de Marina Skalova
Divertissement populaire, outil de propagande nazie ou support d’expression subversif : l’histoire des marionnettes aux couleurs bariolées qui égayent nos hivers berlinois en dit beaucoup sur le passé de la ville.

À
l’origine, il y a le Kasper,
l’équivalent du Guignol
de Mourguet.
Une figurine satirico-comique au long bonnet rouge et à
la robe d’Arlequin, qui sillonne les routes de Prusse dès la
fin du 18e
siècle, des
histoires abracadabrantes sur le bout des lèvres. Les
saynètes pleines d’humour où il apparaît
acquièrent une portée pédagogique avec la
création du Hohnsteiner
Puppentheater,
initié par Max
Jacob, dès
1921. Pendant plusieurs années d’intense création, ce
théâtre porte le personnage à son apogée,
notamment en le représentant sur le grand écran,
dans Der betrogene
Räuber.
Mais cela n'empêchera pas par la suite son déclin. En croisade pour l’ordre et la morale, la marionnette de Jacob devient l’un des média privilégiés de la propagande nazie. Au premier rang de toutes les fêtes officielles du NSDAP, elle est savamment utilisée à des fins idéologiques. Après la guerre, le tournant est radical. Accusés de compromission, les forains subissent une véritable purge. En RFA, les marionnettes disparaissent alors de la scène.
Mais de l’autre côté du Mur, un vent venu de l’Est leur donne un souffle nouveau. « En RDA, nos modèles venaient d’URSS, où le savoir-faire des marionnettistes était pleinement reconnu. Une importante variété de formes créatives en a découlé », se souvient Hans-Jochen Menzel, directeur du département de marionnettes à la Ernst-Busch-Schule de Berlin, créé en Allemagne de l’Est en 1971. « Nous avions un espace de liberté artistique important en RDA, mais en même temps, la censure était omniprésente », retrace-t-il. « C’était un peu un jeu de contourner, d’esquiver. La marionnette permet de dire différemment certaines choses, c’est ce que je trouve passionnant. » Le bonhomme de bois pour parer la langue de bois, en somme.
Ainsi font, font, font…
Interview et traduction de l’allemand | Camille Montagne et Elisabeth Perron
Selon George Sand, « les marionnettes n’amusent que les enfants et les gens d’esprit ». Silvia Brendenal, la directrice de l’incontournable institution de la marionnette qu’est la Schaubude, partage cet avis. Elle a surmonté avec succès les fêtes de fin d’année, durant lesquelles sa salle était tou-jours pleine : « comme si les parents se souvenaient qu’ils avaient des enfants ! ». Petit saut dans cet univers aussi éclectique que passionnant !
BP
: Comment se créent les spectacles, comment les
choisissez-vous ?
Silvia Brendenal : Certains artistes partent d’une marionnette pour créer une histoire, d’autres ont d’abord une idée puis construisent leurs marionnettes. Il n’existe pas de répertoire : nous sommes un théâtre de programmation. En ce sens, nous essayons d’avoir des créations diverses avec des troupes berlinoises, des festivals et des échanges avec d’autres pays.
Pouvez-vous nous expliquer les particularités des différents publics enfants et adultes ?
Les spectacles sont porteurs de messages plus ou moins explicites ; adultes et enfants peuvent s’enthousiasmer ensemble. Certaines pièces ne sont pas adaptées aux plus petits, mais il faut du haut niveau pour capter leur attention : c’est le public le plus difficile ! C’est une grande responsabilité car c’est souvent leur première expérience théâtrale.
Les marionnettes se rapprochent- elles du théâtre ?
Il y a des écoles de marionnettes comme la Ernst Busch qui a développé un cursus pour cette spécialité. Souvent visibles sur scène, les artistes se mélangent voire s’effacent derrière l’objet qui est le medium de l’expression. Les artistes sont humbles mais ils s’occupent de leur création de A à Z et animent eux-mêmes personnages, décors, musique et lumières ! Mon combat est de faire reconnaître la marionnette comme un art à part entière !
SCHAUBUDE GREIFSWALDER STR.81-84 FRÜHSTÜCK SPRELACART LES 27 ET 28 JAN | 20H | 7-10,50€
www.schaubude-berlin.de

L’essentiel « marionnettes » en janvier
L’historique : Das Puppentheater-Museum
Le musée de la marionnette de Berlin, installé depuis 16 ans dans la Karl Marx Str., propose diff érentes activités pour petits et grands. Les marionnettes exposées changent régulièrement, vous pourrez les découvrir à la lumière du jour ou dans le noir à la lampe de poche. Vous y trouverez un cinéma offrant un panel de films de marionnettes et ses spectacles : ce mois-ci au programme, Frau Holle des frères Grimm.
KARL MARX STR. 135 | U7 KARL MARX STR. www.puppentheater-museum.de FRAU HOLLE LES 19, 24, 26 JAN | 10H | 22 ET 29 | 16H | 3,70-5€ VISITE À LA LAMPE DE POCHE LES 6 ET 13 | 10H | 3-3,50€ (SUR RÉSERVATION) LANGE NACHT DER MUSEEN 28 JAN | 18-2H
Le formateur : Die Ernst Busch Schule au Maxim Gorki Theater
L’école Ernst Busch vous propose dès janvier, DER UNMENSCHLICHE MON- TAG. "Alles nur aus Liebe. Die totale Telenovela" Folge 1 au Maxim Gorki Theater. Jonas Knecht, enseignant à l’école, met en scène élèves et professeurs. Une réflexion sur l’humanité à travers la marionnette…
MAXIM GORKI THEATER AM FESTUNGSGRABEN 2 | S HACKESCHER MARKT LES 16 ET 23 JAN | 20H15
L’incontournable : Die Schaubude
La référence berlinoise propose notamment un festival en septembre et cette année, pour les 40 ans de la Ernst Busch Schule, des spectacles des élèves en juin. En janvier : Frühstück Sprelacart, entre clowns et marionnettes. Dans un décor de laine et de dentelle, nous assistons à un petit-déj’ relevant de l’absurde avec M. Hirche et O. Dassing ! (cf page précédente)
L’enfantin : FEZ
Le plus gros centre européen pour les enfants, les jeunes et la famille vous accueille au coeur du Waldpark. Kukla und die schöne Wassilissa est un conte sur le courage et la confiance en soi. Wassilissa est confrontée à des demi-soeurs cruelles qui l’abandonnent dans les bois, où elle est amenée à rencontrer l’affreuse sorcière Baba Yaga…
AN DER WUHLHEIDE 197 | S3 WUHLHEIDE www.fez-berlin.de KUKLA UND DIE SCHÖNE WASSILISSA 7 JAN | 14H30 + 16H | 8 JAN | 14H30 + 16H30
L’alternatif : Das Helmi
Projet fou monté par deux amis, Das Helmi se produit au Ballhaus Ost. Leurs productions naissent toujours d’idées originales, fruit d’un travail collectif, telles que l’adaptati on du film Léon de Luc Besson (le 12 à 20h) et Sexmission (les 13 et 14). Davantage pour adultes ! www.das-helmi.de
Articles publiés dans le numéro de janvier de Berlin Poche.

C'est au
Dans la presse berlinoise,
les articles se multiplient sur les „hordes de touristes“ qui
envahissent la ville, particulièrement en été.
De jeunes anglais post-prépubères en quête de
sensations forte(ement alcoolisées) s'adonnent à leur
discipline favorite : le Pub-Crawling, et des groupes d'innombrables Espagnols bruyants, arrogants et qui écorchent trois mots
d'anglais, ne respectent même pas les règles d'usages
germaniques de base : ne pas marcher sur la voie vélo,
attendre que le feu passe au vert, éviter les 120 décibels
après 22 heures. Les auteurs et blogeurs locaux s'en donnent
donc à coeur joie et tirent dans le tas. Sous le couvert de
leur berlinisme de longue date et de leur barbe grisonnante, ils
diffament les touristes en manque, tout en oubliant un peu, qu'eux
aussi Wahl-Berliner, ils ont jadis débarqué en masse de
leur province d'Allemagne méridionale pour se débaucher
à Sodome et Gomorrhe, en ignorant tout autant le retraité
autochtone. Mais le temps passe et on oublie.
Flo Hayler
est un fan inconditionnel de ce groupe new-yorkais, figure du punk des
années 70. Plus jeune, il a suivi son groupe chéri partout en tournée,
en Europe et aux Etats-Unis. Il y claque tous ses sous et ses jeunes
années, et accumule une impressionnante collection de reliques : 33-tours,
photos, t-shirts, billets de concerts, baguettes et converses de Marky,
jeans de Johnny… Aujourd’hui co-éditeur du fanzine Uncle
Sally, il a tout fait de sa poche et à la force de ses mains,
sans mécène. Le musée, c’est son œuvre rien qu’à lui.
Avec un sourire
enfantin et une logique désarmante, il explique : « Les Ramones ont
changé ma vie de gamin mais aussi d’adulte. Tout ce que je suis,
je le leur dois. Leur rendre hommage, c’était bien le minimum, non ? »
Et puis plus troublant encore, cette explication qui tombe net : « Au
départ, tous mes trucs Ramones étaient entassés dans mon petit appart.
Ma copine ne pouvait plus les voir, elle a tout foutu au clou dans des
cartons. Mais elles me manquaient tellement, mes choses Ramones, que
j’ai cherché un moyen de les voir chaque jour. Pourquoi ne pas les
exposer ? » C’est tellement simple qu’on ne trouve rien à redire… 








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