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Moments berlinois

Il était une fois… les marionnettes à Berlin

de Marina Skalova


Divertissement populaire, outil de propagande nazie ou support d’expression subversif : l’histoire des marionnettes aux couleurs bariolées qui égayent nos hivers berlinois en dit beaucoup sur le passé de la ville.



À l’origine, il y a le Kasper, l’équiva­lent du Guignol de Mourguet. Une figurine satirico-comique au long bon­net rouge et à la robe d’Arlequin, qui sillonne les routes de Prusse dès la fin du 18e siècle, des histoires abraca­dabrantes sur le bout des lèvres. Les saynètes pleines d’humour où il appa­raît acquièrent une portée pédago­gique avec la création du Hohnsteiner Puppentheater, initié par Max Jacob, dès 1921. Pendant plusieurs années d’intense création, ce théâtre porte le personnage à son apogée, notam­ment en le représentant sur le grand écran, dans Der betrogene Räuber.


Mais cela n'empêchera pas par la suite son déclin. En croisade pour l’ordre et la morale, la marionnette de Jacob devient l’un des média privilégiés de la propagande nazie. Au premier rang de toutes les fêtes officielles du NSDAP, elle est savamment utilisée à des fins idéologiques. Après la guerre, le tour­nant est radical. Accusés de compro­mission, les forains subissent une véri­table purge. En RFA, les marionnettes disparaissent alors de la scène.


Mais de l’autre côté du Mur, un vent venu de l’Est leur donne un souffle nou­veau. « En RDA, nos modèles venaient d’URSS, où le savoir-faire des marion­nettistes était pleinement reconnu. Une importante variété de formes créatives en a découlé », se souvient Hans-Jochen Menzel, directeur du dé­partement de marionnettes à la Ernst-Busch-Schule de Berlin, créé en Alle­magne de l’Est en 1971. « Nous avions un espace de liberté artistique impor­tant en RDA, mais en même temps, la censure était omniprésente », retrace-t-il. « C’était un peu un jeu de contour­ner, d’esquiver. La marionnette permet de dire différemment certaines choses, c’est ce que je trouve passionnant. » Le bonhomme de bois pour parer la langue de bois, en somme.


Ainsi font, font, font…

Interview et traduction de l’allemand | Camille Montagne et Elisabeth Perron

Selon George Sand, « les marionnettes n’amusent que les enfants et les gens d’esprit ». Silvia Brendenal, la directrice de l’incontournable institution de la marionnette qu’est la Schaubude, partage cet avis. Elle a surmonté avec succès les fêtes de fin d’année, durant lesquelles sa salle était tou-jours pleine : « comme si les parents se souvenaient qu’ils avaient des enfants ! ». Petit saut dans cet univers aussi éclectique que passionnant !


BP : Comment se créent les spectacles, comment les choisissez-vous ?


Silvia Brendenal : Certains artistes partent d’une marionnette pour créer une histoire, d’autres ont d’abord une idée puis construisent leurs marionnettes. Il n’existe pas de répertoire : nous sommes un théâtre de programmation. En ce sens, nous essayons d’avoir des créations diverses avec des troupes berlinoises, des festivals et des échanges avec d’autres pays.


Pouvez-vous nous expliquer les particularités des différents publics enfants et adultes ?


Les spectacles sont porteurs de messages plus ou moins explicites ; adultes et enfants peuvent s’enthousiasmer ensemble. Certaines pièces ne sont pas adaptées aux plus petits, mais il faut du haut niveau pour capter leur attention : c’est le public le plus difficile ! C’est une grande responsabilité car c’est souvent leur première expérience théâtrale.


Les marionnettes se rapprochent- elles du théâtre ?


Il y a des écoles de marionnettes comme la Ernst Busch qui a développé un cursus pour cette spécialité. Souvent visibles sur scène, les artistes se mélangent voire s’effacent derrière l’objet qui est le medium de l’expression. Les artistes sont humbles mais ils s’occupent de leur création de A à Z et animent eux-mêmes personnages, décors, musique et lumières ! Mon combat est de faire reconnaître la marionnette comme un art à part entière !


SCHAUBUDE GREIFSWALDER STR.81-84 FRÜHSTÜCK SPRELACART LES 27 ET 28 JAN | 20H | 7-10,50€


www.schaubude-berlin.de





L’essentiel « marionnettes » en janvier

L’historique : Das Puppentheater-Museum


Le musée de la marionnette de Berlin, installé depuis 16 ans dans la Karl Marx Str., propose diff érentes activités pour petits et grands. Les marionnettes exposées changent régulièrement, vous pourrez les découvrir à la lumière du jour ou dans le noir à la lampe de poche. Vous y trouverez un cinéma offrant un panel de films de marionnettes et ses spectacles : ce mois-ci au programme, Frau Holle des frères Grimm.


KARL MARX STR. 135 | U7 KARL MARX STR. www.puppentheater-museum.de FRAU HOLLE LES 19, 24, 26 JAN | 10H | 22 ET 29 | 16H | 3,70-5€ VISITE À LA LAMPE DE POCHE LES 6 ET 13 | 10H | 3-3,50€ (SUR RÉSERVATION) LANGE NACHT DER MUSEEN 28 JAN | 18-2H


Le formateur : Die Ernst Busch Schule au Maxim Gorki Theater


L’école Ernst Busch vous propose dès janvier, DER UNMENSCHLICHE MON- TAG. "Alles nur aus Liebe. Die totale Telenovela" Folge 1 au Maxim Gorki Theater. Jonas Knecht, enseignant à l’école, met en scène élèves et professeurs. Une réflexion sur l’humanité à travers la marionnette…


MAXIM GORKI THEATER AM FESTUNGSGRABEN 2 | S HACKESCHER MARKT LES 16 ET 23 JAN | 20H15


L’incontournable : Die Schaubude


La référence berlinoise propose notamment un festival en septembre et cette année, pour les 40 ans de la Ernst Busch Schule, des spectacles des élèves en juin. En janvier : Frühstück Sprelacart, entre clowns et marionnettes. Dans un décor de laine et de dentelle, nous assistons à un petit-déj’ relevant de l’absurde avec M. Hirche et O. Dassing ! (cf page précédente)


L’enfantin : FEZ


Le plus gros centre européen pour les enfants, les jeunes et la famille vous accueille au coeur du Waldpark. Kukla und die schöne Wassilissa est un conte sur le courage et la confiance en soi. Wassilissa est confrontée à des demi-soeurs cruelles qui l’abandonnent dans les bois, où elle est amenée à rencontrer l’affreuse sorcière Baba Yaga…


AN DER WUHLHEIDE 197 | S3 WUHLHEIDE www.fez-berlin.de KUKLA UND DIE SCHÖNE WASSILISSA 7 JAN | 14H30 + 16H | 8 JAN | 14H30 + 16H30


L’alternatif : Das Helmi


Projet fou monté par deux amis, Das Helmi se produit au Ballhaus Ost. Leurs productions naissent toujours d’idées originales, fruit d’un travail collectif, telles que l’adaptati on du film Léon de Luc Besson (le 12 à 20h) et Sexmission (les 13 et 14). Davantage pour adultes ! www.das-helmi.de


Articles publiés dans le numéro de janvier de Berlin Poche.

« Quoi ?! En Pologne ?? »

Depuis quelques mois, la capitale allemande semble danser au rythme de la polonaise. Et pour cause, les vingt ans du partenariat Berlin – Varsovie sont l'occasion d'une abondance d'événements culturels : une exposition compare l'héritage architectural communiste des deux villes, une autre retrace l'histoire commune des deux pays à travers leurs oeuvres d'art, un festival de jazz réunit des musiciens des deux rives de l'Oder. Intéressant, enrichissant et certainement nécessaire, car pour une grande partie des Allemands la Pologne reste, malgré les liens historiques, une terra incognita.


Une petite anecdote pour vous donner une idée. Pour une raison ou une autre, je me suis retrouvé à louer un véhicule pour me rendre à Varsovie depuis Berlin. Je passe donc à Kreuzberg chez le fameux loueur au phoque bleue (chut, chut, pas de marque). Une bonne dame s'occupe de moi. Je choisis le forfait 3 jours et plus de 1000 kilomètres. Jusque là tout va bien.


- « Et vous désirez vous rendre où » me demande-t-elle.


- « En Pologne »


- « Quoi ?! En Pologne ?? Ah mais ca ne va pas être possible! »


Elle réagit comme si je lui parlait de la planète Mars. Il faut dire que, de Berlin, la Pologne est à une distance galactique de... 103 kilomètres. Je dois probablement être le premier hurluberlu qui veut s'y perdre avec une de ses voitures. Elle devait se dire que je voulais déménager chez les Souabes...


Mais ma petite dame s'explique. « Notre assurance ne couvre pas la Pologne. » Ni les autres pays de l'Est d'ailleurs. Il faut quand même rappeler que la Pologne est dans l'UE, dans l'espace Schengen depuis 2008 et, je le répète, à une heure de route de la capitale allemande. Par contre, elle n'aurait rien trouvé à redire à ce que je me rende en France... Peut-être que les voitures partant en Pologne reviennent moins souvent que celle partant en France, ce qui reste à prouver. Alors augmentez la prime d'assurance mais ne m'interdisez pas de m'y rendre ! Cela dit, pour la demande apparemment si négligeable, ce ne serait que du temps perdu pour le loueur au phoque bleu !



Ô Pologne, comme tu me sembles exotique et lointaine, dès que l'on s'éloigne de la stratosphère glamoureuse.


Photo (c) wdr5.de

Le luxorock sort de sa bulle

C'est au Magnet-Club que s'est déroulée le week-end dernier une soirée rock aux accents insolites. La Luxemburger Rocknacht, sponsorisée par le magazine unclesally's, a vu se produire trois groupes du Grand-duché dont Eternal Tango, diffusé régulièrement sur MTV Deutschland et habitué des grandes scènes, et Inborn! à peine formé et en passe d'enregistrer en Californie avec Ross Robinson (Korn, Limp Bizkit, Slipknot, The Cure). Et dire qu'il y a cinq ans, il aurait été impossible de présenter une quelconque line-up luxembourgeoise au public berlinois, tout simplement parce que la scène locale était dominée par le mauvais punk, les cover bands et le death-metal pour initié. Pas de quoi pavaner à l'étranger. Mais depuis, de nouveaux groupes ont émergé.


Cette explosion est une conjonction de plusieurs facteurs : plus de salles de concert (les Rotondes, d:qliq), plus de médias (station.lu) et de réseaux sociaux (fansnextdoor.com) prenant fait et cause pour les musiciens locaux, et probablement l'effet boule de neige d'Eternal Tango, premier groupe à avoir réellement dépasser les frontières du pays.


Mais un des événements centraux, c'est également la prise de conscience des autorités que les finances saines du pays peuvent être mises au profit de la culture musicale locale. Bien que de nombreux observateurs se plaignirent de l'année de la capitale de la culture 2007, organisée apparemment avec les pieds mais sans artistes, une amélioration s' est faite sentir pour contrer le retard abyssal en matière d'offre musicale : la première salle de la capitale à avoir proposé régulièrement une programmation dite rock-indie, l'Atelier, fête à peine ses 15 ans.


C'est en effet suite à une décision parlementaire de 2003 que fut construite la plus grande salle de concert luxembourgeoise, la Rockhal. Financé par les deniers publics, pour un budget total de 30 millions d'euros, le bâtiment appartient toujours à l'Etat et est géré par une association sans but lucratif. L'Etat et la municipalité de la capitale soutiennent également certaines salles plus modestes. Et qui se cachait derrière la Luxemburger Rocknacht ? Le Ministère de la culture et l'attachée culturelle à l'ambassade entre autres.


Comme quoi les liasses de billets du lucratif modèle économique luxembourgeois peuvent être investies à bon escient. Pourquoi ne pas imaginer le Luxembourg comme un pôle culturel régional voire européen à moyen terme sécurisant financièrement les activités de ses acteurs culturels grâce à de généreuses subventions ? Ce soft power pourrait faire changer l'image du pays à l'étranger. Car qu'est ce qu'associe l'européen lambda au Luxembourg ? Au mieux : rien, au pire : les magouilles fiscales, Clearstream et autres réjouissances. (Quoique les frères Schleck sont depuis quelques temps des ambassadeurs de premiers choix.)


En tout cas, les vieux de la vieille qui se souvienne de l'époque des pionniers, où assister à un concert potable au Luxembourg était une odyssée, ne peuvent que fantasmer sur l'avenir. Mais il ne faut pas crier victoire trop tôt : Berlin, dont les difficultés budgétaires sont proverbiales, consacre 2,2 pour cent de son budget à la culture en 2010, alors que le Luxembourg n'en débourse qu'un petit pour cent. Il y a encore du pain sur la planche.



Photo : Filip Markiewicz au pavillon luxembourgeois de l'Expo 2010 à Shangai, soft power in action.  (c) station.lu

Bienvenue du côté obscur du tourisme

Dans la presse berlinoise, les articles se multiplient sur les „hordes de touristes“ qui envahissent la ville, particulièrement en été. De jeunes anglais post-prépubères en quête de sensations forte(ement alcoolisées) s'adonnent à leur discipline favorite : le Pub-Crawling, et des groupes d'innombrables Espagnols bruyants, arrogants et qui écorchent trois mots d'anglais, ne respectent même pas les règles d'usages germaniques de base : ne pas marcher sur la voie vélo, attendre que le feu passe au vert, éviter les 120 décibels après 22 heures. Les auteurs et blogeurs locaux s'en donnent donc à coeur joie et tirent dans le tas. Sous le couvert de leur berlinisme de longue date et de leur barbe grisonnante, ils diffament les touristes en manque, tout en oubliant un peu, qu'eux aussi Wahl-Berliner, ils ont jadis débarqué en masse de leur province d'Allemagne méridionale pour se débaucher à Sodome et Gomorrhe, en ignorant tout autant le retraité autochtone. Mais le temps passe et on oublie.


Tout ce que j'ai à leur dire c'est : bienvenue dans la société du tourisme de masse ! Berlin est la première ville allemande victime de ce que certains allemands ont fait et font subir aux pays de la côte méditerranéenne. Je vous invite juste à traverser les Ramblas et le Raval à Barcelone et me prétendre que le tourisme nord-européen n'y fait pas des ravages. Sans oublier Lloret de Mar, la billig-Babylone du Sud, où des masses de jeunes Abiturienten viennent fêter la fin de leur supplice éducatif prussien.


Regardez la côte catalane d'avant le boom touristique et l'actuelle. Comparez, et plaignez vous de la gentrification intenable que ces touristes de quelques mois sont supposés infliger à Berlin. Car sur ces côtes autrefois source d'inspiration de Dalí et Miró, les cabanes de pêcheurs ont disparu, remplacées par une longue plaque de béton reliant la France à Gibraltar. Et quid de Mallorca, le 17ème Bundesland allemand ? Où la culture comme la nature se retrouvent mises en scène pour le plaisir des touristes en soif d'exotisme. Olé !


Tout cette histoire me rappelle une émission diffusée par la très lowcost-Antena 3 espagnole où deux présentateurs insolents  s'adonnaient à une intéressante expérience. Ils visitaient Cologne et sa cathédrale, le Dom, dans l'attirail du guiri de base en Espagne : short, bikini, manches-courtes et claquettes, une bière à la main. Réaction de l'épiscopat : Hallooo! Oooh! Hey! Ca ne passe pas ! C'était la vengeance des Espagnols !


Alors s'il vous plait, amis berlinois aigris, n'oubliez pas que vous n'êtes pas les premiers à souffrir du tourisme de masse, vous êtes en fait quasiment les derniers à en découvrir ses désavantages. Et n'oubliez pas non plus que vous en tirez une bonne liasse de billets : 250 000 Berlinois vivent du tourisme.


(c) Photo YoHandy/flickr

Une pétanque du nord sans anisette

Par un beau dimanche ensoleillé, quoi de mieux qu’un bon jeu pour se retrouver entre amis au Mauerpark ou au Tiergarten ? Laissez de côté la bonne vieille pétanque : le Kubb, jeu tout en bois importé de Suède et dont les règles dateraient de l’ère des Vikings, vous fera passer un tout aussi bon moment

par Gwenaëlle Ily

Les règles rappellent un mélange du jeu de quille et des échecs. Sur un « terrain » rectangulaire, d’environ 5x8 mètres et délimité par de petites barres, deux équipes se font face avec cinq quilles (« Kubbs ») disposées devant chaque partie. Une quille représentant le roi est disposée au centre du terrain. Les joueurs de la première équipe lancent alors leurs six bâtons sur les quilles de l’équipe adverse avec pour but d’en faire tomber un maximum. Idéalement, le jet doit faire tourner les extrémités du bâton et le lancer en longueur est proscrit. Les Kubbs tombés sont récupérés et jetés par l’équipe B derrière la ligne centrale déterminée par la position du roi. Ils sont alors appelés les « Kubbs de champ ». Lorsque l’équipe B a à son tour lancé ses six bâtons, l’équipe A doit d’abord faire tomber ces Kubbs de champ avant de viser les Kubbs restants. L’équipe gagnante est celle qui fait tomber le roi après avoir abattu l’ensemble des Kubbs de l’adversaire.  
La popularité du Kubb a connu un regain dans les années 1990 et, depuis 1995, un championnat du monde annuel se tient sur l’île de Gotland, lieu où est apparu le Kubb. En attendant le championnat du monde, si ce jeu vous a convaincu, un Kubb Open « teuton » est aussi organisé le 6 juin prochain à Rostock !

Bon vous n’avez toujours rien capté ? Allez donc voir de plus près à quoi ça ressemble le schmilblick.


Pour les non-curieux, rien de mieux qu’une bonne vieille pétanque : 
Tous les samedis de 16 à 18h sur l’allée de la Schloßstr. (face au château de Charlottenburg, près de la salle de sport Baller). Apporter ses boules. Par temps pluvieux, ca tombe à l’eau…

Article publié de le numéro de juin de Berlin Poche.




The Ramones Museum

par Hélène Coineau

Flo Hayler est un fan inconditionnel de ce groupe new-yorkais, figure du punk des années 70. Plus jeune, il a suivi son groupe chéri partout en tournée, en Europe et aux Etats-Unis. Il y claque tous ses sous et ses jeunes années, et accumule une impressionnante collection de reliques : 33-tours, photos, t-shirts, billets de concerts, baguettes et converses de Marky, jeans de Johnny… Aujourd’hui co-éditeur du fanzine Uncle Sally, il a tout fait de sa poche et à la force de ses mains, sans mécène. Le musée, c’est son œuvre rien qu’à lui.

C’est son rêve aussi. Avec son amie Svana, il ouvre un café à côté du musée pour accueillir des concerts acoustiques et échanger avec les fans qui viennent de très loin pour admirer sa collection. « The story has to be told ». Ce qu’il adore, c’est quand un visiteur entre ici et lui dit : « Cette anecdote qu’est écrite là sur ton mur, c’est faux. Moi j’y étais et ça s’est pas passé comme ça…» 

Avec un sourire enfantin et une logique désarmante, il explique : « Les Ramones ont changé ma vie de gamin mais aussi d’adulte. Tout ce que je suis, je le leur dois. Leur rendre hommage, c’était bien le minimum, non ? » Et puis plus troublant encore, cette explication qui tombe net : « Au départ, tous mes trucs Ramones étaient entassés dans mon petit appart. Ma copine ne pouvait plus les voir, elle a tout foutu au clou dans des cartons. Mais elles me manquaient tellement, mes choses Ramones, que j’ai cherché un moyen de les voir chaque jour. Pourquoi ne pas les exposer ? » C’est tellement simple qu’on ne trouve rien à redire…  

Du mardi au jeudi 8h30-18h, ven. jusqu’à 22h, sam. 10h-20h, dim. 12h-18h

3,50€

Krausnickstr. 23, S Oranienburger Tor

Concerts gratuits  (www.ramonesmuseum.com)

Article paru dans Berlin Poche du mois de mars.

Cap sur le Carnaval des Cultures

Cafebabel au coeur du Carnaval des Cultures. Un petit coup d'oeil dans les coulisses.
Par Sergio Marx

Samedi matin, il est 11 heures, tout le monde est déjà bien occupé: les costumiers dans leur atelier repensent une dernière fois les formes et couleurs des déguisements, les accessoiristes peignent les derniers éléments qui transformeront le camion en Nef des Fous. Les fous, eux, ne sont pas loin, ils répètent leur chorégraphie et se laissent envouter par la musique mystique de Zarco, le guitariste spiritique. Tout le monde y met du sien pour que dimanche, la nef fasse sensation.

La répétition du samedi.

Le Carnaval des Cultures est déjà bien entamé. Depuis deux jours les berlinois peuvent profiter des cultures du monde en flânant nonchalamment dans Kreuzberg: percussionistes kényans, cuisine antillaises, artisanat péruvien, personne ne manque à l'appel. Mais le point fort que nos fous attendent c'est le défilé géant qui traversera le quartier. Plus qu'un jour avant qu'un public se comptant en centaines de milliers vienne les admirer aux côtés des autres 4500 participants de plus de 70 nationalités différentes...

Des fous, c'est bien connu, il y en a partout, mais pour naviguer sur la nef berlinoise ceux-là viennent de loin. Des Allemands, Turcs et Français d’une moyenne d’âge de vingt ans se retrouvent dans ce projet de deux semaines se déroulant au Schlesische 27, un centre artistique et culturel pour jeunes, le tout pris en charge par des centres d'action culturelle dans les trois pays d'origines. Le but est simple : oublier le quotidien parfois difficile et s'épanouir à travers la danse, le travail en commun et la découverte d'une nouvelle culture. En effet, pour beaucoup de participants c'est le premier séjour en Allemagne, et même pour les Allemands, venant du Brandebourg, ces quelques temps à Berlin sont déjà un dépaysement.

Mais comment fonctionne un tel mic-mac multilingue ? Tout comme Cafebabel : tout est traduit! Ce qu'Aida la chorégraphe française explique, deux traductrices s'empressent de le traduire aussitôt, l'une en turc, l'autre en allemand. Dans les ateliers de peinture et de couture des panneaux d'affichage en trois langues permettent à chacun de chercher le mot qu'il faut pour se faire comprendre. Ainsi les trois langues sont constamment utilisées, mais comme c'est souvent le cas, le langage des signes fonctionne aussi !

Il ne reste plus que la répétition générale en costume de l’après-midi et tout sera prêt. La soirée devra être moins arrosée que les autres : on peut être fou mais il faut garder la forme pour le carnaval !

Une expérience humaine

De toute manière les participants sont déjà comblés. Ces quelques jours passés à Berlin ont permis de faire des découvertes et de lier des amitiés. Rudy qui est pompier à Lyon est ravi d'être venu : “On a parfois des préjugés face à la Turquie, ici j'ai rencontré des Turcs et j'ai pu me faire une idée par moi-même. Et puis je sais que je vais rester en contact avec les participants, surtout deux d'entre eux que je suis sûr de revoir plus tard“.

Dimanche…Cette fois ça y est, c'est le grand jour. Les fous ont sorti leurs plus beaux costumes et vont suivre leur nef en espérant qu'elle sache tenir le cap et éviter les récifs. Zarco trône, impassible, sur le navire. Par sa musique extravagante, il dirige en chef d'orchestre les fous qui entrent en transe : le public apprécie et se met parfois à dandiner en suivant la farandole frénétique, tout ce qu'il faut pour relancer les fous pour des heures de délire !

Mais la troupe ne s'arrêtera pas là. Après Berlin, elle continuera son chemin jusqu'à la biennale de la danse de Lyon en septembre et sera peut-être en 2009 en Turquie.

La Nef des Fous verra du pays, bon vent !

Karneval der Kulturen
Biennale de Lyon
Schlesische27

Agitation dans le métro

Par Matthias Jekosch (traduction : Sébastien Vannier)

Les métros circulent à nouveau après la grève. Comme ils m’ont manqué. Enfin, je n’ai plus besoin de pédaler sur mon vélo contre le vent. Enfin, je peux faire un trajet sans être trempé. Du coup, je m’assois dans un wagon, serein, au milieu d’un groupe de personnes apparemment éreintées par leur journée de travail. Un groupe de jeunes est en train de se chamailler. Deux d’entre eux sont en train de s’attaquer à un troisième. C’est apparement un jeu, énervant mais inoffensif. Mais tout d’un coup, un homme d’à peu près 70 ans se lève et se dirige en direction du groupe de jeunes. Et se met à crier « Was soll das ? » (qu’est-ce que vous vous foutez ?) tellement fort que même les rangs les plus éloignés du wagon en sont effrayés. Les trois jeunes se regardent alors. Le vieil homme répète sa question, élevant encore une fois la voix. Mais cette intrusion dans leur jeu ne plaît pas à un des trois jeunes. Il se fait un peu plus grand que ce qu’il n’est en vérité et s’approche du vieil homme, très très proche. « Was willst du ? » (qu’est-ce que tu veux ?) lui réplique-t-il et il ne s’agit certainement pas ici de vouloir lui vendre quoique ce soit. Pour un autre passager d’une vingtaine d’années et à la carrure sportive, c’en est trop. Il se lève, s’approche du jeune en question et lui dit de se calmer. La dispute s’interrompt aussi vite qu’elle n’avait commencé. Le vieil homme et les jeunes retournent chacun de leur côté. Les autres passagers se plongent de nouveau dans leur journal. Tant d’agitation. Mon vélo m’a manqué.

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