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Berlinale

Berlinale : du froid sibérien aux révolutions arabes


L'anticyclone s'est bien installé sur Berlin. Depuis quelques jours, la température ambiante oscille entre -5 et -15 degrés. Mais cela n'arrête pas le public de la Berlinale. Diverses techniques de survie passées au crible.

Les courageux bravent le froid dès la première heure pour atteindre un guichet de vente et obtenir le fameux Graal, un ticket pour un film en avant-première mondiale. Les voilà prostrés dans ce centre commercial, chauffé heureusement, à l'affût de l'ouverture de la première caisse. « Au moins ici, on est au chaud », nous dit une cinéphile berlinoise.




Ce n'est pas ce que risque de dire les armées de photographes à l'extérieur, qui attendent patiemment de faire crépiter leurs flash. Pas de doute, leurs dents grelottent. Peut-être que le passage de Virginie Ledoyen hier aura su leur réchauffer le cœur ? Rien n’est moins sûr, au vu de leurs fréquents passages en studio, voire au Macdo. On sent le froid mordre et se glisser sous les vêtements. Pas un temps à mettre un chien dehors.




Grand froid ? Même pas peur !


Mais les inconditionnels venus observer le passage de leurs acteurs et actrices favoris semblent loin de s’en préoccuper. C'est peut-être parce qu'en plus de porter trois couches de pulls, gants et bonnet, ils sirotent un petit Glühwein, un vin chaud de Noël, qui fait de la résistance cette année.




Un antigel à toute épreuve


Mais la technique antigel imparable est d’une nature plus profonde : choisissez judicieusement les films à voir. La Berlinale est parfois un peu lente à la détente, mais cette fois, elle ne semble pas avoir raté l'éclosion du Printemps arabe, c’eût été inexcusable. Ce festival se déroulant autrefois dans un Berlin-Ouest complètement entouré du fameux Mur veut être à la hauteur de sa réputation, parfois remise en cause, de festival engagé pour la défense de la liberté et des droits individuels.


Ce n'est pas un hasard si le film d'ouverture, Les adieux à la reine de Benoît Jacquot, se déroule dans les premiers jours de la Révolution française, dans une cours royale qui, prise de panique, élabore des plans de fuite. Ambiance fin de règne garantie. L'allusion est claire.


Pas de doute, vous ne trouverez pas de trace du printemps à Berlin, qu'il soit météorologique ou politique, mais vous ne raterez pas le sirocco cinématographique, qui souffle généreusement sur l'édition de cette année. Un vent du sud esthétique d’abord. Une pelleté de films à la lumière chaleureuse, où les pins côtoient les cyprès, et où des acteurs en manches courtes nous rappellent que le climat peut aussi être clément.


Un peu de soleil dans ce monde de brutes


The Last Friday (Forum) de Yahya Alabdallah est l'un d'eux. Les images sont d'une beauté exceptionnelle et la mise en scène très juste. Mais au-delà d’une esthétique réussie, le film traite le sujet plus grave d’un chauffeur de taxi à la dérive, aux prises avec des problèmes familiaux, dépendant d’un emploi qu’il veut fuir.



Le film reste à distance du Printemps arabe. Si le protagoniste est informé fortuitement des événements par une télévision incidemment allumée, il les observe avec indifférence. Ses problèmes sont à des années lumières du départ de Moubarak et de la révolution égyptienne. Une manière d’en relativiser la portée, dans ce film cofinancé par les Emirats Arabe Unis et la Jordanie ? Ou plutôt de montrer comment un quotidien aliénant peut anesthésier toute idée de révolte ?




Un air de révolution


D’autres films offrent une place plus importante à la rébellion. World of Witness (Panorama) de Mai Iskander suit le quotidien d’une jeune Egyptienne qui rejoint les manifestations de la place Tahrir et qui cherche à faire comprendre ses convictions à son entourage, à sa famille, regardant ses activités d’un œil désapprobateur.


Reporting a revolution (Berlinale Special) de Bassam Mortada est également un documentaire sur les débuts de la révolution égyptienne. En l’espace d’une heure, il dresse le portrait de six jeunes reporters, de leur travail pour faire partager, pour documenter l’évolution de cette révolution partie d’une révolte sans leaders. Le film témoigne des dangers qu’ils eurent à endurer pour contribuer à l’apparition d’une presse libre dans leur pays.




Et Tony Gatlif nous le confirme avec Indignados (Panorama), un souffle du sirocco révolutionnaire a bien traversé la Méditerranée. C’est peut être lui qui a porté cette jeune réfugiée africaine, Betty, qui découvre un Europe du sud qui bouillonne, marquée par l’indignation face à une situation économique difficile, aux espoirs trahis.


En tout cas, à la Berlinale, chacun a sa façon de fuir le froid.  Il reste que le public berlinois va très probablement se laisser séduire par le sirroco africain et fuir le froid omniprésent. Gardons quand même à l’esprit que ce choix si facile ici, est loin d’être aisé ailleurs, où le vent de révolte du printemps arabe reste victime de l’oppression, soutenue par des forces, elles aussi, venues du grand froid sibérien.


Images (c) :
1,2,3 Katarzyna Świerc
4,5,6 Berlinale

 

Berlinale : La ruée vers l'or

Babéliennes, babéliens, soyez les bienvenus sur notre modeste blog berlinois qui l’espace d’une semaine va vous en faire voir de toutes les couleurs. Plus que d’habitude, cela va sans dire.

Eh oui, comme chaque année, fidèles au poste, nous vous proposons notre vision bien européano-transnationale de l’un des événements phares de l’actualité cinématographique : la Berlinale.

Car avec ces 62 ans au compteur cette grande dame est d’un âge qui inspire le respect, mais qui peu nous laisser dubitatif sur sa capacité à nous surprendre. Que cela ne tienne ! La Berliner Team est là pour la passer sur le grill et en soutirer tous les meilleurs plans, films confidentiels, pépites et perles rares que le cinéma dissémine ca et là au hasard des festivals.

Alors, bonne lecture !

La bande des babélo-berlinois.

PS : Ouh, minute papillon ! J’ai failli oublier ! Grâce à notre gentil partenaire l’OFAJ et son site Berlinale im Dialog, nos lecteurs ont la chance rêvée, unique, exceptionnelle, inouïe… de gagner des places pour quelques films. On m’informe d’ailleurs en communiqué express que deux places attendent un gagnant, pour le film « Aujourd’hui » d’Alain Gomis, demain (vendredi, non, pas aujourd’hui) à 16.30 au Berlinale Palast. Avis aux amateurs : berlin@cafebabel.com. En voilà un bon filon !

Deux membres du jury complétement surmenés : " - J'en peux plus Charlotte. Toutes ces interviews, ces projections... c'est d'un ennui. - T'en fais pas Jake, les gars de Cafebabel nous invitent à prendre un verre, ca va swinger ! - Tu crois  ? - J'en suis sûre !"

(c) photo : Katarzyna Swierc

Berlinale : à la recherche du temps perdu

La journée est déjà bien entamée, pourtant Boris (Esteban Bigliardi) et Ana (Cecilia Rainero) traînent encore au lit. Les amoureux partagent un café, Boris entame la lecture du journal. Un jour comme un autre à première vue. Mais Ana à quelque chose sur le coeur. « Boris, on a besoin d'une pause ». Et Boris s'installe peu après dans un hôtel bon marché. Son couple bat de l'aile.

Rodrigo Moreno


S'ensuit un voyage erratique dans le coeur de Buenos Aires. Boris n'a plus d'attaches, il flâne d'un coin à l'autre de la ville, sans but. Il s'achète une vielle voiture roumaine, qui se révèle être un misérable tacot qui ne lui cause que des ennuis, mais Boris reste relax. Après la rencontre fortuite d'un ancien camarade du lycée, il traîne de soirée en soirée et vit quelques aventures sans lendemain. Il a perdu le cap, mais n'en a-t-il jamais eu ? Boris semble toujours avoir été comme ça, calme, flegmatique, stoïque même, mais peut-être aussi à la dérive et sans ambition. Il laisse la vie suivre son cours, sans chercher à la contrôler.


Le film de Rodrigo Moreno, Un mundo misterioso, dépasse les cadres narratifs habituels. L'histoire, s'il y en a une, n'est pas une suite de péripéties suivant une certaine logique ou ayant une finalité bien précise. L'enchaînement n'a pas de but en soi. Et Boris reste impassible de bout en bout.





De quoi frustrer le spectateur impatient, notre cinéphile Sandra Wickert notamment, qui se plaint de la molesse du film, dans sa critique (en allemand). « Un peu d'action s'il vous plait ! »


Oui, l'action est aux abonnés absents. D'ailleurs lors de la projection presse, les premiers journalistes ont quitté la salle après cinq minutes d'une virée sans but à bord de la Tokha roumaine. Moi même, au bout de vingt minutes, j'ai commencé à pester : « Comment ZDF et Arte ont pu lâcher de la thune pour un navet pareil, alors tant que réalisateurs crèvent de faim ! » Mais ce début n'est qu'une mise en bouche, car le passage de Boris dans une librairie nous donne la clé de l'énigme. « Je te conseille 'Grand Prix', » lui dit le libraire, « un roman sur fond de course de formule un. Le début de l'histoire est très bien ficelé, mais il se perd ensuite dans des descriptions interminables, on perd très vite le fil. Un peu comme dans la vie en fait. » Le film prend alors une autre dimension.


Moreno nous appelle à nous défaire de nos habitudes de spectateurs friands de scénarios ficelés à la perfection, où chaque personnage a un rôle bien défini et une reparti hors du commun. Il nous montre la réalité, parfois barbante, parfois intense, mais où chaque événement ne fait pas forcement partie du grand Masterplan du Tout-Puissant (bon, là je m'avance peut-être un peu, je laisse chacun à ses croyances). Dans Un mundo misterioso, ce monde mystérieux qui est le nôtre, Moreno veut illustrer l'« esprit d'escalier », cet éclair de génie qui nous vient trop tard. Il nous montre la vie comme elle est, faite d'instants ratés, de conversations sans issues, d'hésitations fatales, mais ayant aussi sa part de poésie. Boris l'accepte ainsi. Quand il demande à Eva si elle veut revenir avec lui, elle répond qu'elle doit se tenir au délai de la pause avant de se décider. « Je ne peux pas changer d'avis comme ca. » « Alors tu joues la comédie là ? » lui dit Boris. Pas besoin, soit toi même.


Un film profondément humain qui appelle à prendre du recul face à l'instantanéité et à la surconnexion du monde actuel, face à cette pression sociale qui veut que chaque instant soit utilisé à bon escient, ce qui, au fond, n'est qu'oppression de l'individu. Un mundo misterioso saura récompenser par sa candide poésie le spectateur prêt à prendre son temps.

Berlinale : Les femmes du 6e étage. Olé.

L'histoire : M.Joubert vit tranquillement dans son 1re étage avec Mme Joubert. Même si Mme Triboulet, la concierge du rezu-de-chaussée est pas d'une humeur facile. Ni Germaine, la bonne qui habite au 6e d'ailleurs. Ni Mme Joubert qui habite elle aussi au 1er étage. Car c'est la femme de M.Joubert. Mais, un jour Germaine (qui habite au 6e étage), vexée, décide de quitter la maison. Il ne reste quàu couple Joubert (qui habite au 1er étage) qu'à trouver une nouvelle bonne. Ca tombe bien, Maria vient d'arriver au 6e étage parmi les autres Espagnols. Une vraie fée du logis, cette Maria. Tant et si bien que le 1er étage va commencer à s'intéresser à ce qu'il se passe au 6e.

Qu'est-ce qu'on en pense, à chaud ? Alors, je regarde Opodo pour me trouver un vol vers l'Espagne. Et je m'enfile une paella au passage.

Qu'est-ce qu'on en pense, à froid ? C'est pas facile de trouver une paella comme ca, à l'improviste à Berlin. Sinon, ai-je besoin de dire que j'adore Fabrice Luchini ? Tant pis, je le redis. Sandrine Kiberlin joue également très bien son rôle de jeune vieille fille super-chiante. Quant à nos Espagnoles du 6e étage, le trait est souvent un peu forcé , mais l'ambiance de groupe rend le tout agráble. Au final, une comédie qui surprend tout de même alors qu'on s'attend à des rôles figés et quelques clichés. Bonne humeur au rendez-vous.

Est-ce qu'ils vont gagner ? Non. C'est sûr. Parce qu'ils sont hors compétition. Comme ca, c'est fait.

Les infos officielles : N'oublions pas de citer le réalisateur Philippe Le Guay. N'oublions pas que le film sort en France aujourd'hui même, le 16 février 2011.

Et en plus, on a des photos (ouais, ni Fabrice Luchini, ni Sandrine Kiberlin, mais après tout Natalia Verbeke était là...) :

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photos : Katarzyna Swierc

Berlinale 2011, les frères Coen à l’ouverture (Electorallemand)

Article publié le 24 janvier 2011 par Sébastien Vannier sur le blog Electorallemand :

Février approche et Berlin se prépare déjà à la Berlinale. Encore du beau monde au programme dont le très attendu True Grit des frères Coen en ouverture.

Je vous le dis tout de suite, cet article ne sera pas objectif du tout. Parce que j’adore les frères Coen. Les réalisateurs de The Big Lebowski, O’Brother, No Country For Old Men, Burn After Reading, etc font, à mon partial avis, partie de ce qui se fait de mieux dans le cinéma aujourd’hui. Les programmateurs du festival du film de Berlin ont donc frappé un grand coup en annoncant dès décembre la présentation du film True Grit en ouverture du festival le 10 février. Peu importe ce qui allait venir après.

Les stars allemandes au rendez-vous

Bon, finalement, la liste définitive des films en compétitions vient d’être annoncée et il y a encore quelques affiches à suivre. D’abord l’immense Wim Wenders jouera la star à domicile. Même si le réalisateur des Ailes du désir, de Bunea Vista Social Club s’est beaucoup orienté vers les Etats-Unis dans ses films, il reste l’une des icônes allemandes. ll présentera donc, hors compétition, le film Pina, présentée comme « film de danse en 3D » (ca attise la curiosité en tout cas). Côté star allemande, on retrouvera une nouvelle fois l’acteur Moritz Bleibtreu, qui avait fait une performance très contestée l’année dernière dans le film « Jud Süss – Film ohne Gewissen« . Il sera cette fois à l’affiche de Mein bester Feind (mon meilleur ennemi) du réalisateur Wolfgang Mundberger. Deux autres grands noms du cinéma allemand, Bruno Ganz et Diane Kruger partageront l’affiche avec Liam Neeson dans le film Unknown de Jaume Collet-Serra.

Luchini après Mamuth

Des stars, ecnore des stars, pour que les paillettes fassent oublier l’hiver berlinois ! Allons, n’en jetez plus, je vous offre Kevin Spacey, Jeremy Irons et Demi Moore pour Margin Call, le premier film de JC Chandor. Et Ralph Fiennes, dans le premier film également de … Ralph Fiennes (comme ca, c’est plus simple pour le casting) Coriolanus. Où sont nos petits francais pendant ce temps-là ? C’est vrai que l’année dernière, la présence de Gérard Depardieu et de l’équipe du Groland avait mis une belle ambiance du côté de la Potsdamer Platz (pas encore aussi connue que « La Croisette » comme lieu, mais ca viendra). Cette année, c’est Fabrice Luchini et Sandrine Kiberlain qui seront les porte-drapeaux du contingent francais dans le film Les femmes du 6e étage de Philippe Le Guay (réalisateur de Le coût de la vie). Et pour pas faire trop d’ombre aux autres films, celui-là reste hors compétition. C’est sport. En compétition cette fois, Les contes de la nuit, un film d’animation de Michel Ocelot.

Celui qui voulait faire un film sur Banksy

Exit through the gift shop (2010) est un documentaire de l'artiste de rue Banksy. Celui-ci est tout simplement la légende du Street Art. Il a bâti sa réputation non seulement sur son talent qui fait vendre ses oeuvres à des prix exorbitants mais également par le fait qu'il est tout simplement invisible. Personne ne sait qui est Banksy. Mais ce film ne raconte pas son histoire, mais celle de celui qui voulait faire un film sur Banksy.

Pourquoi aller voir Exit through the gift shop ?

Pour (re) découvrir le monde su Street Art. Pour apprécier l'humour et l'ironie de Banksy ainsi que de l'ensemble de ce milieu porté par la rebellion pacifiste.

Points forts / points faibles

Points forts : très bonne description du milieu. Bon rythme pour le film. Beaucoup de créativité, d'auto-dérision et un humour so british. Banksy réussit un très beau pied-de-nez aux écueils de l'art moderne. C'est-à-dire dire que c'est "in" juste parce que c'est "in".

Points faibles : vous avez déjà entendu mal parler un Français en anglais pendant une heure ? Insupportable.

Etoiles : **** 4/5 Un peu d'humour, d'ironie et d'auto-dérision dans ce monde de déprimes, de huis-clos ou de mainstream hollywoodiens, ça fait du bien.

Réactions dans la salle: Des rires des les premières minutes du film quand Banksy annonce : "Ce film est bien, je pense, surtout si vous n'en attendez pas beaucoup". Mais, déception, il n'y aura pas de conférence de presse !

Et quand les lumières se rallument ? Vite rechercher si ce Thierry Guetta alias Mister Brainwash existe vraiment ? Ou alors si c'est encore un gros canular de Banksy.

Berlinale : Shutter Island (2010) de Martin Scorsese

Cet article également en anglais

Pourquoi faut-il aller voir Shutter Island ?

Parce que c’est Martin Scorsese, diront les uns. Parce que c’est Leonardo Di Caprio, diront les autres. Mais pas seulement. Parce que pendant deux heures, vous allez être emportés sur une île loin d’être paradisiaque et vous allez vous poser des questions sur la santé mentale de tout le monde.

Points forts / points faibles

Point forts : le scénario évidemment et donc le livre de Dennis Lehane. L’histoire vous fera tourner en bourrique pendant deux heures. Leonardo Di Caprio qui parle allemand, les Berlinois auront apprécié.

Points faibles : Scorsese nous fait certes tourner en bourrique pendant quasiment tout le film mais il nous tient la main pour bien nous montrer le chemin dans les dernières minutes. Un peu dommage. Si Scorsese maîtrise évidemment tous les codes et toutes les références du thriller, des fois, c’est même un peu trop.

Etoiles : 4/5 Trois étoiles pour le film + une pour la performance de Leonardo Di Caprio. Je ne suis pas un fan mais là, il porte toute l’intrigue sur ses épaules.

Réactions après la projection

Shutter Island était un des films les plus attendus de la Berlinale. Applaudissements fournis à la fin de la projection même si les critiques y verront quelques détails pas complètement satisfaisants.

Et quand les lumières se rallument ?

Il faut revoir le film. Vite. Regarder sur le programme quand est-ce qu’il repasse.

Berlinale: My Name is Khan (2010) de Karan Johar

Les producteurs d'un des plus grands succès de Bollywood Sometimes Happy, Sometimes Sad (2001) ont produit aux USA My Name is Khan (2010) avec la superstar hindoue Shah Rukh Kahn. Le film raconte l'histoire de Rizvan Kahn, un indien musulman atteint d'une forme d'autisme, le syndrome d'Asperger, ayant tenté sa chance aux Etats-Unis. Suite au 11 septembre, la vie heureuse de Rizvan va changer. Les musulmans n'étant plus les bienvenus. Pour l'anecdote, l'idée du film vint à Shah Rukh Khan lorsqu'il fut sévèrement contrôlé à l'aéroport de Newark, probablement pour son apparence pas assez white christian american.


Pourquoi voir My Name is Khan ?

Vous avez aimé Forrest Gump? La paranoïa anti-islam post-11 septembre vous déprime ? Vous aimez les happy-ends, les scènes larmoyantes, les sentiments à l'eau de rose ? My Name is Khan est pour vous !


Bons points, mauvais points

Le film traite le problème de l'islamophobie, de l'obsession sécuritaire, de la restriction des libertés individuelles tout en restant un très bon divertissement grand public bien que la durée du film dépasse la standards du genre (presque 3 heures). De plus, le film n'est pas uniquement en anglais, les personnages s'expriment également en hindi. Bon point pour l'ouverture culturelle.

Seule ombre au tableau : une certaine récupération politique à la fin du film, qui délivre l'idée que l'Amérique à fait des erreurs dans la période post-11 septembre mais que cela ne fut que temporaire. Le rêve américain reste donc d'actualité. Ça ne m'étonnerai pas que la 20th Century Fox soit derrière cette belle fin politiquement correcte.

Un quatre étoiles **** - à voir pour le message de tolérance.


Les réactions au film

Dès son lancement au Royaume-Uni, le film a battu tous les records pour un film de Bollywood et a éveillé l'enthousiasme à la Berlinale.


Et les sentiments après la projection ?

Vous risquez d'avoir tout de même une petite phase de réflexion sur le rôle des USA dans le monde, les relations entre les religions, l'extrémisme, la tolérance, etc ...

images : ©Katarzyna Swierc & FOX

Live-Tweet depuis la Berlinale

L’ouverture de la 60ème édition de la Berlinale se rapproche et Cafébabel Berlin se prépare à vous faire vivre cet événement sur le Blog comme dans le magazine à travers des critiques, des interviews, du son, des images.

Ne ratez pas, ce lundi, le 1er février à 11 heures, notre couverture en direct sur Twitter de la conférence de présentation du programme officiel de cette nouvelle édition-jubilé de la Berlinale en présence de Dieter Kosslick, le directeur du festival.

Alors, à lundi !

 
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Yolande Moreau et Jessica Alba à la Berlinale - Electorallemand

La Berlinale fête cette sa 60e édition et on commence petit à petit à avoir un bon aperçu du programme. 18 films en compétition sont désormais connus. Avec comme d'habitude à Berlin : du glamour, de l'international, et nos petits Français.




Après donc avoir servi ces dames en annonçant que Leonardo di Caprio et Pierce Brosnan seraient visibles - au moins - à l'écran dans le nouveau film de Martin Scorsese, ce sont maintenant ces messieurs qui vont être comblés par le programme de la Berlinale. En effet, Jessica Alba (Sin City, Les 4 Fantastiques) et Kate Hudson (Nine, Docteur T. et les femmes) seront à l'affiche de The Killer inside me de Michael Winterbottom. Allez, on vous rassure, il y a le petit Casey Affleck de la partie. En espèrant que la Berlinale va mettre sa touche de glamour habituelle au festival, pas impossible de voir débarquer tout ce petit monde pour la montée des marches (ah non, il n'y a pas vraiment de marches à monter à Berlin).

Groland in Deutschland

La France envoie également des ambassadeurs de choc pour la compétition avec l'acteur français le plus connu en Allemagne, Gérard Depardieu, accompagné par Yolande Moreau et Isabelle Adjani dans le film Mammuth. Le tout dirigé par l'équipe de Groland, Benoît Delépine et Gustave de Kerven.

A noter également que le film d'ouverture nous viendra cette fois de Chine (après The International l'année dernière). Il s'agit de l'oeuvre Tuan Yuan du réalisateur Wang Quan'an. Celui-là même qui avait remporté l'Ours d'or en 2007 pour Le mariage de Tuya. Enfin, pour le public allemand surtout, il sera intéressant de voir ce que donne "Jud Süss - Film ohne Gewissen", en référence au film ô combien controverse de l'époque nazie. On y retrouve les stars allemandes Martina Gedeck et Moritz Bleibtreu.

Article publié le 21 janvier sur Electorallemand

Interview avec l'acteur Horacio Camendule

Gigante                                                                             



Gigante a été récompensé par l'Ours d'argent
Uruguay, 2008, 84 min
Réalisateur: Adrián Biniez
Acteurs: Horacio Camandulle, Leonor Svarcas, Néstor Guzzini
Section: Compétition

de Sergio Marx

Jara travaille de nuit dans un supermarché. Sa tache est de rester seul derrière son écran et de surveiller les femmes de ménages qui s'occupent de redonner un peu d'éclat aux allées du magasin. Jara est également videur, le week-end, dans une boîte de métal. Le métal et les parties de jeux-vidéos avec son neveu sont les seuls passe-temps qui égayent sa routine. Bien que possédant un physique imposant, Jara est calme, timide, taciturne, peut-être un peu mélancolique. Tout change au cours d'une nuit semblable aux milliers d'autres qu'il a passé dans sa cabine de surveillance, où commence sa fascination pour une des femmes de ménages. Elle devient son obsession.

La compagnie de production uruguayenne Ctrl Z Films démontre une nouvelle fois sa perspicacité. Après le soutient apporté à 25 Watts (2001), film remarqué lors de nombreux festivals et illustrant la vie d'une bande de post-adolescents oisifs, elle permet à Adrián Biniez de tourner son premier film, un film drôle, poétique, humain, dont la qualité tient en grande partie à la performance de Horacio Camendule dans le premier rôle. Il était présent lors de la première mondiale du film à la Berlinale.

Comment a commencé le travail avec le réalisateur ?
Je suis un acteur de théâtre à la base. Il s'agit de mon premier film. Tout a commencé avec un casting, je ne connaissais pas le réalisateur. J'étais le premier à passer la casting. Adrián avait déjà une idée assez claire de ce qu'il voulait, car il y a un vrai Jara, un de ses amis.

Alors c'est une histoire vraie ?
Il y a une part de réalité. Adrian s'est inspiré de l'histoire d'amis.

Quels sont les intentions du personnage envers la jeune femme ? A certains moments il est difficile de savoir s'il veut l'embrasser ou la tuer.
Oui, ce jeu est intéressant. J'ai dû y penser lorsque je développais le personnage. Est-ce qu'il s'agissait d'amour, de fascination ? En fait je ne sais toujours pas ce qui lui est arrivé. Jara est plutôt solitaire, il vit seul, a 35 ans. Pour étoffer le personnage, je me suis imaginé qu'il avait eu une copine il y a longtemps, mais que ça c'était mal terminé, qu'il en était resté blessé, et les années s'étaient écoulées. Et lorsqu'il vit Leonor, tout cela remonta à la surface, c'est pour cela qu'il observe sans agir. C'est pourquoi l'expression corporelle est minimale mais l'expression sentimentale est maximale. Il regarde son écran et pourtant ne semble rien observer.

Le travail de Jara semble jouer un rôle important.
Oui, il est une sorte de big brother, le surveillant du panoptique de Foucault, être omniscient qui contrôle tout par le regard. Mais Jara ne se rend pas compte de cela. Il passe son temps à s'ennuyer et à faire des mots-fléchés. Il doit veiller à ce que personne ne vole dans le magasin, mais il s'en moque en réalité, il laisse les femmes de ménage voler du riz ou du yaourt. C'est un travail de routine, qui  rappelle peut être les Temps Modernes de Charlie Chaplin. Mais Jara, lui, ne s'efforce pas autant, tout cela lui importe peu.

Est-ce qu'il s'agit d'une histoire d'amour moderne ? Dans le film Leonor rencontre un homme par internet.
C'est une histoire d'amour, moderne je ne sais pas. Comment fait-on pour rencontrer quelqu'un avec qui l'on peut se sentir bien ? Nous sommes surcommuniqué, mais cela ne veut pas dire que nous communiquons plus entre nous.

Et Berlin?
Berlin m'a plu, j'y ai beaucoup marché, cela m'a fait penser à mon rôle dans le film, Jara marche également beaucoup.

photos: Berlinale

Plus d'infos et de chroniques en direct du Festival international du film de Berlin dans le magazine

Berlinale : '89, la musique ouest-berlinoise arrive en chair et en os à Berlin-Est

Von Wegen





Off Ways

Allemagne, 2009, 100 min

Réalisateur: Ulli M. Schueppel
Acteurs: Einstürzende Neubauten, Ronald Galenza, Heiner Müller, Alexander Pehlemann, Claus Löser
Section: Panorama Dokumente

de Sergio Marx

Décembre 89. Le mur est tombé depuis deux mois, mais la RDA existe toujours. Les Einstürzende Neubauten, groupe post-punk atonique industriel de Ouest-Berlin, décident de traverser la frontière et d'être les premiers à jouer « de l'autre côté ». Ils retrouvent là-bas une communauté de fans qui depuis des années se passent leurs enregistrements sous le manteau sans pourtant jamais avoir pu les voir sur scène. Le documentaire commence à Ouest-Berlin avec le groupe et documente le passage du poste-frontière, le trajet en van et l'arrivée dans le centre culturel Wilhelm Pieck d'une usine de Berlin-Est peu habitué à accueillir des musiciens pareils.


Mais là où le film trouve tout son intérêt est dans le fait que le réalisateur a retrouvé des Est-Berlinois de l'époque qui ont vu le concert, et refait avec eux, vingt plus tard, le trajet qui les mena de chez eux au concert des Neubauten. La plupart avaient la vingtaine et racontent leurs souvenirs de l'époque : l'importance de la musique, l'euphorie et l'espoir politique par rapport au futur de la RDA, mais déjà le sentiment d'une différence culturelle entre allemands de l'est et de l'ouest : une fille de l'Est demande au cameraman de l'Ouest s'il vient d'Australie, qui en retour lui demande qui est Wilhelm Pieck.


L'ambiance surréaliste de la soirée est d'ailleurs pimentée par l'arrivé à l'improviste de Jack Lang, par hasard en visite officielle avec Mitterrand, qui voulait absolument connaître l'avis d'artistes sur l'évolution politique en Allemagne, artistes qui se retrouvent un peu dépassé par les événements.


Le film est incontournable pour tous ceux qui s'intéressent à la problématique Est-Ouest en Allemagne, en l'occurrence depuis la perspective est-allemande. En partant d'un concert, le réalisateur parvient à élargir la perspective et aborder des sujets autres que la musique en mélangeant images de l'époque et images actuelles. Un film profond et drôle. A ne pas manquer !


photos: Berlinale


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