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Berlin mais sexy

Le maire de Berlin a dit que la ville est pauvre mais sexy. Nous allons nous occuper de ce deuxième aspect.

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vendredi, 23/05/2008

Le langage de l'amour

Par Anna Patton (traduction : Sébastien Vannier)

« C’est là que tout a commencé. Sur un malentendu. Quand tu dis „invité“, je comprends que tu veux me dire que je peux rester chez toi. Une semaine plus tard, je devais quitter l’appartement de mon propriétaire chinois », La politesse anglaise (en disant inconsciemment « sois mon invité » ) a été à l’origine de tensions dans la relation avec une jeune fille chinoise dans le roman de Xiaolu Guo „ Mini – dictionnaire anglo-chinois pour amoureux“. Cette scène est typique d’une relation composée de malentendus et de mauvaise communication.

Si quelqu’un peut dire qu’il s’y connaît dans le flirt avec quelqu’un d’une autre langue maternelle, c’est bien nous, la génération Erasmus. Aujourd’hui, alors que nous pensons être meilleur dans la maîtrise des langues étrangères, certaines choses ne peuvent tout simplement pas être traduites.

Les dégâts peuvent être sérieux, je ne le sais que trop bien. Quand un Français intéressé m’a dit : « tu as de petits yeux », j’ai été tellement choquée que j’ai bien failli lui en mettre une sur son gros nez. Mais en fait, je me suis aperçu qu’il ne faisait pas de commentaires sur des parties de mon corps atrophiées. « Avoir de petits yeux » en français veut simplement dire : « avoir l’air fatigué ». Le temps que je m’en rende compte, il était déjà trop tard. Mon ami irlandais, Eddie, épris de sa nouvelle chica colombienne, lui a récemment dit au téléphone combien il voudrait la tenir dans ses bras. Malheureusement, son espagnol n’est pas au top et ce qu’il a finalement dit était : « Je voudrais te mettre enceinte ». Il lui a fallu un peu de temps pour la convaincre que, non, promis, il ne voulait pas aussi urgemment un enfant.

Parfois, les barrières de la langue font leur apparition avant même qu’on puisse avoir été mis au courant. Une amie hollandaise s’approche d’un anglais dans un bar pour lui demander une cigarette, rien de plus normal. Ne sachant pas le mot anglais pour une roulée, elle a utilisé le mot hollandais à la place. Evidemment il est presque tombé de sa chaise lorsqu’elle a demandé : « Est-ce que tu veux tirer un coup » (Si a shag veut dire tabac à rouler, to shag est donc un plus direct !)

J’ai l’impression qu’il y a quelques phrases qui existent juste pour piéger les amoureux naïfs et les Français sont sûrement les champions quand il s’agit de créer honte et humiliation à cause de leur langue. Comment les étrangers sont-ils censés savoir qu’il y a une différence entre « un baiser » (un nom innocent) et « baiser » (un verbe beaucoup moins innocent), Il y a ensuite tous ces sous-entendus qui vous rattrapent : plus jamais, je ne ferai mention de mon animal de compagnie félin féminin en public.

Evidemment la barrière de la langue n’est pas seulement douloureuse, elle rend également les choses intéressantes. Un accent sexy et une touche d’exotisme peuvent transformer n’importe quel looser en Don Juan. Et avec tous ces nouveaux mots à apprendre, cela fait beaucoup de sujets de conversation. Le fait de ne pas partager la même langue oblige également à se restreindre à des choses simples : pas de méga-analyse, pas non plus LA discussion sur l’avenir de la relation (est-ce pour cela que les hommes sont toujours en quête de filles étrangères ?). D’un autre côté, si il faut toujours au moins une minute pour formuler une phrase, on peut se demander à quel point la relation pourra etre spontanée. Faire des blagues est tout à fait vain. Quant à essayer de négocier, ce n’est pas la peine d’y penser. Le jour où tu arriveras à crier sur quelqu’un dans une langue étrangère tout en lui lançant des assiettes en pleine figure, tu seras bilingue depuis très longtemps.

Finalement, comme nous le savons tous désormais, hommes et femmes, habitants de différentes planètes – de différents pays en tout cas - ne parlent pas la même langue. Avec tout cela accumulé contre eux, n’est-ce pas un miracle que certains couples hétérosexuels et binationaux s’en sortent quand même ?

mercredi, 9/04/2008

Pourquoi les Allemands ne draguent pas

Je vis depuis un an en Allemagne. Pourtant les quelques mots injurieux imbibés d’alcool que j’ai reçus un soir sont à peu près la seule expérience qui aurait pu ressembler à une tentative d’approche. J’espère seulement qu’il ne s’agissait pas initialement d’une technique de drague.
par Anna Patton (traduction: Sébastien Vannier)

Evidemment je serais prête à reconnaître que le problème vient de moi. En effet, je ne suis pas Angelina Jolie et je n’ai même pas de soutien-gorge rembourré. J’ai vraiment cru que c’était de ma faute. Jusqu’à ce que je me rende compte que je n’étais pas la seule à subir ce genre d’indifférence totale envers les charmes féminins.

Il apparaît même que, toutes les filles que je connais à Berlin souffrent du même désintérêt. Fiona qui habite depuis deux ans ici, n’était pas du tout surprise quand je lui ai fait part du fait qu’il était très difficile de rencontrer des hommes à Berlin : « C’est vrai – tu dois plus t’imposer – les Allemands ne font jamais le premier pas ». Carola m’a raconté qu’elle n’avait pas encore été dragué par un Allemand de toute sa vie : elle est Berlinoise. Les hommes ici ne tentent tout simplement pas de s’approcher.

Pourtant, encore une fois, je ne suis pas difficile. En effet, mes attentes se basent sur mes expériences avec la sympathiques mais vaine culture anglo-irlandaise. Là-bas, le flirt ressemble rarement à plus qu’un mouvement maladroit vers l’élue au bar suivi d’un bégaiement incompréhensible. A des heures tardives de la nuit, une agression alcoolisée sur cette même fille au milieu de la piste de danse peut aussi se produire.

Mes rencontres intimes ont été jusque-là rarement romantiques ou mémorables (le sommet a été : „J’aime la façon dont la brise souffle dans tes cheveux … nous étions à ce moment là dans le salon). Mais même ces paroles un peu niaises ou des gestes maladroits , si embarassants que l’on est effrayé, donnent malgré tout l’impression de savoir à qui on a à faire. En Allemand, cet homme à l’air sérieux qui reste assis là pourrait être passionément amoureux de toi et tu ne le sauras jamais.

Victime de Venustraphobie

Où est donc le problème ? Est-ce que les Allemands ne veulent pas draguer ? ou ne sont-ils tout simplement pas capables de le faire ? Un genre de problème génétique – du style les Blancs ne savent pas rapper et les Européens ne savent pas danser ? Est-ce que l’apparition de l’étalon italien et du charmeur français il y a de cela des siècles a causé l’évolution de l’espèce allemande vers la direction opposée ? Une décision de Mère nature pour établir un équilibre pour les femmes en Europe ?

La réputation de l’incapacité des Allemands à draguer, et les anecdotes qui s’y rapportent, sont connues dans le monde entier. Les nombreuses « Flirt Schulen » et autres cours de drague situés en Allemagne ne feraient pas long feu dans les pays méditerrannéens. Un rapport du Times Online compare les habitudes de drague dans différentes cultures . La conclusion était que les Allemands « voient la conquête d’une femme comme un sport extrême ». Il est clair que les Allemands ne s’intéressent pas trop à la prise de risque. Selon l’auteur de l’article, ils sont même victimes de « Venustraphobie » : la peur de parler aux belles femmes. Beaucoup pensent que cette crainte vient de l’émancipation massive de la gente féminine, qui aurait donc endossé le rôle du prédateur dans le jeu sexuel du chat et de la souris.

Draguer à l’allemande

Ne serait-ce pas simplement le fait que les Allemands se comportent selon les règles que dicte la société ? Les Allemandes, dit-on, attendent des hommes de la retenue. Spiegel Online avait publié avant la Coupe du Monde de football en Allemagne en 2006 quelques conseils de drague pour les fans étrangers pour pouvoir réussir auprès des Allemandes . Selon l’article, les potentiels ambitieux devraient être prudents car même un simple « Hallo » serait trop direct. Dire « Hallo » ! Sommes-nous encore au 19e siècle ?

La station de radio Deutsche Welle, qui donne aussi des conseils aux étudiants du monde entier dans le domaine de la drague, appelle aussi à la prudence . En effet un « contact oculaire et un comportement correct » devrait rencontrer plus de succès qu’une « attitude exagérée de macho ». Il semble donc que la définition de la drague en allemande reste réduite à une rigidité impassible et dénuée de sentiment.

Pourquoi finalement les hommes ne draguent-ils pas ? Il s’agit, en partie, de s’adapter à certains standards : se faire siffler en tant que femme lorsqu’on se promène sur Unter den Linden serait sûrement exagéré. Mais je ne peux pas m’imagine que n’importe quelle Allemande aurait une raison valable pour être vexée en cas de tentative d’approche par un inconnu – il ne s’agit là que d’une excuse.

Il s’agirait plutôt du fait que les hommes ont peur du ridicule et c’est exactement le risque de la drague. Les Allemands n’aiment pas le risque. Ils aiment faire les choses de manière consciencieuse, et non pas spontanée ou irrationelle. Oubliez les explications pseudo-génétiques ou culturelles. Les Allemands n’aiment tout simplement pas les sports à risque.

Malgré tout, tout en écrivant, je me rends compte que moi non plus je n’ai jamais eu d’attirance pour cette poussée d’adrénaline. Il serait peut-être temps que je prenne part à ces cours de drague ?

*Tous les noms ont été changés.

dimanche, 30/03/2008

Tout se passe dans le métro

Dans une ville de presque 3,5 millions d’habitants, l’amour s’épanoui de manières très différentes que nous suivons ici à la trace. Vous avez découvert un aspect sexy de Berlin? Alors faites le nous partager.
par Sergio Marx

Elle est là, assise juste en face de moi. Ses cheveux blonds noués derrière la tête font ressortir les traits de son clair visage alors qu'un soupçon de rouge donne à ses lèvres la couleur d'un fruit désirable. Jambes croisées, air distrait, on échange un court sourire. Toute son allure m'attire. Je voudrais l'aborder, lancer la discussion, je réfléchis, prends mon courage à deux mains quand tout à coup : « Alexanderplatz, terminus, tout le monde descend ! ». La voilà qui soudain se lève, sort de la rame et se fait emporter par une foule compacte et hostile. Je tente de la suivre, trop tard, elle a déjà disparu. Mon extase fut donc de courte durée. Tant pis ! Continuons le train-train quotidien, je devais aller où déjà ? Ah oui, la fac !

Vorher-Nachher: So soll es mit dem Nachbarn klappen. Grafik: BVG

Mais que cela ne tienne ! Pour remédier à ces tristes rencontres manquées, la BVG (la compagnie de transports publics berlinoise) mène une campagne juste et noble. Qui l'eût cru? Sur son austère site web de service public cette compagnie propose le service 'Augenblicke'. Vous avez vu la femme de votre vie sur la ligne U5 ? Un homme irrésistible sur le quai à Potsdamer Platz ? Laissez lui un petit message sur le site, il ou elle se reconnaîtra peut-être et ... qui sait ?

En plus du site, la BVG a aussi posé quelques affiches dans les rames de son réseau. Elles représentent deux jeunes gens assis l'un près de l'autre, la légende varie d'un 'Je n'ai pas osé' à un simple 'Je suis là' et laisse entrevoir un déroulement heureux : sur l'affiche les deux jeunes finissent par boire un verre ensemble voire par s'embrasser fougueusement. Ne vous inquiétez pas, loin de moi l'idée de soutenir une campagne détournant la jeunesse du droit chemin et des bonnes mœurs : ces affiches n'ont pas que les jeunes pour cible, elles mettent aussi en scène des personnes plus âgées qu'elles encouragent à échanger quelques mots. Un peu de convivialité dans les transports en commun ne peut pas faire de mal.

Nous voulons de la proximité

Et c'est bien là un paradoxe de notre société, on a toutes les facilités pour entrer en contact avec quelqu'un à l'autre bout du monde depuis qu'internet et le téléphone portable se sont généralisés mais il nous est toujours aussi difficile d'avoir une sensation de proximité avec ceux qui nous entourent. Les voisins se parlent de moins en moins et on ne connaît plus l'épicière depuis qu'elle change tous les six mois. Par contre, on surfe de plus en plus sur meetic pour y trouver l'âme sœur. (Cafebabel en parle d'ailleurs ici (link:http://www.cafebabel.com/fr/article.asp?T=T&Id=6007)).

Il nous reste donc une sensation de manque d'échange avec son prochain et la BVG essaye d'y remédier par ses affiches : allez-y, tapez la causette ! Selon la compagnie, le site internet atteint des résultats remarquables : depuis le début de l’initiative lors de la Saint Valentin 2007, le site a reçu 1,4 million de visites. On ne sait malheureusement pas combien de couples se sont ensuite formés. « Nous avons demandé à plusieurs reprises aux couples de se manifester, malheureusement sans succès » déclare un représentant de la BVG.

Mais ces chiffres ont déjà de quoi faire taire ceux qui ne voient dans leur voisin qu'une vulgaire sardine de plus dans la boîte de conserve ambulante. On continue à vouloir se rencontrer dans la vie de tous les jours, mais les circonstances ne le permettent pas toujours. Le charme de cette initiative réside donc bien là : rester dans l'air du temps en utilisant les nouvelles technologies mais les transposer à l'image romantique du métro, à ces couloirs que l’on parcourt tel un labyrinthe, à ces stations silencieuses où le temps se perd, à ces rames qui nous emportent et où parfois les regards se croisent...

Oui, bon, c'est pas tout ça, mais je crois que ma blonde reste introuvable!

mardi, 4/03/2008

Oubliez le romantisme – achetez un lit.

Berlin est la terre sainte des éternels indécis.L’ironique expression  ‘Lebensabschnittsgefährte’ résume bien le problème. Cette merveilleuse et intraduisible description de votre être cher – signifiant ‘compagnon pour une part de votre vie’– sied à Berlin comme un gant. Oubliez le romantisme : c’est la ville des relations du 21ème siècle, effrontément non-engagées, constamment changeantes et prises dans la fièvre de l’instant.
par Anna Patton (traduction: Sergio Marx)

Avec son célèbre rapport libéré au sexe – des fêtes fétichistes aux clubs échangistes en passant par un musée gay et un musée érotique – Berlin ne correspond pas vraiment au stéréotype du puritanisme prussien. Ainsi les Berlinois remplacent, recyclent, mettent à jour leurs ‘compagnons’ en un clin d’œil, tout comme la ville tombe amoureuse des toutes dernières modes pour aussitôt les oublier. Pas étonnant qu’autant d’habitants s’identifièrent à l’excentrique ‘Musée des amours brisés’ (Museum of Broken Relationships), une exposition itinérante croate, qui lors de son arrêt à Berlin en 2007 rencontra un grand succès.

Cet état d’esprit de vivre complètement dans le présent ne s’applique pas uniquement aux relations amoureuses. Il semble s’être généralisé à la façon dont les gens vivent et travaillent. Les longues années dédiées aux études : l’âge moyen de l’obtention du diplôme en Allemagne étant de 28 ans, ainsi que le taux de chômage élevé à Berlin font de l’idée de ‘s’installer’ un lointain projet pour ces futurs trentenaires. Et même si vous êtes prêt à vous enraciner ici, il n’y a qu’une petite tradition d’achat immobilier en Allemagne – à des années-lumière de l’obsession londonienne de parier sur l’avenir en investissant. Vous êtes bien plus susceptible de louer pendant des années avant de seulement penser à l’hypothèque. Choisir de s’installer à Berlin est alors irrévocable juste pour la durée de votre contrat de location. Encore un prétexte pour repousser ces décisions qui changent la vie.

Je pensais pourtant être inhabituellement décidée lorsque j’achetai mon lit en arrivant à Berlin. Cela semblait montrer ma conviction; après tout, un meuble d’un mètre quarante de large ne serait pas aussi facile à transporter que mes sacs à dos si jamais je me décidais à bouger. Il me faudra donc rester dans le coin pendant un moment. Mais il semble après tout que je n’étais pas aussi décidée que ça. Car comme un ami me le fit remarquer, ces lits d’un mètre quarante de large, entre lit-simple et lit-double, sont précisément pour ceux qui ne peuvent pas se décider à être en couple ou célibataire. Il semble que j’ai déjà été touché par la mentalité berlinoise de ne se compromettre en rien.