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Par Toutatis, ils sont fous ces Teutons !

de Laurène Gibert, publié en février dans Berlin Poche.

Nous sommes en 2010 après Jésus-Christ et toute l’Allemagne est occupée depuis 50 ans par les aventures d’Astérix… Toute ? Oui ! Même à Munich où Berlin Poche a rencontré l’irréductible Gudrun Penndorf, qui a traduit 29 des 34 albums du plus têtu des Gaulois.


Vous souvenez-vous du jour où vous êtes tombée dans la marmite des aventures d'Astérix ? 

Une amie française qui faisait ses études à Munich m'avait apporté le premier volume d'Astérix et se tordait de rire; elle ne pouvait pas comprendre ma stupéfaction. En plus celui-ci était basé sur des évènements historiques, donc instructifs, ce qui est très important pour les Allemands ! 

Au départ, dans les premiers albums traduits en allemand, Astérix s'appelait Siggi et Obélix, Barrabas, et n'ont eu que très peu de succès. Aujourd'hui, Astérix est l'un des personnages les plus populaires de « Germanie ». Comment expliquez-vous ce revirement de situation ? 

À l'origine, les droits de traduction en Allemagne avaient été accordés au Kauka-Verlag, l'éditeur de « Fix und Foxi », qui avait transformé cette épopée gauloise en une aventure germanique sans rapport avec l'original. Sur quoi, l'éditeur français  retira aussitôt la licence. Ehapa Verlag à Stuttgart acquit alors les droits de traduction, et à partir de 1968 j'ai commencé à traduire les aventures d'Astérix. La raison essentielle du succès c'est bien sûr l'humour de l’œuvre de Goscinny et Uderzo. Certains disent d’ailleurs que cela ne tient pas seulement au sujet, mais aussi à la traduction ! De nombreuses expressions sont passées dans le langage courant allemand, notamment le célèbre : « Ils sont fous, ces Romains. » 

Justement, quelle est votre recette [de potion] magique pour retranscrire les jeux de mots présents dans les albums d'Astérix ?  

Je n'ai pas de recette magique. Il faut d'abord avoir une très bonne connaissance  du français et également de sa propre langue. Et last but not least il faut de l'inspiration...

Mes difficultés ? Elles reposent surtout dans les passages où le comique n'est pas seulement dans les mots, mais dans les illustrations. Prenez par exemple « Astérix légionnaire » où, lorsque le petit groupe embarque ou débarque, chaque phrase accompagnant la manœuvre est reprise en écho par « poil à », suivi du nom d'une partie du corps rimant avec le dernier mot prononcé. Par exemple, « amarres larguées » est repris par « poil au nez ». Comme c’est le petit Egyptien qui fait l’écho, et qu’il parle en hiéroglyphes, il faut passer par une « traduction » du pseudo-hiéroglyphe pour arriver à la rime : « nez ». La solutionque j'ai trouvée consistait à faire commenter ironiquement la manœuvre par le petit Egyptien et la troupe reprend en chœur le commentaire. Ainsi « Leinen los! » est commenté par « Sie sind Euch eine Nasenlänge voraus! » etc.  

Est-ce là l’une de vos traductions préférées ? 

On pourrait plutôt poser la question ainsi : quel est le volume qui m'a le plus amusé à traduire ?  C'est « Astérix chez les Bretons », parce que j'ai imité la syntaxe anglo-saxonne, ce qui est très drôle pour les Allemands. Si en français, le « parler à l’envers » des Bretons se limite à la place respective de l’adjectif et du nom, ce qu’Obélix comprend très vite : « Vous avez vu mon chien petit ? », c’est la place du verbe  qui assume cette fonction en allemand. Une astuce qu’Obélix a aussitôt compris: « Habt ihr schon gesehen meinen kleinen Hund? »

Les aventures d'Astérix sont truffées de références culturelles françaises. De quelle manière pensez-vous que cela touche le lecteur allemand ? 

Dans les premiers albums, les allusions à des évènements typiquement français étaient nettement plus marquées que par la suite. Par exemple, dans « le Tour de France »  (d’ailleurs bourré d'allusions à la cuisine française)  la phrase du « postillon » ligoté par Astérix et Obélix : « Je vous promets qu'on n'a pas fini d'en parler de l’affaire du courrier de Lugdunum. », rappelle la célèbre « Affaire du  courrier de Lyon », une erreur de justice qui a défrayé la chronique française. La question est de savoir si les jeunes lecteurs français comprennent ces allusions !  

Dans « Astérix chez les Goths », la séparation des Goths entre Wisigoths (Goths de l'Ouest) et Ostrogoths (Goths de l'Est), bien qu'historique, fait référence à la division de l'Allemagne à l'époque de la parution de l'album. Que pensez-vous de cette allusion ? 

Dans l'ensemble, j'ai essayé de minimiser un peu les allusions à la division de l'Allemagne. Les Allemands peuvent déjà s'amuser des images. On trouve par exemple le casque à pointe avec sa visière et le protège-nuque qui rappelle l'armée prussienne impériale; les personnes averties reconnaîtront Hindenburg, Hitler et la croix gammée. Une idée que je trouve géniale, c'est d’avoir employé, même dans la version originale française, les caractères gothiques pour faire parler les Goths. 

En 50 ans, les Gaulois n'ont toujours peur que d'une seule chose, « que le ciel leur tombe sur la tête. » Dans quelle mesure ne peut-on pas craindre la décision d'Albert Uderzo et Anne Goscinny de céder à Hachette leurs participations dans les éditions Albert-Réné et donc de facto que ces héros survivent à leurs créateurs ? 

Je fais confiance à la potion magique, mais je n'ai pas de boule de cristal…

Celui qui voulait faire un film sur Banksy

Exit through the gift shop (2010) est un documentaire de l'artiste de rue Banksy. Celui-ci est tout simplement la légende du Street Art. Il a bâti sa réputation non seulement sur son talent qui fait vendre ses oeuvres à des prix exorbitants mais également par le fait qu'il est tout simplement invisible. Personne ne sait qui est Banksy. Mais ce film ne raconte pas son histoire, mais celle de celui qui voulait faire un film sur Banksy.

Pourquoi aller voir Exit through the gift shop ?

Pour (re) découvrir le monde su Street Art. Pour apprécier l'humour et l'ironie de Banksy ainsi que de l'ensemble de ce milieu porté par la rebellion pacifiste.

Points forts / points faibles

Points forts : très bonne description du milieu. Bon rythme pour le film. Beaucoup de créativité, d'auto-dérision et un humour so british. Banksy réussit un très beau pied-de-nez aux écueils de l'art moderne. C'est-à-dire dire que c'est "in" juste parce que c'est "in".

Points faibles : vous avez déjà entendu mal parler un Français en anglais pendant une heure ? Insupportable.

Etoiles : **** 4/5 Un peu d'humour, d'ironie et d'auto-dérision dans ce monde de déprimes, de huis-clos ou de mainstream hollywoodiens, ça fait du bien.

Réactions dans la salle: Des rires des les premières minutes du film quand Banksy annonce : "Ce film est bien, je pense, surtout si vous n'en attendez pas beaucoup". Mais, déception, il n'y aura pas de conférence de presse !

Et quand les lumières se rallument ? Vite rechercher si ce Thierry Guetta alias Mister Brainwash existe vraiment ? Ou alors si c'est encore un gros canular de Banksy.

Berlinale : Shutter Island (2010) de Martin Scorsese

Cet article également en anglais

Pourquoi faut-il aller voir Shutter Island ?

Parce que c’est Martin Scorsese, diront les uns. Parce que c’est Leonardo Di Caprio, diront les autres. Mais pas seulement. Parce que pendant deux heures, vous allez être emportés sur une île loin d’être paradisiaque et vous allez vous poser des questions sur la santé mentale de tout le monde.

Points forts / points faibles

Point forts : le scénario évidemment et donc le livre de Dennis Lehane. L’histoire vous fera tourner en bourrique pendant deux heures. Leonardo Di Caprio qui parle allemand, les Berlinois auront apprécié.

Points faibles : Scorsese nous fait certes tourner en bourrique pendant quasiment tout le film mais il nous tient la main pour bien nous montrer le chemin dans les dernières minutes. Un peu dommage. Si Scorsese maîtrise évidemment tous les codes et toutes les références du thriller, des fois, c’est même un peu trop.

Etoiles : 4/5 Trois étoiles pour le film + une pour la performance de Leonardo Di Caprio. Je ne suis pas un fan mais là, il porte toute l’intrigue sur ses épaules.

Réactions après la projection

Shutter Island était un des films les plus attendus de la Berlinale. Applaudissements fournis à la fin de la projection même si les critiques y verront quelques détails pas complètement satisfaisants.

Et quand les lumières se rallument ?

Il faut revoir le film. Vite. Regarder sur le programme quand est-ce qu’il repasse.

Berlinale: My Name is Khan (2010) de Karan Johar

Les producteurs d'un des plus grands succès de Bollywood Sometimes Happy, Sometimes Sad (2001) ont produit aux USA My Name is Khan (2010) avec la superstar hindoue Shah Rukh Kahn. Le film raconte l'histoire de Rizvan Kahn, un indien musulman atteint d'une forme d'autisme, le syndrome d'Asperger, ayant tenté sa chance aux Etats-Unis. Suite au 11 septembre, la vie heureuse de Rizvan va changer. Les musulmans n'étant plus les bienvenus. Pour l'anecdote, l'idée du film vint à Shah Rukh Khan lorsqu'il fut sévèrement contrôlé à l'aéroport de Newark, probablement pour son apparence pas assez white christian american.


Pourquoi voir My Name is Khan ?

Vous avez aimé Forrest Gump? La paranoïa anti-islam post-11 septembre vous déprime ? Vous aimez les happy-ends, les scènes larmoyantes, les sentiments à l'eau de rose ? My Name is Khan est pour vous !


Bons points, mauvais points

Le film traite le problème de l'islamophobie, de l'obsession sécuritaire, de la restriction des libertés individuelles tout en restant un très bon divertissement grand public bien que la durée du film dépasse la standards du genre (presque 3 heures). De plus, le film n'est pas uniquement en anglais, les personnages s'expriment également en hindi. Bon point pour l'ouverture culturelle.

Seule ombre au tableau : une certaine récupération politique à la fin du film, qui délivre l'idée que l'Amérique à fait des erreurs dans la période post-11 septembre mais que cela ne fut que temporaire. Le rêve américain reste donc d'actualité. Ça ne m'étonnerai pas que la 20th Century Fox soit derrière cette belle fin politiquement correcte.

Un quatre étoiles **** - à voir pour le message de tolérance.


Les réactions au film

Dès son lancement au Royaume-Uni, le film a battu tous les records pour un film de Bollywood et a éveillé l'enthousiasme à la Berlinale.


Et les sentiments après la projection ?

Vous risquez d'avoir tout de même une petite phase de réflexion sur le rôle des USA dans le monde, les relations entre les religions, l'extrémisme, la tolérance, etc ...

images : ©Katarzyna Swierc & FOX

Live-Tweet depuis la Berlinale

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L’ouverture de la 60ème édition de la Berlinale se rapproche et Cafébabel Berlin se prépare à vous faire vivre cet événement sur le Blog comme dans le magazine à travers des critiques, des interviews, du son, des images.

Ne ratez pas, ce lundi, le 1er février à 11 heures, notre couverture en direct sur Twitter de la conférence de présentation du programme officiel de cette nouvelle édition-jubilé de la Berlinale en présence de Dieter Kosslick, le directeur du festival.

Alors, à lundi !

 
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Yolande Moreau et Jessica Alba à la Berlinale - Electorallemand

La Berlinale fête cette sa 60e édition et on commence petit à petit à avoir un bon aperçu du programme. 18 films en compétition sont désormais connus. Avec comme d'habitude à Berlin : du glamour, de l'international, et nos petits Français.




Après donc avoir servi ces dames en annonçant que Leonardo di Caprio et Pierce Brosnan seraient visibles - au moins - à l'écran dans le nouveau film de Martin Scorsese, ce sont maintenant ces messieurs qui vont être comblés par le programme de la Berlinale. En effet, Jessica Alba (Sin City, Les 4 Fantastiques) et Kate Hudson (Nine, Docteur T. et les femmes) seront à l'affiche de The Killer inside me de Michael Winterbottom. Allez, on vous rassure, il y a le petit Casey Affleck de la partie. En espèrant que la Berlinale va mettre sa touche de glamour habituelle au festival, pas impossible de voir débarquer tout ce petit monde pour la montée des marches (ah non, il n'y a pas vraiment de marches à monter à Berlin).

Groland in Deutschland

La France envoie également des ambassadeurs de choc pour la compétition avec l'acteur français le plus connu en Allemagne, Gérard Depardieu, accompagné par Yolande Moreau et Isabelle Adjani dans le film Mammuth. Le tout dirigé par l'équipe de Groland, Benoît Delépine et Gustave de Kerven.

A noter également que le film d'ouverture nous viendra cette fois de Chine (après The International l'année dernière). Il s'agit de l'oeuvre Tuan Yuan du réalisateur Wang Quan'an. Celui-là même qui avait remporté l'Ours d'or en 2007 pour Le mariage de Tuya. Enfin, pour le public allemand surtout, il sera intéressant de voir ce que donne "Jud Süss - Film ohne Gewissen", en référence au film ô combien controverse de l'époque nazie. On y retrouve les stars allemandes Martina Gedeck et Moritz Bleibtreu.

Article publié le 21 janvier sur Electorallemand

Gentrification toi-même

Dans un billet précédent (en allemand), ma collègue Christiane témoignait du phénomène de gentrification à Berlin. J'ai voulu répondre à ce premier article à travers le post suivant sur le blog Electorallemand :

Mais qu'est-ce que la gentrification ? N'importe quel nouveau venu à Berlin se trouve un jour confronté à ce terme a priori rebutant. Dans la capitale allemande en effet, la gentrification est visible à chaque coin de rue.




Pourquoi un post sur la gentrification - Gentrifizierung en allemand ? Parce que lors d'une réunion de rédaction récente de Café Babel, le thème est venu sur la table et ma collègue Christiane Lötsch a publié un excellent témoignage sur le sujet. Parce que le quotidien berlinois TAZ a publié une très bonne série sur le sujet et le Tagesspiegel a repris des photos saisissantes de l'évolution de Berlin. Je me suis dit qu'il serait donc bon aussi de présenter ce phénomène en français.

C'est là que tout a commencé

La gentrification (que les Berlinois nomment parfois Yuppisierung ce qui est assez drôle en fait) est un processus d'évolution urbaine. Pour essayer de le résumer, mettons-nous en situation :

- D'abord, il faut un quartier tout pourri mais de préférence situé en centre-ville. A Berlin, ça tombe bien, ça concernait quasiment toute la partie Est juste après la chute du Mur.

- Qui dit quartier tout pourri, dit loyers peu élevés. Qui dit loyers peu élevés dit installation de ceux qui ont peu d'argent. Qui ça ? Les étudiants, les artistes, etc.. Le quartier est classé alternatif, bien à gauche.

- Les étudiants étudient. Les artistes artistent. Et gagnent de l'argent. Les investisseurs immobilier sentent le bon filon, rénovent les immeubles et font augmenter les loyers. Le quartier passe d'alternatif à branché (vous noterez la métaphore filée électrique en passant).

- Ceux qui ont de l'argent (les anciens étudiants qui travaillent désormais, les artistes qui exposent désormais et surtout les plutôt riches venus de l'extérieur) sont les seuls à encore pouvoir encore habiter dans ce quartier. Les magasins s'adaptent à cette nouvelle population : Bienvenue à Starbuck Coffee et son café macchiato, Hugo Boss et plein de petits-magasins-trop-choux-vraiment-super-agréables.

- Le quartier est inabordable pour les jeunes étudiants et artistes qui sont gentiment priés de quitter les lieux (ah, l'argument du porte-monnaie) pour aller gentrifier un autre quartier.

Hackescher Markt et Prenzlauer Berg déjà perdus

A Berlin, il est plus ou moins facile de déterminer quel quartier a atteint quel stade de gentification. Le Hackescher Markt est déjà à l'étape ultime, celle du schiky-micky. Prenzlauer Berg est devenu une caricature de quartier avec tous-ses-petits-magasins-et-ses-petits-cafés-sympa (il faut prendre une voix fleur bleue pour prononcer tout ça en une seule respiration). La Kollwitz Platz par exemple est érigée en symbole de boboïsation. Ici c'est le paradis (ou l'enfer, tout ça es relatif) pour les petits-bouts-de-choux-trop-mignons-dans-leurs-poucettes-à-1500-euros (prononcer toujours avec la même voix).

Neukölln et Wedding, prochains sur la liste ?

D'autres "Kiez" de Berlin se rapprochent de ce sommum : le coin Simon-Dach-Strasse dans Friedrichshain, à un moindre niveau Kreuzberg (v. photo du squat de Köpi) et son Kreuzkölln (rien que le nom mélange de Kreuzberg et Neukölln n'annonce rien de bon). Neukölln, que l'on me présentait comme une zone de non-droit au moment où je suis arrivé (en 2006 une éternité) attire désormais de plus en plus d'étudiants et artistes. Mais là, il faudra que beaucoup d'eau passent sous les ponts de la Spree avant que le quartier soit gentrifié. Quant à Wedding, le quartier rouge et ouvrier, je vous préviendrai de l'intérieur quand il se gentrifiera mais a priori ça va durer aussi. Après, il sera toujours temps de fuir vers Marzahn ou Lichtenberg !

Dans ma Benz, Benz, Benz

Il ne faut pas croire que les Berlinois se laissent faire. Les innombrables incendies de grosses voitures dans les quartiers de Prenzlauer Berg, de Friedrichshain ou Kreuzberg sont là pour montrer aux nouveaux venus et à leurs Mercedes qu'ils ne sont pas en terrain conquis. Mais une fois l'article de presse et l'assurance passés, on oublie et on recommence.

A quand un Berlin intra-muros ?

Question de fond donc : Berlin, à l'identité urbaine si particulière risque-t-elle de finir comme Paris (le cauchemar de tous les Français exilés) ? Avec un centre ville inabordable et tout le reste de la population repoussé en banlieue. La "banlieue", un terme qui ne correspond presque à rien à Berlin mais, qui sait, peut-être qu'un jour le Ring-Bahn (ligne RER qui fait le tour de Berlin) servirait à délimiter la petite couronne berlinoise ? Gentrification quand tu nous tiens.

Pour suivre l'actualité à Berlin et en Allemagne : le blog Electorallemand

Chaire de la chair /Berlin/

Tout les mois, Miss Pflaume concocte pour Berlin Poche une petite chronique coquine qui trouve parfaitement sa place dans notre rubrique 'Berlin mais sexy' si plebiscitée. Savoureux !

Z’êtes plutôt sœur Emmanuelle qu’Emmanuelle 4 ? Les Allemands eux sont les deux. Genre culs bénis. Oui, oui. Parfumés à l’eau de rose. Point de gore hardcore ici mais du X doux, genre marque de lessive pour les sens. La caractéristique du Teuton depuis Goethe et Schiller ? Il est sensible, voire fragile. Son problème : il reste un homme. Soumis à son « Trieb » (« instinct »), à ses tripes ou plutôt à l’appel du trident. On aime la fesse, pourvu qu’elle soit lisse et multiple.

Ainsi, un Allemand sur deux admet zyeuter du X au moins une fois par mois. Mais pas n’importe quel navet cochon : exit la chair peu chère et les « effrayants gros plans », dixit J., spécialiste de la question. L’érotique chic fait son grand retour chez le loueur de DVD ! Car le mâle local raffole du porno intello, voire du « Q émotionnel. » Il n’y d’ailleurs qu’à Berlin que le PornFilmFestival rassemble chaque année, penseurs de la biroute et voyeurs en déroute. Entre anal-orgie ou potins sur popotins…

Des Kinos porno aux « dildo » à gogo de Beate Uhse… la capitale allemande cultive soigneusement l’identité libidineuse, voire satyrique. Entre l’Oranienstraße et ses fleurs du bitume en cuissarde virginales ou les méga-bordels de la banlieue de Westkreuz…le sexe est partout, tangible, visible, même si motus et braguette cousue ! On n’en parle jamais. Contrairement à l’Hexagone où l’éructation en rut s’apparente à un sport national.

Selon quelques sondages hasardeux, l’Allemand comptabilise tout de même 139 rapports sexuels par an, une nette augmentation des performances depuis les seventies. Soyons donc rassurées : notre ami allemand y pense et le fait. Il n’en cause simplement pas. Pour que vive la dictature du pieu silencieux !

Miss Pflaume

Electorallemand : avec Polanski et Scorsese, la Berlinale annonce la couleur

La Berlinale a déjà annoncé les sept premiers films pour la compétition qui se déroulera en février dans la capitale allemande. Avec déjà la présence de The Ghostwriter de Roman Polanski et de Shutter Island de Martin Scorsese, la 60e édition de la Berlinale s'annonce à la hauteur de sa réputation.

Article publié le 16 décembre 2009 sur Electorallemand par Sébastien Vannier

On se demandait où en était The Ghostwriter, l'oeuvre de Roman Polanski, dont il a dû effectuer la post-production alors qu'il est actuellement toujours bloqué en Suisse en attendant la suite de la procédure d'extradition. Voilà qu'on est servi : The Ghostwriter sera en compétition officielle lors du prochain festival du film de Berlin (11 au 21 février 2010). Un festival où le réalisateur a déjà triomphé en 1966 ( ! ) avec l'Ours d'Or pour Cul-de-sac. Il avait obtenu l'ours d'argent un an plus tôt pour Répulsion.

Brosnan et Mac Gregor au casting

Au casting de The Ghostwriter, inspiré du livre du britannique Robert Harris, on retrouve entre autres l'ex James Bond Pierce Brosnan (et ex-Remington Steele, si si je tiens à le préciser) ainsi qu'Ewan Gregor. Le film relate l'histoire du ghostwriter (Ewan Mag Gregor) d'un ancien premier ministre britannique (Pierce Brosnan donc) et des dangers de l'écriture de ses Mémoires. Bon là je résume rapidement le synopsis mais on aura le temps d'y revenir.

Il y a comme un attroupement

L'autre gigantesque star à fouler le tapis rouge de Berlin sera Martin Scorsese. Alors là, j'aurais bien ouvert une parenthèse pour présenter quelques-uns de ces films mais entre Taxi Driver, Raging Bull, Les Affranchis, Casino, Gangs of New York, Aviator ou Les infiltrés, ça fait long la parenthèse. Martin Scorsese présentera - hors compétition - son nouveau film Shutter Island. Avec qui en tête d'affiche ? Léoooooooooooo. C'est pas vraiment une surprise mais Léonardo di Caprio au palais du festival, va y avoir comme un attroupement.

Pendant ce temps...

Il ne faudrait pas oublier que cinq autres films ont donc été annoncés pour participer à la Berlinale. My Name Is Khan sera l'occasion de voir la star indienne Shah Rukh Khan, également hors compétition. Pour ce qui est de la compétition officielle, le jury devra entre autres départager Bal (Honey) de Semith Kaplanoglu, Der Räuber (Benjamin Heisenberg), Na Putu (Jasmila Zbanic), et Shekarchi (Zaki Pitts).

Pour suivre l'actualité en Allemagne : Electorallemand

Ute Mahler, co-fondatrice de l’agence photo Ostkreuz

Tous les mois Berlin Poche interview un Berlinois d'origine ou d'adoption.

Ex-Allemande de l'Est, Ute Mahler (née en 1949) a travaillé  dès la fin de ses études comme photographe de mode et de reportage pour des magazines comme Sybille ou Das Magazin, deux journaux à grande audience en RDA. Entre la censure d'Etat et le désir de créer et de développer un langage symbolique des images, elle raconte son parcours, jusqu'à la fondation en 1990 de l'agence de photographie Ostkreuz. 

Dans quelle mesure l’enseignement à la HGB de Leipzig, où vous avez étudié la peinture en même temps que la photographie, a-t-il influencé votre travail ? 

C’était intéressant parce qu’on avait l’idée d’art étendue. On assistait aux mêmes cours que les peintres sans pouvoir peindre aussi bien qu’eux. Nos limites nous apparaissaient très clairement. 

Dans la photographie, il y a un dialogue entre l’esthétique pure et le contenu… 

Quand on va sur le terrain de l’esthétique, ce sont des photos distancées mises en scène par les photographes eux-mêmes. On n’essaye pas d’aller vers la réalité mais on la construit. La photographie permet d’« attraper » le temps, naturellement d’une manière subjective.  

Le langage symbolique en ex-RDA était très important. Il permettait notamment de publier des images malgré le contrôle très fort de l’Etat sur la presse. 

Il faut pouvoir lire et apprendre à lire les images. Celui qui croit que la tasse sur la table n’est qu’une tasse sur une table, et rien de plus, n’a pas compris le concept. C’était notre grand avantage en RDA, en tant que photographe, on pouvait partager plus que l’image, ce qui était entre les lignes. La photographie avait pris ce rôle de raconter ce qui ne pouvait être dit ailleurs.  

Alors comment se fait-il que l’Etat n’ait pas également lu entre les lignes ? 

Difficile à dire. Je suis allée à Paris en 1980, la première fois de ma vie à l’Ouest, j’avais 30 ans et venais de gagner un prix. Paris était la ville de mes rêves mais rien ne fut comme je l’avais imaginé. J’y ai fait beaucoup de photos symboliques : sur un quai il y avait des colombes en cages à vendre. Je suis restée là jusqu’à ce que d’autres colombes, libres, s’approchent. Mais je ne suis pas certaine que cette photo soit encore symboliquement lisible aujourd’hui.  

Dans quelle mesure avez-vous participé aux célébrations de novembre 2009 ? 

Il y a eu une très forte demande d’images, mais nous avons essayé de ne pas nous répéter. C’est logique que ces clichés intéressent sur le moment mais personne n’en voudra plus pendant les 10 prochaines années. C’est une vague à laquelle nous réagissons.  

Je connais bien Cartier-Bresson, mais j’ai découvert de nouveaux photographes comme Penn ou Weegee. Le début d’un nouvel engouement pour le photojournalisme ?  

C’est vrai, mais les photojournalistes veulent aujourd’hui tendre vers l’art. Une image peut cependant très bien fonctionner dans les deux domaines en même temps. C’est pourquoi on peut donner un fond plus construit, un cadre élaboré tout en faisant passer l’essentiel de l’information.  

Je sais que vous n’habitez plus à Berlin. 

Je n’ai jamais habité à Berlin ! J’y ai toujours travaillé. J’ai besoin de forêt, de place, d’une distance par rapport à la ville ! Du coup, j’adore Berlin, parce que je n’y vis pas. Il y règne quelque chose de fantastique.  

Il y a énormément d’artistes, de journalistes, de  photographes étrangers, même au sein d’Ostkreuz. Que pensez-vous de la multiculturalité de Berlin ? 

Nous profitons d’expériences diverses, de points de vue variés. Ça apporte une forme de légèreté par rapport aux Allemands très organisés. J’ai photographié à Neukölln, dans la fameuse école Rütli, et là ça n’est pas pareil. Il faut vraiment trouver une solution pour vivre ensemble et pas les uns face aux autres. 

Oui, en tant que Française, je n’ai pas l’impression d’être une étrangère en Allemagne, en comparaison à d’autres étrangers. 

Oui, vous n’êtes pas une étrangère. Les Russes de Marzahn par exemple sont plus Allemands que les Allemands : ils sont corrects, travailleurs, et pourtant ils ne sont toujours pas acceptés. C’est certain, il y a différents « degrés » d’étrangers.

Propos recueillis par Hélène Coineau.

Electorallemand - Copenhague : la position de l'Allemagne

Pendant la conférence de Copenhague, le blog Electorallemand propose de suivre cette conférence sur le changement climatique vue d'Allemagne. En ayant déjà rempli ses objectifs du protocole de Kyoto, l'Allemagne apparaît comme un des élèves modèle à Copenhague. Angela Merkel veut continuer à jouer sur cette image en fixant des objectifs encore plus élevés. Mais tout n'est pas si simple, même au moment de définir la position allemande dans les négociations.




L'Allemagne, le pays écologique par excellence ? C'est vrai que c'est un cliché qui revient souvent. Le tri des déchets, les vélos partout, le quartier solaire de Freibourg, les Verts au gouvernement. Tout ça, c'est bien b(i)eau mais qu'en est-il au moment de réduire les émissions de CO2 ?

L'Allemagne, élève modèle ?

C'est là que le cliché devient réalité. L'Allemagne avait des objectifs élevés au moment de Kyoto avec une baisse fixée à -21% entre 1990 et 2012. Où en est l'Allemagne aujourd'hui en 2009 ? A - 22%. Objectif déjà dépassé. Bon, il faut bien voir que l'écroulement de l'industrie est-allemande y a joué pour beaucoup. La crise économique en a rajouté un petit coup. Mais indéniablement, le passage des Verts au gouvernement entre 1998 et 2005 a aussi changé quelques mentalités. La fameuse loi sur les énergies renouvelables a boosté le secteur de manière exponentielle et a depuis été repris dans de nombreux pays.

- 40. Sans conditions.

De quoi se reposer sur ses lauriers ? Que nenni. L'Allemagne veut continuer à jouer le rôle de pionnier en posant sur la table des négociations à Copenhague le chiffre de -40%. "Ohne wenn und aber". En gros sans conditions. C'est ce que préconisait l'Umweltbundesamt - l'autorité fédérale pour l'environnement- et c'est ce qu'a indiqué le Bundestag dans son texte de préparation de Copenhague la semaine dernière. L'objectif est ainsi de tirer l'Europe vers le haut pour pouvoir répondre à l'objectif de -30% au niveau européen et ainsi mettre la pression sur les autres pays.

C'est d'ailleurs la stratégie qu'a voulu adopter Angela Merkel en insistant sur le thème du climat lors de son discours devant le Congrès américain - occasion assez unique cela dit en passant - il y a quelques semaines.

Le nucléaire pour remplir ces objectifs ?

Quelques zones d'ombre sur cet objectif ambitieux mais réalisable : quel mix énergétique pour y parvenir ? Certaines voix se font entendre pour souligner que le prolongement des centrales nucléaires (prévu dans le contrat de la nouvelle coalition CDU/FDP) aidera à réaliser cette objectif. Mais à quel prix ? En attendant que les énergies renouvelables - certes en expansion - se développent, de nouvelles centrales à charbon sont toujours construites. Deuxième difficulté pour remplir ces objectifs sur le sol allemand : le transport. L'industrie automobile allemande - lobby ô combien puissant - n'a pas pour l'instant effectué sa mue nécessaire face aux enjeux drastiques qui se présentent. La prime à la casse l'année dernière en a été un nouvel épisode. Quand cette prise de conscience , qui sera forcément brutale, interviendra-t-elle ?

Réticences au développement vaincues

Enfin, dernier point à suivre lors des négociations : l'aide que l'Allemagne apportera aux pays en développement. L'Allemagne, comme souvent, serait l'un des gros payeurs pour aider aux transferts de technologie. Angela Merkel avait traîné des pieds lors du dernier sommet européen à Bruxelles. Mais le nouveau ministre de l'environnement, Norbert Röttgen, a annoncé il y a quelques jours, que l'Allemagne était prête à assumer sa part. Affaire à suivre donc pendant les négociations.

Suivez l'actualité allemande sur Electorallemand

Quand la photo rencontre l’Histoire

par Hélène Coineau


En 1977, Harald Schmitt (à ne pas confondre avec son homonyme de la télévision allemande !) est un tout jeune reporter-photo. Il reçoit la proposition de sa vie : devenir correspondant permanent pour le célèbre magazine Die Stern. Mais pour ça, ce natif de Cologne doit s’expatrier à Berlin-Est pendant cinq ans. De cette expérience extraordinaire, il retient « une des plus heureuses périodes de [sa] vie », même s’il doit faire les frais de la Stasi. Ses photos, uniques, racontent une Allemagne que ne pouvaient voir les gens de l’Ouest : portraits au plus près d’Erich Honecker, défilés militaires sur Karl-Marx-Allee, vie quotidienne de ses voisins de palier… Plus tard, il couvrira l’Histoire d’une fin de siècle : présent aux côtés de Lech Walesa en 1980 ou de Gorbatchev en 1991, sur la place Tian’anmen en 1989, Harald Schmitt a le don fabuleux du grand reporter : il est partout au bon moment.

« Harald Schmitt – Sekunden, die Geschichte wurden - Fotografien vom Ende des Staatssozialismus»
Martin Gropius Bau
Jusqu’au 13 déc. 2009

Mer.-lun. 10-20h * 0€

 Article paru en novembre dans Berlin Poche.

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