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Ce qui fait bouger Berlin

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jeudi, 22/05/2008

Ce(lui) qui fait bouger Berlin : Le Dalaï - Lama

Dans „Ce qui fait bouger Berlin“, les auteurs de Café Babel reviennent sur le sujet majeur de la semaine précédente dans la capitable allemande. L’approche est évidemment subjective, analytique, commentée mais avant tout informative. Ecrivez-nous votre avis sur le sujet dans les commentaires.

par Sébastien VANNIER

Le Dalaï-Lama a tenu un discours lundi devant la porte de Brandebourg à Berlin, au terme d’une visite de cinq jours en Allemagne. Au vu de la situation pour le moins délicate en Chine, sa réception par le gouvernement allemand n’a pas manqué de provoquer la polémique

A son arrivée à Francfort jeudi dernier, le Dalaï-Lama a affiché, comme à l’accoutumée son traditionnel sourire. Sur les plateaux de la ZDF, à la une du magazine Spiegel et lors de conférences affichant complet, le prix Nobel de la paix 1989 a défendu pendant les 5 jours de son voyage en Allemagne les droits du peuple tibétain. Lundi à Berlin, 25.000 personnes, parmi lesquelles des personnalités du monde du spectacle et de la politique étaient rassemblées Porte de Brandebourg pour écouter le discours du chef spirituel tibétain. Le gouvernement allemand, lui, a eu plus de mal à savoir quelle position adopter pour ne pas fragiliser les relations avec la Chine.

L’art de la diplomatie

La dernière visite de Tenzin Gyatso, 14e Dalaï-Lama, à l’automne dernier, où il avait été reçu par la chancelière Angela Merkel avait déjà fait grand bruit. Non seulement pour la Chine, qui avait alors annulé plusieurs rencontres, mais aussi au sein de la coalition. Frank-Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier socio-démocrate avait alors accusé Merkel de faire de la "diplomatie de vitrine" sans se soucier des conséquences. Entretemps, à la suite des révoltes au Tibet, de leur répression par les autorités chinoises et des nombreux débats concernant la situation des droits de l’homme en Chine à quelques semaines des Jeux Olympiques, le contexte est devenu on ne peut plus délicat.

Pression sur Steinmeier

La réception du Dalaï-Lama, autorité religieuse du Tibet et en exil depuis des années, pose donc de manière évidente un problème diplomatique au gouvernement allemand. Angela Merkel étant en Amérique Latine, le président Horst Köhler ne trouvant officiellement pas le temps, les regards se sont tournés vers Frank-Walter Steinmeier. Celui-ci, fidèle à sa ligne, a aussi décliné l’invitation pour une rencontre, arguant que cela pourrait avoir des conséquences désastreuses avec les autorités chinoises, au moment même où celles-ci pourraient aider l’aide humanitaire à arriver en Birmanie. Cette décision lui a attiré les foudres de la CDU, qui y voit une bonne occasion pour critiquer celui qui pourrait être le prochain candidat SPD à la chancellerie.

Une ministre finalement

Au cours des premières escales de son voyage entre Francfort, Bochum, Nüremberg, Bamberg, ce sont principalement des membres de la CDU, qui plus est non membres du gouvernement, à savoir Roland Koch et Jürgen Rüttgers, ministres-présidents de Hesse et de Rhénanie du Nord-Westfalie, ainsi que Norbert Lamnert, président du Bundestag, qui ont rencontré le Dalaï-Lama. Une fois arrivé à Berlin, celui-ci s’est également rendu au Bundestag pour rencontrer des représentants des différentes fractions. Finalement, la ministre du Développement Heidemarie Wieczorek-Zeul (SPD), a accepté de rencontrer le Dalaï-Lama mais à l’hôtel Adlon à Berlin, de manière à rendre cette entrevue plus informelle. L’ambassade chinoise à Berlin s’est tout de même empressé de protester contre cette rencontre avec celui qu’elle considère comme un dangereux dissident.

samedi, 5/04/2008

Ce qui fait bouger Berlin: La maison de Knut

Dans „Ce qui fait bouger Berlin“, les auteurs de Café Babel reviennent sur le sujet majeur de la semaine précédente dans la capitable allemande. L’approche est évidemment subjective, analytique, commentée mais avant tout informative. Ecrivez-nous votre avis sur le sujet dans les commentaires.
Par Sonia Gigler (traduction Sébastien Vannier)

Pendant que la star Knut continue de faire carrière (des timbres de l’ours polaire devrait être mis en vente à partir du 10 avril), son habitat actuel est sous le feu des critiques. Les défenseurs des animaux reprochent notamment à la direction du zoo de Berlin d’avoir refourger des animaux à l’abattoir. Pourquoi les chatons ont-ils été tués ? Qu’est-il arrivé à la famille d’ours et à l’hippopotame ? Est-ce que les jaguars et les tigres ont été cédés pour en utiliser les hormones en Chine ? Ces questions occupent les esprits berlinois depuis que Claudia Hämmerling, député des Verts a porté plainte le 17 mars contre le chef du zoo berlinois Berhard Blazkiewitz pour violation de la loi de protection des animaux.

Hämmerling, chargée de la protection des animaux chez les Verts, affirme que des centaines d’animaux ont disparu du zoo et du parc animalier ces dernières années sans laisser de traces. Elle s’appuie sur des copies des registres. Elle reproche notamment à Blazkiewitz d’avoir vendu neuf tigres et jaguars à une ferme d’élevage en Chine. Cette même ferme se targue de produire des médicaments et des potions hormonales avec ces gros félins. En outre, une panthère et un léopard auraient été accouplés et la progéniture aurait atteri à l’abattoir.

Un hippopotame à l’abattoir

Un pareil destin aurait également attendu une famille de quatre ours ainsi qu’un hippopotame dans les années 90. Les animaux auraient été donné à un trafiquant douteux avant d’être transportés dans la ville belge de Wortel. Là-bas, il n’y aurait pas eu de zoo mais bien un abattoir. Hämmerling exige plus de transparence dans l’élevage et la vente des animaux du zoo. La présidente de l’association des directeurs de zoo Gisela von Hegel approuve dans un entretien avec le journal Welt Online : « La mort ou la survie des animaux sauvages dans les zoos doivent être abordées avec plus de transparence ».

La presse à sensation parle ainsi de „guerre du zoo“ berlinoise. Alors que Hämmerling a reçu le soutien de juristes de la protection des animaux tel que Frank Albrecht de l’organisation Peta et Marcel Gäding de la fédération berlinoise de protection des animaux, le comité de direction du zoo ainsi que groupe de soutien au parc animalier et zoo se rangent derrière leur chef. Dans un entretien avec le Berliner Zeitung, le chef du comité de direction Jochen Siewers explique : « nous sommes tous derrière Monsieur Blazkiewitz ». Le comité de direction avait appelé en 2007 celui qui était depuis longtemps cehf du parc animalier à devenir également chef du zoo. Le chef du comité de soutien, Thomas Ziolko, appuie également Blazkiewitz et décrit les méthodes de Hämmerling comme une « croisade contre les zoos de la capitales », « sans style ni vertu ». Mais Blazkiewitz est accablé preque quotidiennement de reproches : abattage injustifié de chats, pratiques douteuses de soin, manipulation des registres, croisement en-dehors des règles, pas de contrôle des naissances et isolement pour Knut. Cela semble ne pas avoir de fin.

Pourtant, comme l’a commenté le Süddeutsche Zeitung, les copies de registres utilisés par les les protecteurs des animaux, ne prouvent pas que les animaux ont été abattus. Le directeur du zoo Blazkiewitz a répété à plusieurs reprises au journal que « les procédures d’abattage sont très suivies » et que le zoo « travaille avec des partenaires certifiés ». Pour ce qui est de la cession d’animaux en Chine dans les années 90, les zoo aurait eu une autorisation du bureau fédéral pour la protection de la nature.

Abattage dans les règles ?

Les affirmations de Blazkiewitz qui a expliqué, dans la Berliner Zeitung, avoir « abattu dans les règles » quatre chats de gouttière en leur brisant la nuque, ne lui ont en tout cas apporté aucune sympathie auprès de la population. Selon Marcel Gäding, « il n’y a pas d’abattement manuel dans les règles ». Blazkiewitz aurait donc agit très clairement contre la loi de protection des animaux selon laquelle « Un animal vertébré ne peut être abattu que sous anasthésie ou, selon les circonstances, de manière à éviter les douleurs ». « Un abattement entraînant des douleurs et sans anasthésie ne peut être pratiqué sur un animal vertébré. L’anesthésie sur les animaux à sang chaud … ne peut être pratiquée que par un vétérinaire ». Selon Gäding, ni le diplôme de biologie de Blaszkiewitz, ni son poste comme chef du zoo, ne lui donnent ce droit. Gäding qualifie l’argumentation de l’abbatage (les chatons auraient été porteurs de maladie) comme non suffisante. Blazkiewitz se serait rendu hors-la-loi et devrait donc quitter son poste en tant que chef du zoo et du parc animalier.

Les lecteurs de l’édition en ligne du Tagesspiegel lui trouve même quelque chose d’ »épouvantable ». Il serait un « boucher ou un abatteur » que « l’on aimerait pas croiser seul dans la rue ». Mais de tels commentaires ne montrent-ils pas surtout la tournure émotionnelle que prend le débat ? Un lecteur du Tagesspiegel explique ainsi que le questionnement sur les pratiques de soin des animaux est certes justifié mais ne doit pas tourner « à la chasse aux sorcières ». Il y a quelques jours, le porte-parole du zoo, Detlef Untermann, a annoncé que Blazkiewitz avait même reçu une lettre de menace. Les critiques semblent ne pas s’adresser seulement à Blazkiewitz en personne. Depuis longtemps, les amis des animaux remettent en question la gestion du zoo de Berlin.

mardi, 25/03/2008

Ce qui fait bouger Berlin: be Berlin!

Berlin ne serait-il plus pauvre ? Ce serait une grande nouvelle. Ou alors Berlin ne serait-il plus sexy ? Scarlett Johannson et Nathalie Portman qui étaient dans la capitale allemande il y a un mois en seraient vexées. Admettons donc que Berlin est toujours « arm aber sexy », ce qui servait jusqu’alors de slogan à la ville, grâce à l’humour du maire Klaus Wowereit, inventeur de cette expression. Ce qui servait, à l’imparfait, car il semble que Berlin se cherche un nouveau slogan.
par Sébastien Vannier

Devenue une destination prisée, Berlin veut renforcer son identité et travailler son image autant vers l’intérieur que vers l’extérieur. A l’image de New York et ses T-shirts de très bon goût « I love NY » ou du Bade-Wurttemberg et son très modeste « Wir können alles ausser hochdeutsch » (nous pouvons tout faire, sauf parler allemand correctement).

Au revoir donc « arm aber sexy », bonjour « Be Berlin ». Au premier abord, ce remplaçant aura du mal à faire oublier le titulaire. Utiliser un slogan en anglais pour renforcer l’identité de la capitale allemande est, pour rester diplomatique, audacieux. Depuis une semaine, les Berlinois et les nombreux touristes en vacances de Pâques, ont la chance de pouvoir découvrir les nouvelles variations de cette campagne de publicité. « Sei jung, sei forsch, sei Berlin » (sois jeune, sois dynamique, sois Berlin) ou bien « Sei Stadt, sei Wandel, sei Berlin » (sois ville, sois changement, sois Berlin) avec à chaque fois le portrait de personnalités, connues ou inconnues, de la ville.

Cette campagne fait suite à un concours dont les résultats ont été annoncés la semaine dernière. Trois cents concepts différents et neuf cents propositions de slogan sont parvenus au Sénat de Berlin et à l’agence Berlin Partner GmbH qui ont coordonné cette compétition. Au final, ce sont quatre agences qui ont remporté la mise (de 70 000 euros) et dont les différentes propositions ont été prises en compte : non seulement le slogan « be berlin » qui a émergé à plusieurs reprises mais aussi cette triple présentation (sei X, sei Y, sei Berlin) ou encore le design de la bulle rouge. Ce phylactère est censé représenter la parole donnée aux Berlinois.

En effet, cette campagne de publicité n’en est qu’à ses débuts. Désormais tous les Berlinois, d’origine, de passage ou d’adoption sont invités à présenter leur histoire, leur relation avec la ville sur le site www.sei.berlin.de. Les projets les plus intéressants prendront alors place sur les affiches de la campagne. L’organisation de la campagne souhaite s’ouvrir à un public le plus large possible. Ainsi à côté du chef cuisinier star Tim Raue, on trouve aussi les élèves de l’école Rütli de Neukölln.

Mais à peine le lancement de la campagne effectué que les ennuis s’annoncent pour les organisateurs. En effet, la presse a fait état de plusieurs plaintes pour plagiat. La graphiste Andrea Horn aurait ainsi fait parvenir un concept centré autour de « Just.be.rlin » lors du concours et réclame aujourd’hui une part du gâteau. Jochen Pläcking, conseiller du sénat juge ce reproche « tiré par les cheveux ». Même si le projet de Horn pouvait paraître semblable, quatre autres participants avaient proposé exactement le slogan « Be Berlin » (ce qui, cela dit, ne plaide pas spécialement en faveur d’une originalité grandiose).

Autre preuve que ce slogan n’est pas forcément ce qu’il y a de plus créatif, le site www.beberlin.de existe depuis… mars 2007 mais n’a rien à voir avec la campagne actuelle. Philip Eggersglüss, qui avait déposé le nom de domaine, appelle désormais à une contre-campagne et invite tous ceux qui ont participé au concours à présenter leurs concepts sur ce site. Néanmoins, il s’annonce prêt à disctuer avec le Sénat de Berlin sur l’utilisation de ce nom de domaine. En effet, il est évident que les organisateurs préfèreraient obtenir les droits de ce domaine plutôt que les internautes se retrouvent sur cette page de contre-campagne.

Les Berlinois ont encore quelques mois pour faire parvenir leurs présentations, 5 millions d’euros étant prévus pour chacune des deux années de développement du projet (2008 et 2009). Dix millions d’euros pour « Be Berlin ». Cela rendra-t-il Berlin plus « arm » ou alors plus « sexy » ?

mardi, 18/03/2008

Ce qui fait bouger Berlin : la prière à l’école

Dans „Ce qui fait bouger Berlin“, les auteurs de Café Babel reviennent sur le sujet majeur de la semaine précédente dans la capitable allemande. L’approche est évidemment subjective, analytique, commentée mais avant tout informative. Ecrivez-nous votre avis sur le sujet dans les commentaires.
par Matthias Jekosch (traduction: Sébastien Vannier)

Plus de 460 000 des 3,4 millions habitants de Berlin ne sont pas d’origine allemande selon le bureau régional des statistiques. Du fait que de nombreux immigrants d’Europe de l’Est ne sont pas pris en compte dans les statistiques, il s’agirait sûrement en réalité de plus de 600 000. A Berlin, il existe des écoles composées à plus de 90 % d’élèves issus de l’immigration. Près d’un quart de l’ensemble des élèves de nationalité étrangère terminent leur scolarité sans aucun diplôme. Voilà pour les faits.

Le tribunal administratif de Berlin vient de décider qu’une école devrait faire son possible pour qu’un élève musulman puisse effectuer sa prière dans l’enceinte de l’établissement. Celui-ci avait porté plainte après que la rectrice de l’école lui ait interdit de prier dans les couloirs de l’école. Le tribunal a donné raison à l’élève, s’en réfèrant à la liberté de la religion inscrite dans la Loi fondamentale. Il s’agit pour l’instant d’une disposition temporaire du tribunal, la décision finale devant avoir lieu dans les prochains mois.

Mais cette décision temporaire a d’ores et déjà certaines conséquences et pas seulement pour l’école qui doit fournir un espace de prière à l’élève. La controverse fait rage à Berlin pour savoir si l’école est vraiment le lieu adéquat pour exercer sa religion. « Nous sommes pour le moins effarés par cette décision de justice qui va à l’encontre de l’obligation de neutralité de l’Etat », déclare Manfred Isemeyer, directeur du Humanistisches Verband de Berlin. Cette institution se prononce dans ses statuts pour une stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat. Jürgen Zöllner, sénateur à l’éducation (SPD) de Berlin a annoncé à la Abgeordnetenhaus vouloir concentrer ses forces sur la décision finale. Il souhaite examiner toutes les possibilités pour pouvoir repousser la plainte de l’élève.

Deux autres verdicts avaient déjà provoqué de pareils discussions sur la place de la religion à l’école. En 1995, la cour constitutionnelle fédérale de Karlsruhe avait interdit le crucifix dans les écoles bavaroises, arguant qu’il n’y avait, sinon, pas possibilité pour les élèves qui le souhaiter d’éviter ce symbole clairement chrétien. En 2003, cette même Cour a décidé de justesse (cinq voix contre trois) qu’il n’était pas possible d’interdire le port du voile à une enseignante du Bade-Wurtemberg. La loi régionale ne présente pas de pareille interdiction (en Allemagne, ce sont les Länder qui sont responsables de la politique de l’éducation, NDLR). Le verdict indique que les Länder doivent trouver une solution entre, « d’un côté, la liberté de foi active de l’enseignant et de l’autre côté l’obligation étatique de garder une neutralité idéologique et religieuse, ainsi que le droit à l’éducation pour les parents et la liberté de foi passive des élèves ».

Des quartiers menacent de sombrer

Si Berlin est en train de chercher un équilibre entre ses deux enjeux, il ne faut pas oublier les faits énoncés au début de cet article. Et de reconnaître : il y a des quartiers à Berlin qui menacent de sombrer. Mercredi dernier, le maire de Neukölln, Heiz Buschkowsky (SPD) déclarait à propos de son quartier : « La ségrégation est quasiment un fait établi ». Pour beaucoup d’enfants d’immigrants, l’école est le seul endroit où ils entrent en contact avec la culture allemande. Robert Hasse, directeur de l’école Carl-Friedrich-Zeiter à Kreuzberg explique : « Souvent, faire un tour à IKEA est la seule possibilité pour les élèves de sortir de leur quartier ». Une élève de l’école Robert Koch raconte : « Gretchen, le personnage dans Faust de Goethe, a été traitée de salope par des élèves musulmanes ». Quand une autre élève a voulu les contredire, elle a été persécutée ensuite pendant des semaines. Certains élèves rapportent, qu’ils sont mis sous pression parce qu’ils ne font pas le ramadan. Tout cela fait partie de la réalité berlinoise.

Dans une telle situation, il pourrait s’avérer contre-productif pour l’intégration que des salles de prière soient utilisées pendant le temps scolaire. Certains directeurs d’école ont déjà des visions d’horreur de 400 élèves musulmans qui voudront aller prier en même temps. Même si cela est exagéré, l’école n’est pas un lieu religieux, sa mission est dans certaines zones déjà assez dure comme cela. Des raisons pratiques s’opposent également à ce jugement. Il existe déjà dans les écoles berlinoises un manque de place. Du fait que musulmanes et musulmans ne peuvent pas prier ensemble, il faudrait donc deux pièces, que beaucoup d’écoles n’ont pas à disposition. Ce à quoi tout cela nous mène devient clair quand on pense au fait que d’autres formes de religion n’ont pas encore été prises en compte dans ce débat.

mardi, 4/03/2008

Ce qui fait bouger Berlin : le sénateur aux finances

Dans „Ce qui fait bouger Berlin“, les auteurs de Café Babel reviennent sur le sujet majeur de la semaine précédente dans la capitable allemande. L’approche est évidemment subjective, analytique, commentée mais avant tout informative. Ecrivez-nous votre avis sur le sujet dans les commentaires.
par Matthias Jekosch (traduction: Sébastien Vannier)

Si Thilo Sarrazin (SPD) continue sur sa lancée, il pourra bientôt publier un livre de ses meilleurs citations. Celui-ci pourrait être volumineux car le sénateur aux finances de Berlin, c’est bien connu, n’a pas la langue dans sa poche. Mais c’est dernières semaines, ses interventions se sont multipliées, provoquant chez beaucoup quelques remous.

Ainsi a-t-il mi-février présenté ses calculs sur la façon de se nourrir avec les 4 euros par jour consacrés à la nourriture des bénéficiaires de Hartz IV. Brötchen, Spaghetti et Leberkäse étaient sur la carte de ce menu plutôt particulier, qui ne lui a pas valu que des amis dans un groupe qui constitue une des bases de l’électorat des partis de gauche à Berlin. En effet, près de 660 000 personnes vivent des aides publiques à Berlin. A l’intérieur de son propre parti, cette initative est jugée trop extrême. Le maire de Berlin, Klaus Wowereit a qualifié ce genre de liste de « complètement inutile ».

Mais Sarrazin ne serait pas Sarrazin si il ne se sentait pas encouragé à continuer par les critiques qui s’abattent sur lui. Lors d’une manifestation organisée à la réprésentation de Rhénanie-Palatinat à Berlin a-t-il ainsi afirmé que les écoliers de Bavière sans diplôme étaient meilleurs que ceux de Berlin avec diplôme. Après que le « Main-Post » ait relaté les faits il y a une semaine, tous les journaux berlinois se sont emparés de l’affaire. Dans les tabloïds à sensation, il a même été proposé de « bâilloner » le sénateur aux finances. Michael Muller, chef de la fraction SPD au parlement de Berlin, s’est, pour sa part, déclaré « surpris et fâché ». Sarrazin se défend en arguant qu’il fallait prendre cela sur le ton de la plaisanterie.

La tension n’était pas encore tombée que Sarrazin refaisait son apparition sur la une des journaux. Lors d’une émission télévisée, il s’est excusé pour son « Hartz-menu » et a reconnu que c’était une erreur de présenter ces calculs sous forme de carte de restaurant. Mais s’en est suivie une remarque étonnante venant d’un sénateur aux finances sur les travailleurs au noir : « Au lieu que quelqu’un reste assis au vingtième étage à regarder la télé toute la journée, je serais presque rassuré si il travaillait un petit peu au noir ».

Malgré tout, ce sénateur de 63 ans a reçu également quelques soutiens dans les colonnes des journaux. Ainsi, Wowereit l’a décrit comme « une sorte de Günter Netzer (star allemande du football dans les années 70, désormais commentateur sportif pour la télévision, NDLR) de la politique. De temps à autre génial, volontiers prêt à l’ouvrir, mais pas prêt tous les jours à travailler en équipe ». En regardant, au-delà de la provocation verbale, les simples faits politiques, y aurait-il sûrement plus de monde pour approuver le sénateur. Augmenter les allocations ne contribue pas forcément à réduire le chômage. La qualité des cours à Berlin est moindre que celles des écoles bavaroises. Un travailleur qui bâtit une maison au noir apporte plus à l’économie que quelqu’un qui ne fait rien. On peut donc être d’accord avec ces interventions, mais rien n’y oblige.