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Was'n dit!?

Les dix leçons à tirer du convoi nucléaire (Electorallemand)

Ça y est. Après un week-end de suspens international, le convoi de déchets radioactifs est enfin arrivé sur le site de Gorleben ce mardi. Petit bilan détaillé et décalé de cette épopée franco-allemande.

Article publié le 11 novembre par Sébastien Vannier sur le blog Electorallemand

1 - Maintenant, les Francais aussi savent ce que c’est que le Castor. Non, parce que jusque-là, quand j’essayais de parler du Castor, on me regardait avec des yeux plein de pitié pour ces journalistes qui, épuisés par le stress de leur métier, déliraient dans leur burn-out permanent. Non, ce transport de déchets radioactifs est bien surnommé en allemand le Castor. Acronyme de « cask for storage and transport of radioactive material ». Ouais, c’est un peu tiré par les poils comme acronyme, mais « cfsatorm », c’est pas cool comme nom.

2 - 50 000 manifestants selon les organisateurs. Plusieurs dizaines de milliers selon la police. Le compte est bon. Les différents comptes convergent. Donc, police et syndicats francais contestent ces chiffres pas du tout crédibles.

3 - 50 000 personnes contre un Castor ! Scandale ! Que font les écolos ? Ah bah voilà, ils se mobilisent pour une gare ou un train, mais quand il s’agit de sauver une pauv’ bête sans défense…

4 - Justin Bieber tient à signaler que lui a réuni encore plus d’ennemis sur un nom de Castor (je décline la responsabilité de cette blague sur mon ami Mathieu)

5 - L’amitié franco-allemande, il y a que ça de vrai. Les entreprises d’énergie qui travaillent main dans la main : Tiens, je te file mes déchets, tiens je te les refile. Les forces de police qui travaillent ensemble avec ce renouvellement de la garde symbolique à Kehl. Les anti-nucléaires des deux pays presque au même niveau : 2000 sur la route à Gorleben, 7 (dont un Allemand) à Caen. Vraiment, De Gaulle (c’est actuel) et Adenauer seraient fiers de ce beau week-end.

6 - 92 heures pour faire Valognes – Gorleben, c’est quand même pas top. Frank Cammas parie qu’il pourrait faire mieux en prenant les fûts sur son multicoque. Bon, en cas d’avarie évidemment, ca peut faire tâche.

7 - BP aurait eu vent (ah ah) de cette proposition et proposerait de sponsoriser le bateau. Disons qu’ils ont une image à améliorer en ce moment. On pourrait le rebaptiser la loutre, mais bon, c’est pas l’acronyme de grand-chose la loutre.

8 - Plusieurs dizaines de millions d’euros pour payer ce trajet en train. Les gars, vous le saviez depuis des mois que vous feriez le trajet, pourquoi vous avez pas pris de billets Prem’s ? En plus, le premier Castor, c’était en 1995, vous auriez pu faire jouer la carte 12-25. Non, mal calculé là.

9 - Ok, j’avoue, il y avait aussi un trajet en voiture. Mais pour économiser un peu, il y a le covoiturage (en plus c’est écolo, ça). J’imagine l’annonce : Moi et mes dix copains radioactifs cherchont véhicule pour faire le trajet Dannenberg-Gorleben (20 km). Rendez-vous à la gare de Dannenberg le dimanche à 8h. Petit retard de 40 heures éventuellement. Ouais, à la réflexion, c’est vrai que ca aurait peut-être pas marché.

10 - Riri, Fifi, Loulou ainsi que les castors lapons hermaphrodites déclinent toute responsabilité dans cette affaire.

Gentrification toi-même

Dans un billet précédent (en allemand), ma collègue Christiane témoignait du phénomène de gentrification à Berlin. J'ai voulu répondre à ce premier article à travers le post suivant sur le blog Electorallemand :

Mais qu'est-ce que la gentrification ? N'importe quel nouveau venu à Berlin se trouve un jour confronté à ce terme a priori rebutant. Dans la capitale allemande en effet, la gentrification est visible à chaque coin de rue.




Pourquoi un post sur la gentrification - Gentrifizierung en allemand ? Parce que lors d'une réunion de rédaction récente de Café Babel, le thème est venu sur la table et ma collègue Christiane Lötsch a publié un excellent témoignage sur le sujet. Parce que le quotidien berlinois TAZ a publié une très bonne série sur le sujet et le Tagesspiegel a repris des photos saisissantes de l'évolution de Berlin. Je me suis dit qu'il serait donc bon aussi de présenter ce phénomène en français.

C'est là que tout a commencé

La gentrification (que les Berlinois nomment parfois Yuppisierung ce qui est assez drôle en fait) est un processus d'évolution urbaine. Pour essayer de le résumer, mettons-nous en situation :

- D'abord, il faut un quartier tout pourri mais de préférence situé en centre-ville. A Berlin, ça tombe bien, ça concernait quasiment toute la partie Est juste après la chute du Mur.

- Qui dit quartier tout pourri, dit loyers peu élevés. Qui dit loyers peu élevés dit installation de ceux qui ont peu d'argent. Qui ça ? Les étudiants, les artistes, etc.. Le quartier est classé alternatif, bien à gauche.

- Les étudiants étudient. Les artistes artistent. Et gagnent de l'argent. Les investisseurs immobilier sentent le bon filon, rénovent les immeubles et font augmenter les loyers. Le quartier passe d'alternatif à branché (vous noterez la métaphore filée électrique en passant).

- Ceux qui ont de l'argent (les anciens étudiants qui travaillent désormais, les artistes qui exposent désormais et surtout les plutôt riches venus de l'extérieur) sont les seuls à encore pouvoir encore habiter dans ce quartier. Les magasins s'adaptent à cette nouvelle population : Bienvenue à Starbuck Coffee et son café macchiato, Hugo Boss et plein de petits-magasins-trop-choux-vraiment-super-agréables.

- Le quartier est inabordable pour les jeunes étudiants et artistes qui sont gentiment priés de quitter les lieux (ah, l'argument du porte-monnaie) pour aller gentrifier un autre quartier.

Hackescher Markt et Prenzlauer Berg déjà perdus

A Berlin, il est plus ou moins facile de déterminer quel quartier a atteint quel stade de gentification. Le Hackescher Markt est déjà à l'étape ultime, celle du schiky-micky. Prenzlauer Berg est devenu une caricature de quartier avec tous-ses-petits-magasins-et-ses-petits-cafés-sympa (il faut prendre une voix fleur bleue pour prononcer tout ça en une seule respiration). La Kollwitz Platz par exemple est érigée en symbole de boboïsation. Ici c'est le paradis (ou l'enfer, tout ça es relatif) pour les petits-bouts-de-choux-trop-mignons-dans-leurs-poucettes-à-1500-euros (prononcer toujours avec la même voix).

Neukölln et Wedding, prochains sur la liste ?

D'autres "Kiez" de Berlin se rapprochent de ce sommum : le coin Simon-Dach-Strasse dans Friedrichshain, à un moindre niveau Kreuzberg (v. photo du squat de Köpi) et son Kreuzkölln (rien que le nom mélange de Kreuzberg et Neukölln n'annonce rien de bon). Neukölln, que l'on me présentait comme une zone de non-droit au moment où je suis arrivé (en 2006 une éternité) attire désormais de plus en plus d'étudiants et artistes. Mais là, il faudra que beaucoup d'eau passent sous les ponts de la Spree avant que le quartier soit gentrifié. Quant à Wedding, le quartier rouge et ouvrier, je vous préviendrai de l'intérieur quand il se gentrifiera mais a priori ça va durer aussi. Après, il sera toujours temps de fuir vers Marzahn ou Lichtenberg !

Dans ma Benz, Benz, Benz

Il ne faut pas croire que les Berlinois se laissent faire. Les innombrables incendies de grosses voitures dans les quartiers de Prenzlauer Berg, de Friedrichshain ou Kreuzberg sont là pour montrer aux nouveaux venus et à leurs Mercedes qu'ils ne sont pas en terrain conquis. Mais une fois l'article de presse et l'assurance passés, on oublie et on recommence.

A quand un Berlin intra-muros ?

Question de fond donc : Berlin, à l'identité urbaine si particulière risque-t-elle de finir comme Paris (le cauchemar de tous les Français exilés) ? Avec un centre ville inabordable et tout le reste de la population repoussé en banlieue. La "banlieue", un terme qui ne correspond presque à rien à Berlin mais, qui sait, peut-être qu'un jour le Ring-Bahn (ligne RER qui fait le tour de Berlin) servirait à délimiter la petite couronne berlinoise ? Gentrification quand tu nous tiens.

Pour suivre l'actualité à Berlin et en Allemagne : le blog Electorallemand

Was’n dit – De l’utilité (ou pas) du printemps berlinois

Dans cette série de Babel Berlin, des Allemands et d'autres Européens berlinois se demandent réciproquement en bon dialecte Berlinois: "Was'n dit !?" („Mais ? C'est quoi ce truc !?") Ainsi découvrent-ils les grandes et petites curiosités de la ville et essayent de comprendre de quoi il en ressort.

Quand on arrive de France, surtout de l’Ouest, on vit dans un monde un peu naïf où une année serait divisée en quatre saisons : l’automne et les feuilles qui tombent, l’hiver froid et la neige qui tombe, le printemps où tout fleurit et l’été, la chaleur et les vacances. Elémentaire, mon cher Watson ? C’est ce que j’ai toujours cru avant d’arriver à Berlin. C’est d’ailleurs pour ça que j’avais acheté une veste de printemps que l’on appelle ainsi car c’est une veste que l’on met au printemps, après la doudoune d’hiver et avant le T-shirt d’été. En réalité, la veste de printemps est un énorme attrape-touristes, du même acabit que les vrais bouts de mur certifiés conformes, assurés vraiment si-si on vous jure. Ou plutôt un attrape-néo-Berlinois, de ceux qui vivent leur premier mois de mars-avril à Berlin.

En effet, j’avais été surpris la première fois lors que j’étais arrivé à Berlin au mois de mars. Cette hystérie collective des Berlinois quand IL a fait son apparition. « IL » ? C’est bien sûr LE premier rayon de soleil. Tout d’un coup (et quand je dis tout d’un coup, c’est vraiment l’espace d’une demi-heure), l’ensemble de la ville se jette sur les terrasses, enfile ses lunettes de soleil de mouche (pour se protéger DU rayon de soleil) et commande une glace, allez, soyons fous. J’avais d’abord été un peu effrayé de cet orgasme climatique collectif (sur lequel je ne m’étendrais pas car cet article devrait sinon passer dans la rubrique Berlin aber sexy) puis j’ai compris. J’ai en effet vécu l’Hiver berlinois avec un grand H. L’Hiver qui commence début octobre et qui finit fin mars. Six mois. Six mois sans voir le ciel et a fortiori le soleil. Six mois de gris clair, de gris foncé, de pluie, de neige pas belle, de re-pluie, de vent sibérien, de -21° à l’ombre. Comme si il y avait autre chose que de l’ombre. Alors j’ai vu. J’ai vu une ville en hibernation, guettant la moindre montée du mercure ou se résignant à l’idée que plus jamais le ciel ne serait bleu. Alors, bizarrement je me suis mis aussi, moi qui était athée en ce domaine, à croire en LUI, en ce rayon de soleil qui était aller se dorer la pilule dans le 17e Bundesland allemand à Mallorca.

Peut-être touché par cette prière collective, IL a fait une de ces apparitions à vous scotcher plus d’un climatologue. Sournois comme un suricate, il est arrivé juste avant le 1er avril, d’un coup d’un seul. Et là, tout a explosé, les terrasses, les parcs, les plages, les piscines, les marchands de glace, les unes des journaux : IL est revenu. IL est tellement revenu qu’il nous a foutu un beau + 15° en une semaine. Un jour les gants, le lendemain la crème solaire. Un jour le chauffage sur 5, le lendemain les fenêtres ouvertes toute la journée.

Et la crise dans tout ça ? me direz-vous. Pff, Berlin est en crise depuis tellement longtemps que c’est pas ça qui va gâcher l’apparition du premier rayon de soleil. Ici, le leitmotiv, c’est déjà comment vivre avec le moins d’argent possible et trouver toutes les occupations alternatives pour chercher voir se créer son propre boulot. Les Berlinois sont encore une fois, bien malgré eux, précurseurs en ce domaine. Donc, au diable la crise et vive les piscines ! Et ma veste de printemps dans tout ça ? Inutile à 3°, elle l’est tout autant à 20°. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot, je vais la refourguer au prochain néo-Berlinois que je croise !

Was'n dit!? High Noon

Dans cette série de Babel Berlin, des allemands et d'autres européens berlinois se demandent réciproquement en bon dialecte Berlinois: "Was'n dit !?" („Mais ? C'est quoi ce truc !?") Ainsi découvrent-ils les grandes et petites curiosités de la ville et essayent de comprendre de quoi il en ressort.

Depuis la création de « Was'n dit !?» la tension au sein de la rédaction de Berlin Babel Blog a atteint un paroxysme sans précédents. L'atmosphère devient peu à peu insoutenable. On entendrait les mouches voler si les rédacteurs arrêtaient de se crêper le chignon à longueur de journée. En effet, dans cette rubrique, berlinois de toujours ou de longue date se confrontent aux nouveaux venus dans un duel verbal haut en couleur faisant pâlir d'effroi les personnages les plus virils des westerns spaghettis les plus mythiques...

Rendez-vous à l'heure de la sieste sur la grand-rue déserte, Colt à la ceinture, Santiags aux pieds, chique entre les dents et sueur dégoulinant sous le soleil de plomb. On va finalement en découdre et mettre les point sur les 'i' à base de six-coups et de Winchester. John Wayne n'a qu'à bien se tenir.

La dernière fois c'était le célèbre Karsten Eastwood, le bandolero le plus rapide de tout l'Est de la Spree qui me défiait en duel. Mon sang ne fit qu'un tour, il fallait garder la tête froide, la sienne étant déjà mise à prix dans plus de huit états fédéraux. Mais même le shérif faisait cette fois la sourde oreille.

Karsten ignora délibérément la traditionnelle série d'insultes envers ma génitrice pour décocher directement une balle de 8mm à bout portant là où ça fait mal :

« Les nouveaux babeliens berlinois ne sont que des girouettes schizophrènes. Ils encensent l'ordre et l'efficacité des allemands, mais ils viennent ensuite s'installer, ici, dans l'Est où tout est un peu plus sale, en désordre et aventureux que dans l'Ouest. Ensuite vous osez nous dire ennuyeux et non spontané, mais les meilleures fêtes, les bars d’avant-garde, les artistes et les squatts les plus fous, c'est bien à l'Est de la Spree qu'ils se trouvent... Alors, que veux-tu donc jeune blanc-bec? ... Ton arrogance ne me fait en réalité que doucement sourire... »

Les temps sont durs à Berlin City.

Se sentir pionnier à Berlin-City

Ce desperado savait s'exprimer, si je ne me ressaisissais pas, la situation allait devenir critique. Mais que faire ? Mon regard se porta alors au loin, là où se trouve la tour centrale du télégraphe et l'inspiration me vînt :

« C'est bien vrai, Eastwood. Quand nous arrivons à Berlin-City après avoir traversé les longues plaines, nous avons tous l'âme de pionniers et croyons découvrir l'Eldorado. Tout sera ici plus facile pensons-nous, les problèmes de la vie quotidienne disparaîtront, le blé poussera à foison, il ne nous faudra qu'attendre les moissons pour en profiter. Comme des chercheurs d'or du Klondike, nous courons enivrés vers tout ce qui nous apporte plaisir et surprise… »

« Car les lumières de la ville nous éblouissent, Eastwood, et la folie de la fête nous fait perdre raison. Nous recherchons ce qui semble intrigant et qui cache un mystère, voilà pourquoi nous nous retrouvons dans l'Est, là où le shérif semble plus compréhensif avec les sauvageons que nous sommes... »

« Mais cette ivresse des premiers instants peut se révéler n'être qu'un mirage laissant place à une amère déception. Au fond, cet Eldorado que nous croyions être si différents, porteur d'une spiritualité et d'une vérité différente, est en fait peuplé d'hommes tout comme nous, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs qualités et leurs défauts. Nous leurs faisons alors des reproches car ils ne sont pas tels que nous les avons imaginés, tout comme il arrive parfois dans une histoire d'amour précipitée que l'on idéalise sa bien-aimée. Mais suite à ce désenchantement nous revenons à la raison et apprenons à connaître et à aimer les autochtones tels qu'ils sont et non tels que nous voudrions qu'ils soient... et c'est bien pour cela que nous trouvons notre place ici et que nous restons, car nous aimons cette ville et même si parfois nous l'oublions, cette ville nous aime aussi. Berlin-City a bien plus à nous offrir que tout ce que nous avons à lui donner. »

Le visage de Karsten Eastwood changea alors d'expression, les sourcils froncés se détendirent, le regard d'acier se relâcha et une larme coula lentement le long de sa joue pour aller s'écraser sur la poussière de la grand-rue. Comme un seul homme nous lâchâmes nos Colts et nous nous jetâmes fraternellement dans les bras l'un de l'autre. Nous passâmes le reste de la journée au saloon d'à côté à vider des shots de whisky écossais et à fumer de gros cigares cubains tout en rigolant comme des amis de vingt ans.

La nuit tomba lentement, le saloon se vida peu à peu, mais nous étions toujours là à refaire le monde. C'est alors que j'osai finalement lui poser la question fatidique:

« –Euh, dis-moi Karsten, il y a quelque chose qui me turlupine depuis quelques temps déjà. Tu vois comment sont faites les toilettes allemandes, avec la sorte de plate-forme qui fait que tes excréments ne tombent dans l'eau que quand tu tires la chasse ? –Oui et alors ? –Ben, je trouve ca un peu dégueulasse, c'est vraiment bizarre, was'n dit !? –Quoi ?! Qu'est ce que c'est que ça ?! Tu ne respectes pas nos coutumes ?! Viens sur la grand-rue, on va régler ça tout de suite si t'es un homme !»

Le problème sera réglé d’homme à homme ou de femme à homme. Vous pouvez en avoir le cœur net, chers lecteurs. Ndlr

Was’n dit !? Pourquoi les Allemands aiment voir rouge ?

Dans cette série de Babel Berlin, des allemands et d'autres européens berlinois se demandent réciproquement en bon dialecte Berlinois: "Was'n dit !?" („Mais ? C'est quoi ce truc !?") Ainsi découvrent-ils les grandes et petites curiosités de la ville et essayent de comprendre de quoi il en ressort.
par Karsten Marhold

Petit rappel : lors du dernier épisode, notre rédacteur français, Sébastien Vannier, se demandait si nous, les Allemands, n’étions pas un peu trop respectueux de la loi. En effet, il avait constaté, étonné, qu’apparemment, les piétons allemands ne traversent pas au rouge, même quand il apparaît clairement qu’aucune voiture ne peut franchir le passage piéton.

Je voulais en avoir le cœur net et j’ai essayé de traverser le plus souvent possible au rouge à Berlin. Résultats de ce test : il est difficile, à un feu « normal » de Berlin, ne peut pas ne traverser qu’au vert. Les feux allemands sont simplement meilleurs que leurs vis-à-vis français ou italiens. La plupart ne sont vraiment rouges, que quand il y a effectivement du trafic. Lorsqu’on essaye, comme moi, de traverser intentionnellemnt au rouge, le petit bonhomme vert nous en empêche. On pourrait presque penser, qu’il observe de manière attentive et bienveillante la rue et qu’il fait disparaître son collègue rouge sitôt le danger parti.

Mais il n’y a pas que nos petits bonhommes à être attentifs et bienvieillants. Les Allemands aussi. En effet, ils ne traversent pas au rouge car des enfants pourraient regarder. Et au vu de la coordination entre phases de trafic et couleurs du feu, cette attention pour nos jeunes est amplement justifiée. Pendant que nos voisins européens doivent expliquer à leur progéniture de trois ans, comment faire la balance entre la valeur de la vie, la maxime « le temps, c’est de l’argent », et l’orgeuil, il existe chez nous une règle très simple : rouge = ne pas traverser. Nous devons vivre avec mais cela signifie aussi que nos jeunes peuvent réussir tout seul à rentrer de l’école. Grâce à ce respect des lois, donc, les jeunes Allemands sont capables tôt de se débrouiller tout seuls.

Le petit bonhomme rouge, version Berlin Est.

Des idées au rouge

En réalité, nous avons déjà notre petite réflexion sur notre comportement au rouge. Réfléchir est d’ailleurs une de nos activités préférées en Allemagne, réputée pour être le pays des penseurs et des poètes. Qui a dit que ces petits moments d’arrêt ne seraient pas l’occasion de s’attarder sur une idée ? Lors de journées épuisantes, pourquoi ne pas prendre le temps de faire une petite pause ça ou là ? Combien de bonnes idées ont vu le jour en attendant que le feu passe au vert ?

Mais si l’attente au rouge devait être un symbole de l’Allemagne moderne, alors nous serions bien servis. Dans le passé en effet, avons-nous peut-être ignoré de manière présomptueuse et inconsciente certains de ces « feux rouges », au sens figuré, parfois intentionnellement, parfois non. Nous sommes donc devenus plus prudents. Même lorsque nous nous sentons en sécurité, comme c’était le cas auprès de ce feu dans la rue de l’ambassade américaine à Berlin, nous préfèrons y regarder à deux fois. Et de toutes façons, le temps de faire tout ça, notre récompense verte est déjà arrivée.

La question initiale n’était pas facile à résoudre. La question pour vous, chers européens, ne sera pas plus facile. Car selon la forme du moment, vous faites l’éloge de l’ordre, de la propreté et de l’organisation parfaite de notre ville. Vous pensez que nous sommes trop respectueux de la loi et vous vous réunissez à Berlin Est où tout est un peu plus sale, chaotique et aventureux. Vous nous qualifiez d’ennuyeux et pas spontané. Mais vous participez aux meilleurs fêtes avec nous. Se pose donc la question : comment se comporter correctement pour vous ? Ou mieux : à quoi ressemble un Berlinois typique ?

Was'n dit !? Pourquoi ne pas traverser au rouge dans une rue sans voiture ?

Dans cette nouvelle série de Babel Berlin, des allemands et d'autres européens berlinois se demandent réciproquement en bon dialecte Berlinois: "Was'n dit !?" („Mais ? C'est quoi ce truc !?") Ainsi découvrent-ils les grandes et petites curiosités de la ville et essayent de comprendre de quoi il en ressort. Sébastien Vannier était aujourd'hui à Mitte, en centre-ville, où il a pu observer un phénomène tout aussi allemand que dérangeant pour un public non averti.
par Sébastien Vannier

Dans quelques temps, l’ambassade des Etats-Unis déménagera sur la Pariser Platz et mettera ainsi fin à un phénomène particulièrement intéressant à observer pour un Français à Berlin. En effet, quand il s’agit de défense, nos amis d’outre-Atlantique ne font pas dans la demi-mesure et le périmètre de sécurité entourant l’emplacement actuel de l’ambassade américaine ne bloque pas moins d’un bon pâté de maison. Entre Friedrichstrasse et la Brandenburger Tor, tant qu’à faire. Mais bien qu’il s’agisse d’un sport fort apprécié dans l’Hexagone, il ne s’agit pas ici de sombrer dans un anti-américanisme tentant mais plutôt de s’intéresser à ce que ces mesures (ultra-)sécuritaires permettent de révéler sur le comportement de la population de Berlin.

Le poste d’observation est donc le suivant : nous sommes à l’angle de la rue Neustadtiche Kirchstrasse, bloquée 50 mètres plus loin par les énormes blocs de béton de l’ambassade, et de l’avenue Unter den Linden. Pour traverser la Neustadtiche Kirchstrasse, bloquée je le rappelle, un passage piéton avec un feu. Il serait faux de dire qu’aucune voiture ne traverse jamais ce passage piéton. Pendant mes 20 minutes d’observation assidue, en effet, j’ai pu dénombrer deux voitures. La première a bien tenté de pénétrer dans cette rue mais pour faire aussitôt demi-tour. Le conducteur s’était sans doute rendu compte trop tard que la rue était bloquée ou alors avait réalisé au dernier moment l’inutilité de perpétrer un attentat en lançant une Polo sur 4 blocs de bétons. La deuxième est sortie lentement de l’ambassade sous la vigilance des policiers car un étroit passage est quand même accessible pour les employés. Deux voitures en vingt minutes. Même les routes perdues de Bavière un dimanche matin sont plus animées. Pourtant le feu fonctionne bel et bien. 1 minute de rouge. 30 secondes de vert. 1 minute de rouge, 30 secondes de vert… Mais là non plus l’intéressant n’est pas vraiment d’observer le trafic routier, ou, à vrai dire, l’absence de trafic routier dans cette rue mais plutôt l’énergie surprenante que les passants mettent à résister à la tentation de traverser au rouge.

C'est ici que tout se passse: Le croisement devant l'ambassade Americaine.

Soyons clairs, en France, la loi de la rue est la suivante : je traverse quand les risques d’accident mortel sont inférieurs à 80%. 90% à Paris. Ma fascination est donc grande à ce coin de rue de voir avec quel soin les habitants de Berlin attendent patiemment que le petit bonhomme passe au vert pour traverser. Par souci d’objectivité, il faut avouer que certains téméraires bravent les interdits. On les voit d’abord avancer d’un pas, hésitants, puis vérifier après plusieurs reprises que, vraiment, aucune voiture n’osera se lancer contre ces blocs de béton, puis traverser la rue au pas de course en faisant bien garde d’éviter le regard inquisiteur de ceux qui attendent patiemment de l’autre côté. Quand un des ces aventuriers fougueux a fait le grand saut, les réactions se révèlent différentes. Certains se sentent pousser des ailes, se disant, si on m’embête, c’est pas moi qu’ai commencé, et se lancent à leur tour. D’autres, jaloux de ce courage inconscient, font un pas, mais n’osent pas plus. La plupart reste stoïque et méprise, intérieurement ou pas, ces impénitents qui violent ainsi la loi.

La question est donc posée : comment expliquer cette différence interculturelle assez flagrante, révélée ici par un exemple caricatural ? Pourquoi les Allemands sont-ils si pointilleux sur le respect des règles et cela ne concerne-t-il que ce feu rouge ? Réponse au prochain épisode.

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