L'anticyclone s'est bien installé sur Berlin. Depuis quelques jours, la température ambiante oscille entre -5 et -15 degrés. Mais cela n'arrête pas le public de la Berlinale. Diverses techniques de survie passées au crible.
Les courageux bravent le froid dès la première heure pour atteindre un guichet de vente et obtenir le fameux Graal, un ticket pour un film en avant-première mondiale. Les voilà prostrés dans ce centre commercial, chauffé heureusement, à l'affût de l'ouverture de la première caisse. « Au moins ici, on est au chaud », nous dit une cinéphile berlinoise.

Ce n'est pas ce que risque de dire les armées de photographes à l'extérieur, qui attendent patiemment de faire crépiter leurs flash. Pas de doute, leurs dents grelottent. Peut-être que le passage de Virginie Ledoyen hier aura su leur réchauffer le cœur ? Rien n’est moins sûr, au vu de leurs fréquents passages en studio, voire au Macdo. On sent le froid mordre et se glisser sous les vêtements. Pas un temps à mettre un chien dehors.

Grand froid ? Même pas peur !
Mais les inconditionnels venus observer le passage de leurs acteurs et actrices favoris semblent loin de s’en préoccuper. C'est peut-être parce qu'en plus de porter trois couches de pulls, gants et bonnet, ils sirotent un petit Glühwein, un vin chaud de Noël, qui fait de la résistance cette année.

Un antigel à toute épreuve
Mais la technique antigel imparable est d’une nature plus profonde : choisissez judicieusement les films à voir. La Berlinale est parfois un peu lente à la détente, mais cette fois, elle ne semble pas avoir raté l'éclosion du Printemps arabe, c’eût été inexcusable. Ce festival se déroulant autrefois dans un Berlin-Ouest complètement entouré du fameux Mur veut être à la hauteur de sa réputation, parfois remise en cause, de festival engagé pour la défense de la liberté et des droits individuels.
Ce n'est pas un hasard si le film d'ouverture, Les adieux à la reine de Benoît Jacquot, se déroule dans les premiers jours de la Révolution française, dans une cours royale qui, prise de panique, élabore des plans de fuite. Ambiance fin de règne garantie. L'allusion est claire.
Pas de doute, vous ne trouverez pas de trace du printemps à Berlin, qu'il soit météorologique ou politique, mais vous ne raterez pas le sirocco cinématographique, qui souffle généreusement sur l'édition de cette année. Un vent du sud esthétique d’abord. Une pelleté de films à la lumière chaleureuse, où les pins côtoient les cyprès, et où des acteurs en manches courtes nous rappellent que le climat peut aussi être clément.
Un peu de soleil dans ce monde de brutes
The Last Friday (Forum) de Yahya Alabdallah est l'un d'eux. Les images sont d'une beauté exceptionnelle et la mise en scène très juste. Mais au-delà d’une esthétique réussie, le film traite le sujet plus grave d’un chauffeur de taxi à la dérive, aux prises avec des problèmes familiaux, dépendant d’un emploi qu’il veut fuir.

Le film reste à distance du Printemps arabe. Si le
protagoniste est informé fortuitement des événements par une télévision incidemment
allumée, il les observe avec indifférence. Ses problèmes sont à des années
lumières du départ de Moubarak et de
la révolution égyptienne. Une manière d’en relativiser la portée, dans ce
film cofinancé par les Emirats Arabe Unis et la Jordanie ? Ou plutôt de
montrer comment un quotidien aliénant peut anesthésier toute idée de
révolte ?

Un air de révolution
D’autres films offrent une place plus importante à la rébellion. World of Witness (Panorama) de Mai Iskander suit le quotidien d’une jeune Egyptienne qui rejoint les manifestations de la place Tahrir et qui cherche à faire comprendre ses convictions à son entourage, à sa famille, regardant ses activités d’un œil désapprobateur.
Reporting a revolution (Berlinale Special) de Bassam Mortada est également un documentaire sur les débuts de la révolution égyptienne. En l’espace d’une heure, il dresse le portrait de six jeunes reporters, de leur travail pour faire partager, pour documenter l’évolution de cette révolution partie d’une révolte sans leaders. Le film témoigne des dangers qu’ils eurent à endurer pour contribuer à l’apparition d’une presse libre dans leur pays.

Et Tony Gatlif nous le confirme avec Indignados (Panorama), un souffle du sirocco révolutionnaire a bien traversé la Méditerranée. C’est peut être lui qui a porté cette jeune réfugiée africaine, Betty, qui découvre un Europe du sud qui bouillonne, marquée par l’indignation face à une situation économique difficile, aux espoirs trahis.
En tout cas, à la Berlinale, chacun a sa façon de fuir le froid. Il reste que le public berlinois va très probablement se laisser séduire par le sirroco africain et fuir le froid omniprésent. Gardons quand même à l’esprit que ce choix si facile ici, est loin d’être aisé ailleurs, où le vent de révolte du printemps arabe reste victime de l’oppression, soutenue par des forces, elles aussi, venues du grand froid sibérien.
Images (c) :
1,2,3 Katarzyna Świerc
4,5,6 Berlinale









Jara travaille de nuit dans un supermarché. Sa tache est de rester seul derrière son écran et de surveiller les femmes de ménages qui s'occupent de redonner un peu d'éclat aux allées du magasin. Jara est également videur, le week-end, dans une boîte de métal. Le métal et les parties de jeux-vidéos avec son neveu sont les seuls passe-temps qui égayent sa routine. Bien que possédant un physique imposant, Jara est calme, timide, taciturne, peut-être un peu mélancolique. Tout change au cours d'une nuit semblable aux milliers d'autres qu'il a passé dans sa cabine de surveillance, où commence sa fascination pour une des femmes de ménages. Elle devient son obsession.
La compagnie de production uruguayenne Ctrl Z Films démontre une nouvelle fois sa perspicacité. Après le soutient apporté à 25 Watts (2001), film remarqué lors de nombreux festivals et illustrant la vie d'une bande de post-adolescents oisifs, elle permet à Adrián Biniez de tourner son premier film, un film drôle, poétique, humain, dont la qualité tient en grande partie à la performance de Horacio Camendule dans le premier rôle. Il était présent lors de la première mondiale du film à la Berlinale.
Comment a commencé le travail avec le réalisateur ?
Quels sont les intentions du personnage envers la jeune femme ? A certains moments il est difficile de savoir s'il veut l'embrasser ou la tuer.
Est-ce qu'il s'agit d'une histoire d'amour moderne ? Dans le film Leonor rencontre un homme par internet.
Décembre 89. Le mur est tombé
depuis deux mois, mais la RDA existe toujours. Les Einstürzende
Neubauten, groupe post-punk atonique industriel de Ouest-Berlin,
décident de traverser la frontière et d'être les
premiers à jouer « de l'autre côté ».
Ils retrouvent là-bas une communauté de fans qui depuis
des années se passent leurs enregistrements sous le manteau
sans pourtant jamais avoir pu les voir sur scène. Le
documentaire commence à Ouest-Berlin avec le groupe et
documente le passage du poste-frontière, le trajet en van et
l'arrivée dans le centre culturel Wilhelm Pieck d'une usine de
Berlin-Est peu habitué à accueillir des musiciens
pareils.





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