des politiques ou des criminels. Mais ils ont le mérite d'avoir lancé un débat. Les avis sont moins tranchés qu'auparavant.


Pensez-vous que le groupe a contribué à ce que les gens sortent dans les rues depuis décembre ?


Il est bien sûr difficile d'évaluer l'impact des actions du groupe au-delà des réactions des spectateurs dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Mais le groupe influence bien sûr ses inconditionnels. Je ne peux pas dire combien ils sont et si les vidéos du groupe les ont mené à passer à l'action. Mais Voina a certainement tenu un rôle de catalyseur.


Quoi qu'il en soit, les fraudes lors des élections à la Duma en décembre ont été l'étincelle qui a fait apparaître au grand jour le mécontentement des Russes. Ce fut un signal, comme le tir à blanc qui lança la révolution d'octobre, dans Aurora d'Eisenstein.


Pouvons-nous nous attendre à une surprise lors des élections de dimanche ?


En Russie, personne ne veut vraiment d'une révolution, pas même l'opposition. Ceux que les gens veulent c'est du changement. Et il y en aura sans doute après les élections. Dans quelle direction iront les réformes ? Soit vers plus de répression, soit vers plus de liberté. La balle est dans le camp du gouvernement.




Un grand merci à Tais Gorkhover pour la traduction.


Photos 1 (c) : Andrey Grayzev


Photos 2 & 3 (c) : Marlena Cichoń


Relisez l'interview de Oleg Vorotnikov et Natalia Sokol, deux membres de Voina, par Annie Rutherford, ici et ici.

Berlinale : "L'avenir est plus brillant en Afrique qu'en Europe"


Satché est jeune et en bonne santé, mais la mort a toqué à sa porte. Il ne lui reste qu'un jour à vivre... Que faire ? Avec "Aujourd'hui", Alain Gomis porte un regard poétique sur notre rapport à la vie, et à la mort. Un entretien sur le temps qui passe, la vieille Europe et la nouvelle Afrique.


Quel est le message derrière cette mort subite ?


Le film n'est pas un film à message. Mais il présente la route d'un personnage vers son présent. Il sent d'abord la peur mais, au fur et à mesure qu'il se débarrasse de demain, il se rapproche du présent, qu'il atteint et qui devient infini.


S'agit-il d'une critique de notre constante obsession pour le futur ? Est-ce quelque chose de typiquement européen ?


Non, je pense que c'est capitaliste. La peur de la mort existe partout, et faire des choses, des fois, ça nous empêche d'y penser [rires]. Dans une société capitaliste, les gens sont maintenus en permanente activité. Penser, entrer dans des relations plus profondes avec les gens, ça ne fait pas d'argent.



Dans le film, on apprend que Satché est parti aux Etats-Unis et en est revenu, sans qu'on apprenne pourquoi. A-t-il vécu un échec ?


Il n'est pas revenu suite à un échec, mais parce qu'à un moment il a eu besoin d'être dans un endroit où il pouvait s'identifier, où il pouvait ne pas se poser de questions.


A l'étranger, on est parfois plus libre, on n'a pas de compte à rendre. On doit respecter les codes de la société pour ne pas finir en prison [rires] mais on a moins forcé à suivre certaines règles sociales. Chez soi, ne pas les suivre serait une vrai transgression.


Pourtant, il rentre...


Oui, ca dépend des gens et des périodes de la vie dans lesquelles on se trouve. Arrivé un certain moment, on se dit « dans cette terre est enterré mon grand-père ». Cet enracinement permet une forme de liberté. Etant jeune, on veut voir ce qu'il se passe ailleurs. Après, les choses sont plus intérieures, tu te rends compte que tu t'assois et que tu voyages autant.



Vous êtes né de parents Sénégalais à Paris. Comment avez-vous découvert le Sénégal ?


Mon premier contact avec le Sénégal a été avec ma famille. On ne peut pas dire que j'ai découvert le Sénégal, le Sénégal était là.


Beaucoup d'immigrés idéalisent leur pays d'origine. Avez-vous été influencé par la vision du Sénégal qu'ont vos parents ?


On idéalise un pays absent comme on idéalise un père ou une mère. De toute manière, la relation qu'on a aux choses ou aux personnes évolue avec le temps et l'expérience.


Je préfère les rapports humains au Sénégal, mais je ne veux pas dire qu'ils sont meilleurs. Je peux changer d'avis avec le temps, mais je m'y reconnais plus. Il y a un rapport au temps, à la mort, à l'invisible et à l'inconnu dans lequel je me sens beaucoup mieux. C'est une question très personnelle, moins liée à l'identité qu'à la personnalité. Mon frère ou ma soeur peuvent avoir un autre avis.


Satché est critiqué pour être rentré des Etats-Unis. Est-ce une reproche habituel au Sénégal ?


Non, mais ça a pu l'être a une époque pas si lointaine, où il était difficile de comprendre pourquoi une personne qui avait eu la chance de partir, veuille rentrer. Mais les choses ont changé récemment. Chaque fois plus de gens rentrent.


Il est difficile de généraliser à la taille d'un continent où il y a d'immenses disparités. Mais, bien que le chemin reste dur, l'avenir est plus brillant en Afrique qu'en Europe. Il ne fait plus peur en Afrique, alors que, maintenant, il fait peur en Europe.



Un changement de paradigme ?


Beaucoup de gens qui sont rentrés vivent mieux que lorsqu'ils étaient à l'étranger. Et je ne parle pas de ceux qui ont la chance d'appartenir a une petite minorité de privilégiés. A Paris, deux tiers du salaire des gens passe dans le loyer, on s'endette sur 30 ans pour avoir l'espace minimum de vie. Ca n'a pas de sens !


Pour une personne qui a de quoi commencer une petite affaire, il va être bien plus facile de se lancer à Dakar qu'à Paris ou dans la plupart des villes occidentales que je connais. On y asphyxie. Et pour réussir, on essaye de trouver une idée à l'intérieur d'une autre idée.


Sentez-vous une certaine frustration, une tension entre les gens en France, qui n'existe pas ailleurs ?


Pas entre les gens. Mais il y a une tension, oui. Les pays européens sont des petits pays qui, de façon étrange, ont eu a jouir sur le monde d'une suprématie qui n'est pas représentative de leur taille réelle. Aujourd'hui, le monde prend plus des dimensions proportionnelles à ce qu'il est. La France ne représente pas grand chose à côté de l'Inde. Alors, quand l'Inde reprend sa taille réelle, évidemment, ca suscite des craintes.


Etes-vous satisfait du film ?


L'insatisfaction par rapport à un film est le moteur pour en faire un autre. Le personnage principal du film dit à un moment : « Je n'ai rien eu le temps de faire ». On lui répond : « Mais qu'est-ce que tu voulais faire ? Qui a déjà fini quelque chose ? » Personne. Il y a un moment où on arrête, c'est tout. Sans limite de temps ni d'argent, je peux passer ma vie à refaire un film.


Photos : (1) Berlinale, (2) et (3) Katarzyna Świerc

Berlinale : Amis journalistes, sommes-nous meilleurs que Christian Wulff ?

Wulff, Wulff, Wulff. Aujourd'hui à la Berlinale, tout le monde n'avait que ce nom sur les lèvres : « Il a enfin démissionné ! » « Un tel président est une honte pour l'Allemagne ! » « Bon débarras ! » Les journalistes se gargarisaient : enfin, le président honni s'est retiré pour expier ses horribles pêchés. Je vous passe le reste des réactions de la presse, que vous pouvez lire ici. Mais que lui reproche-t-on, au juste ?

En 2008, c'est à dire avant même d'être président, Wulff aurait obtenu un crédit à un taux très préférentiel de la part d'un entrepreneur ami. En tant que ministre-président de Basse-Saxe, il aurait en contrepartie invité cette personne à l'accompagner lors d'un voyage officiel. Il aurait également accepté des voyages tous frais payés de la part d'autres manager et entrepreneurs. Des faveurs et relations qu'il n'a pas mentionné lors de son investiture comme président. Fin 2011, lorsque le Bild a pour la première fois formulé ces reproches, Wulff aurait menacé le rédacteur en chef du journal et tenté d'influencer sa couverture de l'affaire. Après sa démission, une procédure a été initiée contre Wulff pour trafic d'influence.


Si ces reproches se révèlent fondés, Wulff se sera bien sûr révélé indigne de son poste et aura mérité l'opprobre populaire. Mais j'appelle chacun d'entre nous à examiner nos habitudes avant de crier « à l'échafaud », particulièrement les journalistes. N'ait-ce pas une pratique répandue que d'accepter des cadeaux de grandes marques afin, soi-disant, d'écrire un papier dessus ? DVD, livres, CD et entrées gratuites aux frais de la princesse. Et puis www.pressekonditionen.de vous connaissez ? Ce site répertorie tous les avantages et réductions que peuvent obtenir les journalistes titulaires d'une carte de presse allemande. Belle distance critique envers les entreprises. Bien sûr, personne n'est obligé d'accepter ces cadeaux. Mais qui le fait vraiment ? « Ah non, je ne vais pas entrer gratuitement dans cette expo, je préfère payer mon entrée comme les va-nu-pieds. » Surréaliste.


Prenons un autre exemple, peut être plus parlant : la Berlinale. Si vous avez de la chance, votre rédaction vous paye vos papiers, ou au moins votre badge, un sésame pour toute une variété d'avantages auxquels le commun des mortels ne peut que rêver.


  1. Vous pouvez quasiment voir tous les films sans restriction et dans les plus beaux cinémas. Pas besoin d'attendre pendant une heure (ou plus) pour acheter vos places 6, 8, 12 ou 20 euro. Pour vous c'est gratuit !


  2. Et vous êtes parfois même le premier à voir le film. Vive les projections presse du mois de janvier !


  1. Une séjour tout confort ! Espace Wifi spacieux, dizaines d'ordinateurs à disposition, la presse quotidienne gratuite, eau minérale à volonté et, cerise sur le gâteau : le sac de la Berlinale, gratuit lui aussi, que tout accrédité s'empresse de porter ostensiblement pour bien se distinguer du menu fretin. Spécial dédicace à ceux qui portent leur badge constamment, même lorsqu'il est complètement inutile, genre au MacDo ou au Starbucks, mais ca fait important, « je suis de la presse, moi ».


  2. Le rapport aux réalisateurs, acteurs et autres célébrités. En tant que journaliste, vous avez un accès privilégié à ces personnes. N'est ce pas un sentiment enivrant de pouvoir tutoyer les stars ? Ou de voir leur film en avant-première et en leur présence ? Vous n'avez pas besoin d'attendre des heures dans le froid pour les voir un bref instant. Et je vous passe l'utilisation ridicule des prénoms : « Brad est vraiment trop sympa » ou « Angelina arrive a trois heures ». Et puis, vous serez bien sûr invité à la soirée open-bar organisée par l'équipe PR du film, en présence exclusive des stars, naturellement.


Je propose donc l'invalidation de toutes les critiques écrites durant la Berlinale par des journalistes accrédités et exige leur démission (la mienne y compris) !


Plus sérieusement. Cette série de cadeaux et d'avantages n'ont-ils pas un incidence sur nos articles ? Ne risque-ton pas d'être plus conciliant si nous voyons les films dans des conditions qui ne correspondent pas à celles dans lesquelles l'immense majorité du public les verra ? Comment est-ce que nos lecteurs peuvent être assurés de notre bonne foi ? Sommes-nous vraiment blanc comme neige, libre de l'influence des organisateurs d'événements et de l'économie en général, comme nous le prétendons ? Non, je ne le crois pas, mais il faut vivre avec et tenter de garder son indépendance professionnelle tant que possible. Oui, facile à dire...


Déverser sa ire sur Wulff est réconfortant, car nous nous distançons ainsi de telles pratiques. Mais ces écarts avec l'éthique nous concernent malheureusement tous.



Photo : Katarzyna Świerc

Berlinale : Quand la justice ferme les yeux

Le 29 juin 1992, dans l'extrême Est de l'Allemagne, un paysan découvre deux corps dans un champ de maïs. À deux pas, la Pologne.


Les deux victimes sont des citoyens roumains de la communauté Rom, tués par des chasseurs alors qu'ils venaient de traverser ce qui était à l'époque la frontière Schengen. Quatre ans plus tard, lors du procès, les chasseurs inculpés sont acquittés pour manque de preuves.



Près de vingt ans plus tard, Philip Scheffner a retracé les circonstances de ce drame. Il s'est rendu en Roumanie pour rencontrer les familles des victimes et les représentants de la communauté Rom affectée. Nous découvrons ainsi que ces deux morts ont impliqué comme souffrances à des personnes privées de toutes ressources. Scheffner a aussi parler aux autorités allemandes, aux gardes chasse responsables, médecins légistes, porte-parole du parquet et avocats des chasseurs.


Dans ce documentaire, le réalisateur cherche à se défaire du monopole de la narration. Il demande à chaque intéressé comment, selon lui, commencerait un film sur cette affaire, nous présentant ainsi une multitude de voix narratives potentielles. Aussi, ce qu'il présente au spectateur est souvent l'interlocuteur réécoutant ses propres déclarations, pouvant ainsi les corriger ou les compléter le cas échéant.


L'accessoire est réduit à la portion congrue : pas de musique, absence d'effets de caméras ou d'effets de style cinématographique surprenants. Le procédé reste sobre, s'en tient aux faits et s'appuie sur les propos des intervenants. L'interprétation du réalisateur reste au second plan.



De ce traitement distancé, rigoureux naît une relation de confiance avec le réalisateur. La véracité du récit s'en voit renforcée. Scheffner ne cherche pas à convaincre par l'artifice. Il traite le spectateur en être doué de raison et se garde bien de donner des vérités toute faites ou à l'emporte pièce, il permet juste aux intéressés et concernés de l'époque de s'exprimer, d'exposer les faits, chacun à sa manière. Progressivement, les pièces d'abord éparses du puzzle s'assemblent.


« C'est chasseurs sont-ils venus sciemment tuer des immigrés clandestins ? » La question fatidique, effroyable, ne sera jamais directement posée, mais Scheffner la laisse s'insinuer dans l'esprit du spectateur, qui formulera sa propre sentence, probablement très éloignée de l'acquittement prononcé en 1996.


Le parti pris de ne pas faire un film militant mais de présenter un procès verbal de laffaire, est le bienvenu. Mais cela éveille aussi une interrogation. Quelle est la motivation du réalisateur, au-delà du rétablissement de la dignité des victimes ? Contre qui porte-t-il son grief ? Contre la politique de frontières de l'UE ? Scheffner évoque bien le chiffre de 14 000 morts aux frontières de l'UE entre 1988 et 2009, avancé par l'ONG Fortress Europe. Contre l'inefficacité de la justice lorsqu'il s'agit de condamner un meurtre raciste ? Ou contre ces chasseurs, méprisant la dignité humaine ? Probablement les trois.


Revision est un documentaire fort, précis, implacable, qui présente au grand public une affaire de crime raciste dont la justice allemande a bâclé l'instruction. Alors que l'Allemagne tente de comprendre comment un trio d'assassins néonazis a pu agir pendant près d'une décennie en toute impunité, ce film vient alourdir l'acte d'accusation.



Photos : Berlinale

Berlinale : Tabu, un roman d’amour(s)

par Julien Marsa

Voici assurément l’un des grands films de la compétition officielle. Tourné en format 4/3 et en noir et blanc, pour une relecture sous forme d’hommage aux codes du muet (avec une référence, à travers le titre du film, au cinéma de Murnau), Tabu est une formidable boîte à histoires.



Comme un lointain cousin des Mystères de Lisbonne de Raul Ruiz, Miguel Gomes se permet d’emboîter les récits comme une chaîne continue pour mieux plonger dans une matière fantasmatique de cinéma. La narration se tisse au gré des histoires que le cinéaste raconte, mais aussi et surtout à travers celles que les personnages se racontent. Gomes déploie avec une liberté folle tout un formidable éventail de régimes de récits (histoires rapportées par les personnages, film dans le film, lettres, livres, légendes ou contes, prophéties…), pour un émerveillement romanesque de tous les instants.

Délices du récit

Le film est divisé en deux parties (Le paradis perdu / Le paradis), et conte le parcours d’une vieille femme mourante (Madame « Aurora », référence quand tu nous tiens !) dont un ancien amant viendra raconter, suite à son décès, le récit de leur amour de jeunesse. La première partie est donc un assemblage poétique urbain, qui laisse entrevoir un spectre de possibles narratifs très large, sans jamais les refermer, les laissant en suspens pour les reprendre (ou non) par la suite. Cette première partie décrit les aspirations de l’entourage de la vieille dame et sa fin de vie, avant de tomber, en deuxième partie, dans l’extraordinaire plongée au cœur de l’Afrique coloniale, théâtre des amours contrariées entre Aurora et son amant Gianluca Ventura.

Ce paradis perdu qui constitue la première partie du film est une tranche de vie(s) sur un mode quelque peu absurde, tantôt drôle, émouvant et cruel, où Miguel Gomes procède par légers décalages de mise en scène (des lumières qui clignotent, telles des guirlandes dans l’arrière-plan d’un couloir d’hôpital ; un plan qui démarre sur un chien posté à une fenêtre), dans des élans poétiques que le noir et blanc vient sublimer. Il développe ainsi une très belle évocation de la vieillesse, de la solitude et du passage du temps, sur un mode nostalgique dont l’aspect suranné en fait le charme fou.



Les mystères de l’Afrique

Le basculement dans les différentes histoires semées ici et là par le récit, se fait de manière particulièrement inventive et naturelle (une photo figure une salle d’attente dans une maison de retraite ; l’instant d’après, nous y sommes, par un raccord dans l’axe qui investit le personnage dans le cadre). De fait, ce qui est raconté n’est pas une simple digression, mais devient la matière-même du film. C’est ainsi que l’on plonge dans la deuxième partie : Ventura raconte l’histoire de la jeunesse d’Aurora à ses amies, et cela devient l’histoire du film.

Comme une belle remise en perspective d’une fin de vie, « Le paradis » est surtout une époustouflante expérience de cinéma, un mélange d’images qui pourraient à la fois provenir d’un documentaire sur l’Afrique, d’archives filmiques personnelles, tout en y mêlant une dimension de drame romanesque. Le travail sur le son est également remarquable, par la façon dont il revisite les conventions du muet : ici, tout est raconté en voix off par Ventura, car la parole des personnages qu’ils furent, avec Aurora, est tout simplement perdue à jamais, comme un écho troublant à la nostalgie évoquée dans la première partie du film. Il ne reste plus que le son d’ambiance de la jungle africaine, tel un vide effrayant dont les mots de l’époque sont bannis, et quelques vieux tubes musicaux dont la charge émotionnelle suffit à évoquer la déchirure de la séparation des deux amants.

C’est d’ailleurs à travers un remarquable travail sur le renouvellement du récit que Gomes réussit à faire mouche, comme un conte dont les différents épisodes se répondent entre eux. Les digressions de la vieille Aurora, prises comme des signes de démence sénile par ses amies, sont par exemple le tissu qui constitue une partie de la mythologie du récit africain. Mais il n’est pas forcément nécessaire de jouer au jeu des correspondances pour goûter aux charmes de Tabu, qui vont au-delà même de toutes ces considérations cinématographiques.

Un texte publié sur le site de notre partenaire, Berlinale im Dialog, le blog franco-allemand de l'OFAJ sur la Berlinale.


Photos : Berlinale

Berlinale : C'est Angelina, pas Angie !

L'année dernière, c'est Angie qui honorait la Berlinale de sa présence... Mais cette fois c'est Angelina qui fait le déplacement pour présenter son premier film, In the Land of Blood and Honey. Et on ne va pas s'en plaindre ! Elle s'est adonnée au traditionel photoshooting aux côtés des acteurs du film.









Et que fait-ton en attendant la star ? Le regard de Sandra sur l'hystérie Brangelina...

Fotos :
Katarzyna Swierc

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