Tous les mois, Berlin Poche met un(e) Berlinois(e) à l'honneur. Ce mois-ci, c'est Philippa Ebéné, directrice du Werkstatt der Kulturen, qui est interviewée par Anna Bornschlegel.
Après un apprentissage comme correspondante de langues étrangères, des débuts d’actrice dans divers théâtres aux quatre coins de l’Allemagne (entre autres à la Schaubühne de Berlin), une expérience marquante dans la branche informatique et des études d’ethnologie, la fille d’un Camerounais et d’une Allemande prend les commandes en 2008 de la Werkstatt der Kulturen à Neukölln. Cet « atelier des cultures » fondé en 1993 par l’ancien maire de Berlin, Richard Von Weizsäcker et la déléguée à l’immigration, Barbara John avait pour but le rapprochement des cultures. Controversée l’an passé concernant l’exposition Die Dritte Welt im Zweiten Weltkrieg*, l’institution organise chaque année en mai le célèbre Karneval der Kulturen.
Qu’évoque pour vous le mot « francophonie » ?
J’ai grandi à Fribourg qui est très proche de la frontière française. La francophonie a façonné mon enfance, bercée par le français en zone militaire française en Allemagne. Mais la francophonie me fait penser tout d’abord à l’Afrique francophone et à la « lingua franca ».
Participez-vous à la « fête de la francophonie » ?
Non. La Werkstatt der Kulturen a beaucoup d’autres projets et, malheureusement, il est toujours question de finances, raison sine qua non pour pouvoir participer à un tel projet. Peut-être pour plus tard…
Vous sentez- vous plutôt camerounaise ou allemande ?
Je ne peux pas répondre à cette question. C’est comme si l’on me demandait : « Qu’aimes-tu le plus ? Ta mère ou ton père ? »
Dans le Rollbergviertel à Neukölln, la criminalité juvénile est élevée. Peut-on dire que le nombre de délits proviennent de la non-intégration des populations étrangères ?
Est-ce qu’il y a vraiment des bandes juvéniles ? Même si je rentre tard à la maison, je ne vois jamais de bandes. Je ne connais pas les statistiques et le nombre de crimes commis dans le Brandebourg par exemple où le pourcentage de gens issues de l’immigration est faible. Ne peut-on pas ramener la criminalité à des groupes sociaux dont les revenus sont bas ? En fait, les temps du plein-emploi sont révolus et c’est le véritable problème !
Que trouvez-vous typiquement berlinois ?
Ce qui me plait le plus c’est qu’on devient tout de suite berlinois quand on veut l’être. Berlin est très ouvert et tolérant. Les habitants sont libres et leur mode de vie aussi. Et Berlin est relaxant. Je le remarque toujours lorsque je reviens de Londres ou de Paris. Cette liberté est due à l’espace vaste que l’on trouve à Berlin. Les gens ont du temps et sont détendus. À Berlin, on respire et on prend le temps de respirer.
D’où vous vient votre motivation ?
Berlin est une ville très inspiratoire. Chaque jour, on peut parler des langues étrangères, il y a une grande diversité d’événements. On pourrait visiter trois fois par jour l’opéra ou des expositions si l’on voulait. Berlin vit de ses habitants aux engagements et centres d’intérêt énormes ! Beaucoup issus de l’immigration ont de passionnants projets transculturels, mais qui se heurtent malheureusement souvent au manque d’argent. Berlin est une ville aussi pauvre concrètement que riche intellectuellement ! Ça motive !
Pensez-vous que la Werkstatt der Kulturen connaitrait le succès dans une autre ville ?
Ça marcherait à Fribourg par exemple. Grâce à sa proximité de la Suisse ou de la France où il y a une grande densité d’immigration. Mais Berlin attire des artistes du monde entier ! Prenons les musiciens par exemple : ils viennent des quatre coins de la planète comme des Etats-Unis, d’Israël, de Corée et compose ensemble une musique unique, le Berlin Sound. L’échange est énorme !
* Philippa Ebéné avait refusé en octobre 2009 l’ouverture de l’exposition dans ses locaux déclarant « racistes » trois tableaux représentant la collaboration arabe sous le régime nazi.

Werkstatt der Kulturen *
Neukölln, Wissmannstr. 32
U Hermannplatz *
www.werkstatt-der-kulturen.de

Jara travaille de nuit dans un supermarché. Sa tache est de rester seul derrière son écran et de surveiller les femmes de ménages qui s'occupent de redonner un peu d'éclat aux allées du magasin. Jara est également videur, le week-end, dans une boîte de métal. Le métal et les parties de jeux-vidéos avec son neveu sont les seuls passe-temps qui égayent sa routine. Bien que possédant un physique imposant, Jara est calme, timide, taciturne, peut-être un peu mélancolique. Tout change au cours d'une nuit semblable aux milliers d'autres qu'il a passé dans sa cabine de surveillance, où commence sa fascination pour une des femmes de ménages. Elle devient son obsession.
La compagnie de production uruguayenne Ctrl Z Films démontre une nouvelle fois sa perspicacité. Après le soutient apporté à 25 Watts (2001), film remarqué lors de nombreux festivals et illustrant la vie d'une bande de post-adolescents oisifs, elle permet à Adrián Biniez de tourner son premier film, un film drôle, poétique, humain, dont la qualité tient en grande partie à la performance de Horacio Camendule dans le premier rôle. Il était présent lors de la première mondiale du film à la Berlinale.
Comment a commencé le travail avec le réalisateur ?
Quels sont les intentions du personnage envers la jeune femme ? A certains moments il est difficile de savoir s'il veut l'embrasser ou la tuer.
Est-ce qu'il s'agit d'une histoire d'amour moderne ? Dans le film Leonor rencontre un homme par internet.
Décembre 89. Le mur est tombé
depuis deux mois, mais la RDA existe toujours. Les Einstürzende
Neubauten, groupe post-punk atonique industriel de Ouest-Berlin,
décident de traverser la frontière et d'être les
premiers à jouer « de l'autre côté ».
Ils retrouvent là-bas une communauté de fans qui depuis
des années se passent leurs enregistrements sous le manteau
sans pourtant jamais avoir pu les voir sur scène. Le
documentaire commence à Ouest-Berlin avec le groupe et
documente le passage du poste-frontière, le trajet en van et
l'arrivée dans le centre culturel Wilhelm Pieck d'une usine de
Berlin-Est peu habitué à accueillir des musiciens
pareils.

En 2003, quelques membres d'une association pacifiste décident d'aller porter de l'aide dans la bande de Gaza. Leur présence permet souvent d'empêcher des fusillades meutrières ou la démolition de maisons habitées à proximité du mur. Mûs par leurs idéaux, ces jeunes Américains et Européens sont convaincus que l'on peut contribuer à la paix par des gestes simples. Au nom de ces idéaux, ils n'hésite pas à se mettre en danger pour conjurer l'absurdité d'une guerre sans adversaires. Leur aventure se solde par la mort odieuse de l'un d'entre eux, Rachel Corrie. L'image de cette jeune femme américaine face aux buldozers n'est pas sans rappeler la célèbre photo de Tien an Men.
Il ne délivre volontairement que peu d'informations sur la situation de la région en 2003, mettant en avant le drame personnel de cette jeune femme et de ceux qui l'ont cotoyée. On se sent donc un peu démuni face à un récit auquel il manque certains élements essentiels au rythme et à la compréhension. Quant à l'enquête, elle s'essouffle rapidement, ne livrant plus des indices, mais un point de vue tranché et indiscutable.Les intervenants sont très nombreux et traités de façon trop égale, ce qui rend l'identification à l'un d'entre eux difficile. On reste donc extérieur à un problème dans lequel l'émotion joue un rôle centrale.
Ces deux époques qui se jouent parallèlement montrent la difficulté de s'intégrer après avoir vécu ces horreurs de la guerre à l'autre bout de l'Europe. Ce film de la danoise Rie Rasmussen (la Angel-A de Luc Besson) est certes une histoire européenne par excellence, mais brutal et pas toujours fluide, il peine parfois à convaincre le spectateur.




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