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Babel Berlin en Français

La capitale allemande au cœur d'Europe.

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mardi, 20/05/2008

Was'n dit!? High Noon

Dans cette série de Babel Berlin, des allemands et d'autres européens berlinois se demandent réciproquement en bon dialecte Berlinois: "Was'n dit !?" („Mais ? C'est quoi ce truc !?") Ainsi découvrent-ils les grandes et petites curiosités de la ville et essayent de comprendre de quoi il en ressort.

Depuis la création de « Was'n dit !?» la tension au sein de la rédaction de Berlin Babel Blog a atteint un paroxysme sans précédents. L'atmosphère devient peu à peu insoutenable. On entendrait les mouches voler si les rédacteurs arrêtaient de se crêper le chignon à longueur de journée. En effet, dans cette rubrique, berlinois de toujours ou de longue date se confrontent aux nouveaux venus dans un duel verbal haut en couleur faisant pâlir d'effroi les personnages les plus virils des westerns spaghettis les plus mythiques...

Rendez-vous à l'heure de la sieste sur la grand-rue déserte, Colt à la ceinture, Santiags aux pieds, chique entre les dents et sueur dégoulinant sous le soleil de plomb. On va finalement en découdre et mettre les point sur les 'i' à base de six-coups et de Winchester. John Wayne n'a qu'à bien se tenir.

La dernière fois c'était le célèbre Karsten Eastwood, le bandolero le plus rapide de tout l'Est de la Spree qui me défiait en duel. Mon sang ne fit qu'un tour, il fallait garder la tête froide, la sienne étant déjà mise à prix dans plus de huit états fédéraux. Mais même le shérif faisait cette fois la sourde oreille.

Karsten ignora délibérément la traditionnelle série d'insultes envers ma génitrice pour décocher directement une balle de 8mm à bout portant là où ça fait mal :

« Les nouveaux babeliens berlinois ne sont que des girouettes schizophrènes. Ils encensent l'ordre et l'efficacité des allemands, mais ils viennent ensuite s'installer, ici, dans l'Est où tout est un peu plus sale, en désordre et aventureux que dans l'Ouest. Ensuite vous osez nous dire ennuyeux et non spontané, mais les meilleures fêtes, les bars d’avant-garde, les artistes et les squatts les plus fous, c'est bien à l'Est de la Spree qu'ils se trouvent... Alors, que veux-tu donc jeune blanc-bec? ... Ton arrogance ne me fait en réalité que doucement sourire... »

Les temps sont durs à Berlin City.

Se sentir pionnier à Berlin-City

Ce desperado savait s'exprimer, si je ne me ressaisissais pas, la situation allait devenir critique. Mais que faire ? Mon regard se porta alors au loin, là où se trouve la tour centrale du télégraphe et l'inspiration me vînt :

« C'est bien vrai, Eastwood. Quand nous arrivons à Berlin-City après avoir traversé les longues plaines, nous avons tous l'âme de pionniers et croyons découvrir l'Eldorado. Tout sera ici plus facile pensons-nous, les problèmes de la vie quotidienne disparaîtront, le blé poussera à foison, il ne nous faudra qu'attendre les moissons pour en profiter. Comme des chercheurs d'or du Klondike, nous courons enivrés vers tout ce qui nous apporte plaisir et surprise… »

« Car les lumières de la ville nous éblouissent, Eastwood, et la folie de la fête nous fait perdre raison. Nous recherchons ce qui semble intrigant et qui cache un mystère, voilà pourquoi nous nous retrouvons dans l'Est, là où le shérif semble plus compréhensif avec les sauvageons que nous sommes... »

« Mais cette ivresse des premiers instants peut se révéler n'être qu'un mirage laissant place à une amère déception. Au fond, cet Eldorado que nous croyions être si différents, porteur d'une spiritualité et d'une vérité différente, est en fait peuplé d'hommes tout comme nous, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs qualités et leurs défauts. Nous leurs faisons alors des reproches car ils ne sont pas tels que nous les avons imaginés, tout comme il arrive parfois dans une histoire d'amour précipitée que l'on idéalise sa bien-aimée. Mais suite à ce désenchantement nous revenons à la raison et apprenons à connaître et à aimer les autochtones tels qu'ils sont et non tels que nous voudrions qu'ils soient... et c'est bien pour cela que nous trouvons notre place ici et que nous restons, car nous aimons cette ville et même si parfois nous l'oublions, cette ville nous aime aussi. Berlin-City a bien plus à nous offrir que tout ce que nous avons à lui donner. »

Le visage de Karsten Eastwood changea alors d'expression, les sourcils froncés se détendirent, le regard d'acier se relâcha et une larme coula lentement le long de sa joue pour aller s'écraser sur la poussière de la grand-rue. Comme un seul homme nous lâchâmes nos Colts et nous nous jetâmes fraternellement dans les bras l'un de l'autre. Nous passâmes le reste de la journée au saloon d'à côté à vider des shots de whisky écossais et à fumer de gros cigares cubains tout en rigolant comme des amis de vingt ans.

La nuit tomba lentement, le saloon se vida peu à peu, mais nous étions toujours là à refaire le monde. C'est alors que j'osai finalement lui poser la question fatidique:

« –Euh, dis-moi Karsten, il y a quelque chose qui me turlupine depuis quelques temps déjà. Tu vois comment sont faites les toilettes allemandes, avec la sorte de plate-forme qui fait que tes excréments ne tombent dans l'eau que quand tu tires la chasse ? –Oui et alors ? –Ben, je trouve ca un peu dégueulasse, c'est vraiment bizarre, was'n dit !? –Quoi ?! Qu'est ce que c'est que ça ?! Tu ne respectes pas nos coutumes ?! Viens sur la grand-rue, on va régler ça tout de suite si t'es un homme !»

Le problème sera réglé d’homme à homme ou de femme à homme. Vous pouvez en avoir le cœur net, chers lecteurs. Ndlr

lundi, 17/03/2008

Was’n dit !? Pourquoi les Allemands aiment voir rouge ?

Dans cette série de Babel Berlin, des allemands et d'autres européens berlinois se demandent réciproquement en bon dialecte Berlinois: "Was'n dit !?" („Mais ? C'est quoi ce truc !?") Ainsi découvrent-ils les grandes et petites curiosités de la ville et essayent de comprendre de quoi il en ressort.
par Karsten Marhold

Petit rappel : lors du dernier épisode, notre rédacteur français, Sébastien Vannier, se demandait si nous, les Allemands, n’étions pas un peu trop respectueux de la loi. En effet, il avait constaté, étonné, qu’apparemment, les piétons allemands ne traversent pas au rouge, même quand il apparaît clairement qu’aucune voiture ne peut franchir le passage piéton.

Je voulais en avoir le cœur net et j’ai essayé de traverser le plus souvent possible au rouge à Berlin. Résultats de ce test : il est difficile, à un feu « normal » de Berlin, ne peut pas ne traverser qu’au vert. Les feux allemands sont simplement meilleurs que leurs vis-à-vis français ou italiens. La plupart ne sont vraiment rouges, que quand il y a effectivement du trafic. Lorsqu’on essaye, comme moi, de traverser intentionnellemnt au rouge, le petit bonhomme vert nous en empêche. On pourrait presque penser, qu’il observe de manière attentive et bienveillante la rue et qu’il fait disparaître son collègue rouge sitôt le danger parti.

Mais il n’y a pas que nos petits bonhommes à être attentifs et bienvieillants. Les Allemands aussi. En effet, ils ne traversent pas au rouge car des enfants pourraient regarder. Et au vu de la coordination entre phases de trafic et couleurs du feu, cette attention pour nos jeunes est amplement justifiée. Pendant que nos voisins européens doivent expliquer à leur progéniture de trois ans, comment faire la balance entre la valeur de la vie, la maxime « le temps, c’est de l’argent », et l’orgeuil, il existe chez nous une règle très simple : rouge = ne pas traverser. Nous devons vivre avec mais cela signifie aussi que nos jeunes peuvent réussir tout seul à rentrer de l’école. Grâce à ce respect des lois, donc, les jeunes Allemands sont capables tôt de se débrouiller tout seuls.

Le petit bonhomme rouge, version Berlin Est.

Des idées au rouge

En réalité, nous avons déjà notre petite réflexion sur notre comportement au rouge. Réfléchir est d’ailleurs une de nos activités préférées en Allemagne, réputée pour être le pays des penseurs et des poètes. Qui a dit que ces petits moments d’arrêt ne seraient pas l’occasion de s’attarder sur une idée ? Lors de journées épuisantes, pourquoi ne pas prendre le temps de faire une petite pause ça ou là ? Combien de bonnes idées ont vu le jour en attendant que le feu passe au vert ?

Mais si l’attente au rouge devait être un symbole de l’Allemagne moderne, alors nous serions bien servis. Dans le passé en effet, avons-nous peut-être ignoré de manière présomptueuse et inconsciente certains de ces « feux rouges », au sens figuré, parfois intentionnellement, parfois non. Nous sommes donc devenus plus prudents. Même lorsque nous nous sentons en sécurité, comme c’était le cas auprès de ce feu dans la rue de l’ambassade américaine à Berlin, nous préfèrons y regarder à deux fois. Et de toutes façons, le temps de faire tout ça, notre récompense verte est déjà arrivée.

La question initiale n’était pas facile à résoudre. La question pour vous, chers européens, ne sera pas plus facile. Car selon la forme du moment, vous faites l’éloge de l’ordre, de la propreté et de l’organisation parfaite de notre ville. Vous pensez que nous sommes trop respectueux de la loi et vous vous réunissez à Berlin Est où tout est un peu plus sale, chaotique et aventureux. Vous nous qualifiez d’ennuyeux et pas spontané. Mais vous participez aux meilleurs fêtes avec nous. Se pose donc la question : comment se comporter correctement pour vous ? Ou mieux : à quoi ressemble un Berlinois typique ?

mercredi, 27/02/2008

Was'n dit !? Pourquoi ne pas traverser au rouge dans une rue sans voiture ?

Dans cette nouvelle série de Babel Berlin, des allemands et d'autres européens berlinois se demandent réciproquement en bon dialecte Berlinois: "Was'n dit !?" („Mais ? C'est quoi ce truc !?") Ainsi découvrent-ils les grandes et petites curiosités de la ville et essayent de comprendre de quoi il en ressort. Sébastien Vannier était aujourd'hui à Mitte, en centre-ville, où il a pu observer un phénomène tout aussi allemand que dérangeant pour un public non averti.
par Sébastien Vannier

Dans quelques temps, l’ambassade des Etats-Unis déménagera sur la Pariser Platz et mettera ainsi fin à un phénomène particulièrement intéressant à observer pour un Français à Berlin. En effet, quand il s’agit de défense, nos amis d’outre-Atlantique ne font pas dans la demi-mesure et le périmètre de sécurité entourant l’emplacement actuel de l’ambassade américaine ne bloque pas moins d’un bon pâté de maison. Entre Friedrichstrasse et la Brandenburger Tor, tant qu’à faire. Mais bien qu’il s’agisse d’un sport fort apprécié dans l’Hexagone, il ne s’agit pas ici de sombrer dans un anti-américanisme tentant mais plutôt de s’intéresser à ce que ces mesures (ultra-)sécuritaires permettent de révéler sur le comportement de la population de Berlin.

Le poste d’observation est donc le suivant : nous sommes à l’angle de la rue Neustadtiche Kirchstrasse, bloquée 50 mètres plus loin par les énormes blocs de béton de l’ambassade, et de l’avenue Unter den Linden. Pour traverser la Neustadtiche Kirchstrasse, bloquée je le rappelle, un passage piéton avec un feu. Il serait faux de dire qu’aucune voiture ne traverse jamais ce passage piéton. Pendant mes 20 minutes d’observation assidue, en effet, j’ai pu dénombrer deux voitures. La première a bien tenté de pénétrer dans cette rue mais pour faire aussitôt demi-tour. Le conducteur s’était sans doute rendu compte trop tard que la rue était bloquée ou alors avait réalisé au dernier moment l’inutilité de perpétrer un attentat en lançant une Polo sur 4 blocs de bétons. La deuxième est sortie lentement de l’ambassade sous la vigilance des policiers car un étroit passage est quand même accessible pour les employés. Deux voitures en vingt minutes. Même les routes perdues de Bavière un dimanche matin sont plus animées. Pourtant le feu fonctionne bel et bien. 1 minute de rouge. 30 secondes de vert. 1 minute de rouge, 30 secondes de vert… Mais là non plus l’intéressant n’est pas vraiment d’observer le trafic routier, ou, à vrai dire, l’absence de trafic routier dans cette rue mais plutôt l’énergie surprenante que les passants mettent à résister à la tentation de traverser au rouge.

C'est ici que tout se passse: Le croisement devant l'ambassade Americaine.

Soyons clairs, en France, la loi de la rue est la suivante : je traverse quand les risques d’accident mortel sont inférieurs à 80%. 90% à Paris. Ma fascination est donc grande à ce coin de rue de voir avec quel soin les habitants de Berlin attendent patiemment que le petit bonhomme passe au vert pour traverser. Par souci d’objectivité, il faut avouer que certains téméraires bravent les interdits. On les voit d’abord avancer d’un pas, hésitants, puis vérifier après plusieurs reprises que, vraiment, aucune voiture n’osera se lancer contre ces blocs de béton, puis traverser la rue au pas de course en faisant bien garde d’éviter le regard inquisiteur de ceux qui attendent patiemment de l’autre côté. Quand un des ces aventuriers fougueux a fait le grand saut, les réactions se révèlent différentes. Certains se sentent pousser des ailes, se disant, si on m’embête, c’est pas moi qu’ai commencé, et se lancent à leur tour. D’autres, jaloux de ce courage inconscient, font un pas, mais n’osent pas plus. La plupart reste stoïque et méprise, intérieurement ou pas, ces impénitents qui violent ainsi la loi.

La question est donc posée : comment expliquer cette différence interculturelle assez flagrante, révélée ici par un exemple caricatural ? Pourquoi les Allemands sont-ils si pointilleux sur le respect des règles et cela ne concerne-t-il que ce feu rouge ? Réponse au prochain épisode.